‹ Mémoires;Chapitre 52 sur 173 · CHAPITRE V 8l · texte numérisé non relu

CHAPITRE V 8l

voyage de reconnaissance. » Et une fois hors du port : (( — Compère, habits bas, ce qui revient à dire de se dépouiller. » — ci Mais c'est trahison I » — (( Plus grande trahison tu m'as faite ; allons, trêve de paroles et habits bas ! Et sachemoi gré de ne pas te pendre à cette antenne. »

Il se dépouilla nu jusqu'à la peau ; quatre bons gars l'empoignèrent, lui baillèrent plus de cent coups de garcette enduite de brai ; par là-dessus, je le fis, à la mode des galères, laver avec du vinaigre et du sel en lui disant : a — Envoie-moi quérir les huit cents sequins ou je te pends. » Il vit que je n'y allais pas pour rire et manda un de ceux qu'il avait amenés, lequel, comme je ne voulus pas retourner à terre, se jeta à la nage. En une heure et même moins, ledit Maïnote apporta la somme dans une peau de cabri. Sur quoi, tous deux s'esquivèrent à la nage, car ce sont terribles nageurs. Depuis ce jour, à Malte et dans l'Archipel, on m'appelait le compère du promontoire de Maïna.

Je cinglai de là vers Sapiencia (Sapienza) et de là je pris la haute mer pour Malte, où j'arrivai en cinq jours, et où on se réjouit de ma venue. On y avait déjà vendu le savon et les esclaves que j'y avais envoyés avec le caramoussal et la frégate de conserve. On fit les parts ; il m'en revint bon ; la quiraca put aller de l'avant dans la construc-

82 MEMOIRES DE CONTRERAS

tion de sa maison. On partagea en plus les huit cents sequins et les sept esclaves que j'amenais. Nous prîmes du bon temps quelques jours — bien peu de jours, — car, bientôt, on m'arma en me mandant d'espalmer ma» frégate sans savoir pour où. Voici pourquoi : on avait eu nouvelles que le Turc armait une énorme escadre et Ton ne savait pas pour où, tellement qu'on en était en souci à Malte. Pour sortir de ce souci-là, les chevaliers, qui sont gens de tête, s'avisèrent d'un excellent plan. Vous allez voir.

j'enlève le juif de salonique.

Quand le Grand Turc prépare une expédition pour sortir de ses terres, les Juifs sont tenus de le pourvoir d'une somme et à fonds perdus ; quand l'escadre doit rester en terres turques, lesdits Juifs font de même, seulement la somme est différente. Le receveur du district de Caramanie et Constantinople est à Salonique. Or donc, nous savions, nous, qu'il se trouvait dans une maison forte, à cinq milles de la ville, avec les siens.

Messires les Chevaliers me donnèrent l'ordre d'aller l'enlever, comme si c'était aussi aisé que d'aller quérir poires au marché. On me munit d'un espion et d'un pétard, et je fis ma partance

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