ENTRÉE A LISBONNE ET RETOUR A PALERME
Nous fîmes route jusqu'à Lisbonne tout à notre plaisir, et y restâmes à attendre les compagnies plus de vingt jours, au bout desquels la mienne arriva avec quatre autres. Avant qu'elles n'eussent débarqué j'allai remettre ma dépêche à D. Cristobalde Mora, lequel me fit mainte grâce et dit : « — • Allez aux barques, et faites Tentrée avec votre compagnie. » J'objectai que le capitaine me pourrait chercher noise ; on ne s'était pas vus depuis que je l'avais blessé. D. Crislobal donna ordre à un adjudant de lui porter un message, à quoi le capitaine répondit qu'il voulait parler au général. Il l'alla donc trouver, mais D. Cristobal lui dit : u — Ayez patience, ainsi en ordonne le roi. Mais d'ici peu de temps Contreras cessera d'être avec vous. » Ayant débarqué l'enseigne qu'on avait embarquée à Alcântara, nous nous mîmes en marche vers le château. Là, on nous passa à la montre, en suite de quoi ma compagnie fut mise sur le pied de paix, de sorte que le capitaine et moi nous restâmes séparés.
D. Cristobal de Mora me donna licence de passer à la Cour, avec un mois de paie, sur quoi
Il4 MÉMOIRES DE CONTKEUAS
je partis avec Taide de Dieu. J'arrivai à Valladolid où Ton m'offrit huit éciis de haute paie pour aller servir en Sicile. J'avais amené Isabel avec moi jusqu'à Valladolid, où elle mourut dans Texercice de son métier. Veuille Dieu lui avoir pardonné !
Je vins à Madrid, vis ma mère, et lui demandai sa bénédiction avec quoi je partis pour Barcelone et m'y embarquai sur un bateau chargé de draps. En dix jours j'arrivai à Palerme.
En cet an mil-six-cent-quatre monseigneur le duc de Feria^ était gouverneur du royaume de Sicile. Je m'enrôlai en la compagnie du capitaine D. Alonso Sanchez de Figueroa. Le duc voulut armer quelques galions pour les envoyer en course, et, me sachant rompu aux choses de mer, me pria de bien vouloir en prendre le commandement; ce que je fis. Je partis pour le Levant, d'où je lui ramenai une jérma chargée de tous les biens du monde qu'on tire d'Alexandrie, et, de plus, un petit galion anglais qui brigandait par là depuis trois ans ; il contenait force choses curieuses. Ce qui advint au cours de ce voyage, je le laisse de côté pour ne pas faire le fâcheux avec trop d'histoires du Levant. Avec
I. D. Lorenzo Suarez de Figueroa y Gordoba, i* duc de Ferla, fut nommé vice- roi de Sicile au mois de mars i6oa. f 1607,