‹ Mémoires;Chapitre 92 sur 173 · CHAPITRE X l5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE X l5l

une jument qu'il avait et s'en était fui en Portugal ; même il coûta gros de Ten tirer. On mit ses biens sous séquestre, et c'est pour Falguazil et les gardiens que fut la fête. Avec ça, on me gardait moins étroitement. On manda tout ce que je rapporte à la Cour, et Talcade prisa fort la nouvelle.

Moi, cependant, j'étais malade et quasi à l'article de la mort ; mais on me prodigua tant de remèdes et de soins que je guéris vite. On m'envoya chercher, et, pour m'emporter, on amena une litière et un médecin qui s'en vint avec moi ; car j'entrais en convalescence. Dans tous les lieux où je passais, le corregidor ou l'alcade sortait et prenait livraison de moi jusqu'au jour suivant où il me remettait aux mêmes mains. Avec cela, fort régalé et logé en de belles maisons, et non pas à la prison, car oncques n'y mis les pieds.

Nous arrivâmes à Madrid, et Ton me mena à la même maison où l'on m'avait déjà mis. Ma mère me revit avec force larmes. J'étais maintenant bien portant, et on me mena un jour en la maison du Président de Castille — c'était D. Pedro Manso ^ — où il y avait junte des membres des

I. D'abord alcade de Cour, fut nommé en 1606, âgé de 36 ans seulement, président de la Chancellerie de Valladolid, puis, en 1608, président du Conseil de Castille. Il donna sa démission, qui fut acceptée, le 28 octobre 16 10, et mourut Patriarche des Indes et archevêque de Césarée le 39 novembre de cette môme année.

l52 MÉMOIRES DE CONTRERAS

Conseils du Royaume et de la Guerre. Le seigneur D. Diego de Ibarra ^ et monseigneur le comte de Salazar ^ faisaient partie du Conseil de la Guerre ; les autres je ne les connaissais pas, à l'exception de D. Melchor de Molina ^, lequel était fiscal.

On amena pour le confronter avec moi ce Commissaire auquel j'avais déclaré avoir rendu compte de l'affaire ; car il niait avoir été à Hornachos. On me relit mon interrogatoire, et moi j'aiBrme : « — Je connais bien ledit Commissaire, et tout ce que contient ledit interrogatoire est la vérité. » J'ajoute : « — Pourquoi nie-t-il une chose aussi évidente.^ » Il nie derechef. Je dis : « — Senor, telle est la vérité, et s'il me faut souffrir la question pour l'acertener, je le ferai. )) On en resta là, et on nous fit conduire moi à ma prison accoutumée, le Commissaire à la prison de Cour.

Page 1