‹ Mémoires;Chapitre 51 sur 173 · JE FAIS FOUETTER MON COMPERE DU PROMONTOIRE DE MAÏNA · texte numérisé non relu

JE FAIS FOUETTER MON COMPERE DU PROMONTOIRE DE MAÏNA

J'arrivai au port de Quoalla (Porto-Quaglio) — c'est ainsi qu'on l'appelle — avec mon caramous-

8o MEMOIRES DE CONTRERAS

sal de blé. Incontinent vint mon compère, Antonaque de son nom et capitaine de ces Maïnotes ; bien équipé de son aljuba de fin drap, de ses poignards damasquinés à chaînettes d'argent et de son alfange monté de même. A son entrée dans la frégate il me baisa d'abordée. Je nous fis donner à boire suivant la coutume. Je lui contai comme je traînais ce caramoussal de blé et lui demandai s'il le voulait acheter. Il me dit que oui ; nous conclûmes à huit cents sequins, y compris le bateau ; lequel bateau, à lui seul, valait plus. Il demanda jusqu'au lendemain matin — le temps de le rassembler — pour apporter l'argent. Et voilà qu'à minuit les brigands me coupent les câbles avec lesquels j'avais donné fond et m'emportent ma prise à terre !

Quand je fus à même de voir le dommage, il n'y avait plus de remède : le bateau était déjà engravé, et, dès l'aube, il n'y restait presque plus de blé ; tant ces gaillards s'étaient démenés. Survint bientôt mon compère avec deux autres, disant : u — Excusez-moi, ce n'est pas ma faute; vous connaissez bien les gens de ce pays. » Je fis mine de n'en avoir cure et je commandai de nous servir à déjeuner. Pendant que nous déjeunions, je fis lever Fancre pour quitter le mouillage. Lui de s'écrier : u — Compère, mets-moi à terre. » Moi : « — Compère, je t'emmène faire un petit

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