JE PARS ME FAIRE ERMITE
Je rentrai à Madrid et m'en fus à mon hôtellerie, où je persistai en mon dessein et m'occupai de mon voyage.
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Or, mon dessein était d'aller au Moncayo, de construire un ermitage sur cette montagne et d'y finir mes jours.
J'achetai les ustensiles nécessaires à un ermite : un ciliée, des disciplines et de cette bure dont ils se font un froc, un cadran solaire, force livres de pénitence, des semences, une tête de mort et une petite houe. Je serrai le tout en une grande valise, et pris, pour mon voyage, deux mules et uu muletier, sans dire à personne où j'allais. Je congédiai un mien valet et reçus la bénédiction de ma mère; elle crut que j'allais joindre mon poste de Sergent Major ; beaucoup le crurent comme elle en me voyant passer devant San Felipe S faisant route vers Alcalâ et Saragosse.
J'arrivai au port d'Arcos où l'on visite les bagages, et, voyant que ma valise était grande, on voulut me^la faire ouvrir. Je dis : « — Je prie Vos Grâces de ne pas l'ouvrir ; elle ne contient chose prohibée. Que voulez-vous qu'emporte avec lui un soldat qui vient de la Cour ? » Mais ils n'en voulurent démordre, et, s'étant mis à l'ouvrir, en tirèrent lesdits ustensiles, dont ils
I. San Felipe el Real, église et couvent d'Augustins chaussés, fondés par Philippe II vers le milieu du xvi* siècle. Cette église, aujourd'hui disparue, s'élevait à l'angle de la Puerta del Sol et de la Galle Mayor. Elle avait, sur cette dernière rue, une galerie qui était, au xvn* siècle, le lieu de rendez-vous de tous les soldats oisifs de Madrid.