VISITE AUX BORDEAUX DE CORDOUE
Tôt après, j'appris que, sous couleur de demander Taumône, des soldats qui ne l'étaient pas s'en allaient par les métairies voler les campagnes. Je pris mes quatre arquebusiers, une gentille mule, et m'en allai à leur recherche. J'eus vent qu'ils étaient à Cordoue. J'y fus. Le capitaine Molina y levait une autre compagnie.
Je descendis à l'hôtellerie de Las Rejas (Les Grilles) et je m'en allai seul à la maison publique pour voir si j'y trouvais mes voleurs, dont j'avais le signalement, et faire connaissance avec cette maison.
J'étais à causer avec une des nombreuses femmes qu'il y a là, quand m'arrive dessus, accompagné d'un valet, un gentilhomme sans verge, qui me dit : « — Comment avez-vous ce collet .^ » — il était de buffle. — Moi : « — Sur mon dos. » Lui : u — Quittez -le. » Je réponds : — « Je ne veux pas. » Le valet alors : « — C'est donc moi qui vous le quitterai. )) Et il allait passer à l'effet. Force fut de tirer l'épée. Eux n'avaient pas lambiné pour en faire autant, mais je fus plus prompt et je blessai grièvement l'Alguazil Mayor. Là-dessus, les femmes ferment les portes de leurs maisons et celle de la rue aussi. Je restai maître de la rue
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qui était des plus étroites, et, ne sachant que faire parce que c'était la première fois que j'entrais dans des maisons de cette sorte, j'allai à la porte de la rue. Elle était fermée à clef; en outre, personne à qui rien demander, car tout le monde avait emporté ou suivi le blessé dans une des maisons qui devaient lui être familières, à lui.
Presque au même instant j'entends qu'on heurte à la porte de la rue. Un petit garnement vient l'ouvrir avec tant de précipitation que je ne pus voir d'où il sortait. Entre d'une ruée le Corregidor avec combien d'hommes, vous l'imaginez bien. Ils veulent m'assaillir. Je fais : « — Eh 1 tout doux ! » en brandissant mon épée. C'était la même chose qu'ils fussent mille ou un, puisqu'il n'en tenait pas plus d'un de front dans la rue. Ils criaient : « — Saisissez-le ! » mais personne ne s'y hasarda. Sûr qu'il y aurait eu un malheur si, avec le Corregidor, n'était venu le capitaine Molina qui me reconnut et me dit : « — Rengainez, senor alférez. » En l'entendant parler je le reconnus et lui dis : « — Alors, faites que ces messieurs rengainent d'abord, car, moi, je défends ma peau. » Le Corregidor, en m'entendant appeler alférez, fit : « — De qui est- il alférez ? )) Molina répond : « — De la compagnie qu'on lève à Écija. » — (( Est-ce bien, réplique le Corregidor, qu'il