‹ Mémoires;Chapitre 94 sur 173 · CHAPITRE X l · texte numérisé non relu

CHAPITRE X l

m'avait gardé prisonnier, et sa femme me disait : (( — Sefior, le Commissaire prouve, avec force témoinsài*appui, qu'il n'estpoint allé à Hornachos. Moi, comme vous avez mangé le pain avec nous, evous conseillerais de fuir. N'allez pas retomber en prison ; comme dit l'autre, mieux vaut saut en brousse que prière de bonnes gens. » Je crus qu'elle parlait dans une bonne intention, et, pardi 1 je me mis en mesure de partir comme elle me le conseillait ; mais elle faisait cela sur les instances du Commissaire, lequel, je l'ai dit, était riche, et, au bout du compte, elle en vint à ses fins.

JE QUITTE SECRÈTEMENT MADRm.

J'avais quelque épargne et priai le secrétaire de me verser ma paie de deux jours, sous couleur d'en avoir besoin. Je vendis mon vêtement noir, et j'achetai, dans la calle de las Postas (rue des Postes), des chausses et un caban gris, sans doublure, ainsi que des guêtres et une méchante épée. Bissac au dos et montera en tête, je sortis de Madrid un soir, entre chien et loup, piquant sur Alicantc. C'était en janvier ; me plaindra qui a fait ce chemin en pareille saison.

A. l'aube j'étais à la barque de Bayona, d'où je poursuivis mon chemin à travers la Manche ►

l56 MÉMOIRES DE CONTRERAS

J'arrivai à Albacete, et me dirigeai vers Alicante ; j'y arrivai en quatre jours. J'y pris langue pour savoir où se trouvait le régiment de la Flotte : tous les régiments d'Italie et de la Flotte étaient là, dans le royaume de Valence ; et, justement, de ces régiments faisaient partie force soldats qui étaient de ma compagnie quand je passai par Hornachos. Il faut vous dire que, lorsqu'on me mit sur le pied de paix, à Lisbonne, et qu'on refondit alors ma compagnie, tous les soldats qui restèrent en pied avaient été incorporés dans le régiment de la Flotte.

J'appris que ledit régiment se trouvait à Lahuar, dans la sierra de Cortes. Je m'y acheminai dans l'équipage que j'ai dit, et, comme je cherchais quelques-uns de mes soldats, je pris le parti d'aller voir passer chaque jour les hommes des compagnies de garde. Parmi eux je trouvai plus de quinze de mes anciens camarades ; deux, entre autres, qui étaient alférez en activité. Aux alférez je contai mes déboires. Ils s'y intéressèrent et me menèrent à leur auberge. Sur ce que je leur dis que le Commissaire niait avoir été à Hornachos, ils répondirent : u — Il ment; à preuve que nous lui pourrions rappeler ce qu'il mangea ce matin-là à son déjeuner, et en quelle auberge. »

Nous parlâmes à plusieurs de ces soldats, afin qu'ils dissent ce qu'ils avaient u dire, et, j'adressai

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