‹ Mémoires;Chapitre 85 sur 173 · CHAPITRE IX iSg · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX iSg

de Guarena, étant venus à Hornachos vendre je ne sais quoi, virent ces morisques pendus, ce qui leur fit dire : « — Ce n'est pas sans raison que ces soldats qui passèrent par notre pays voici quelques années disaient que ces mécréants avaient plein une cave d'armes cachées. )) Il ne manqua pas de se trouver quelqu'un pour les entendre et aviser l'alcade qui les fit saisir. Interrogés, ils dirent : a — Une compagnie de soldats a passé par ce pays il y a quelques annés, et lesdits soldats, à l'occasion d'une rixe qu'ils eurent avec les gens du village, disaient : « — kh \ corps de Dieu ! que ne sommes-nous armés des armes qu'on a trouvé cachées en la cave de Hornachos ! » On leur demanda quel était le capitaine ; ils répondirent qu'ils ne le savaient pas. Sur quoi l'alcade dépêcha quelqu'un à Hornachos pour s'en informer, et, comme dans tous les villages, avant de loger les soldats, on publie un ban au nom du capitaine, il fut facile de le trouver.

Une fois connu le nom du capitaine, lequel était présentement à Naples, on trouva dans le village des témoins qui déposaient : « C'est à l'alférez la faute. Puisque c'est lui qui trouva ces armes sans en rien dire à personne, il aurait dû les distribuer entre ses soldats. » Sur quoi l'alcade chercha à savoir quel était cet alférez. On ne sut le lui dire, de sorte qu'il envoya demander à la Cour qui

l/io MEMOIRES DE CONTRERAS

était alférez du capitaine D. Pedro Jaraba del Castillo lors de la levée de Tan mil-six-centtrois ; et on n'eut pas de peine à apprendre que c'était moi.

Me suivant à la piste, on parvint à savoir comment je m'étais fait ermite auMoncayo et j'avais renoncé à aller occuper mon poste de Sergent Major de Sardaigne, car, de mon ermitage, j'avais écrit à ma mère et à de miens amis employés du Secrétaire d'Etat, qui était alors D. Andrés de Prada le vieux ^ lequel me faisait mainte grâce. Par ainsi, il fut dépêché un mandat royal avec ordre de s'emparer de ma personne. La justice avait tenu pour louche que de ces armes par moi trouvées on n'eût pas eu connaissance jusqu'à ce jour et que, juste au moment où les morisques cherchaient à se soulever, je n'eusse pas voulu joindre mon poste en Sardaigne, mais que, au contraire, je me fusse retiré sous un froc d'ermite au Moncayo, c'est-à-dire au lieu le plus fort de l'Espagne, en communication avec l' Aragon et la Castille, et sur la limite de l'une et de l'autre. Tout cela donna à imaginer — car nul ne savait ce qui m'avait poussé à cette retraite, — que je pourrais bien être le roi de ces morisques.

I. D'abord secrétaire delà Guerre, fut nommé en 1600 secrétaire d'Etat.

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