‹ Mémoires;Chapitre 79 sur 173 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

tien ; ils les tuèrent tous, hormis quelques-uns qui s'étaient cachés en de grandes jarres semblables à celles où l'on met le vin en Espagne, et qui se font en ce pays. Il y en avait grand foison contre une poterne du côté de la terre. Mais ceux qui échappèrent ainsi n'arrivaient pas à trente.

Notre mestre de camp, qui était un chevalier de l'ordre de Calatrava appelé D. Andrés de Silva, ils le prirent vivant, et, ayant débattu à qui il appartiendrait, ils le coupèrent tout vif par le mitan afin de donner à chacun sa moitié ; grand pitié eûmes-nous quand ouïmes dire cela. Aux morts ils coupèrent la tête, et brûlèrent les cadavres. Ceux qu'ils prirent vifs, ils leur mirent au col à chacun un collier de têtes et à la main une demi-pique avec une autre tête fichée en la pointe ; c'est en tel arroi qu'ils entrèrent triomphalement à Tunis. Et voilà quelle fut la fin de cette calamiteuse aventure.

Nous partîmes pour la Sicile, et, en route les galères de Malte, s'écartèrent dans la direction de Malte, qui était proche. Nous, nous arrivâmes à Palerme, les fanaux des galères voilés de deuil et les tentes déployées, quoiqu'on fût au mois d'août, voguant si désordonnément que ça faisait peine à voir ; d'autant plus qu'à toutes ces barques venant vers nous et d'où l'on nous

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interrogeait qui sur son mari ou son fils, qui sur ses amis ou camarades, force était bien de répondre : « — Morts ! » parce que telle était la vérité. Et les femmes hurlaient à faire pleurer les rames des galères.

On enleva nuitamment le corps de l'Adelantado, et le transporta avec force torches en une église dont j'ai oublié le nom, où il resta déposé jusqu'à son départ pour l'Espagne. Au capitaine qui l'avait abandonné en lui enlevant sa felouque on fit procès, et un sien frère, qui était à Palerme en un haut poste, voyant qu'il serait condamné à une mort infamante pour les raisons que j'ai couchées par écrit, lui donna certaine nuit du poison, si bien qu'on le trouva au matin mort et enflé comme une outre. J'ai déjà dit que je tairai son nom, parce qu'il était très connu.

j'épouse la veuve d'un oïdor.

On remit sur le pied de guerre ma compagnie et on m'envoya loger àMonreale, à une lieue et demie de Palerme, où j'eus pour hôte un fournier ou boulanger, lequel avait une jument en bon point et qui allait l'amble. Il me la prêtait tous les jours, et j'allais à Palerme et retournais à Monreale.

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