‹ Mémoires;Chapitre 95 sur 173 · CHAPITRE X iSy · texte numérisé non relu

CHAPITRE X iSy

un mémoire que je tenais tout prêt à l'auditeur du régiment, disant qu'il m'importait, pour entrer en possession de certains biens, de recueillir certains témoignages tendant à établir qu'un tel se trouvait présent à telle époque en un pays ou village appelé Hornachos, en considération de quoi je le suppliais, etc., et je donnais les noms desdits témoins. Grâce à quoi je recueillis cinq témoignages établissant que le Commissaire se trouvait à Hornachos en même temps que ma compagnie. Ces témoignages dûment couchés par écrit, je les mis en lieu sûr, et m'en voulais aller. Mais nous étions toujours à la veille de mettre à sac les morisques de ces montagnes, et j'attendis quelques jours cette aubaine, comme aussi un meilleur temps, car il faisait cruellement mauvais. Lorsque je m'en étais fui de Madrid, on s'était aperçu de ma disparition au bout de deux jours et on avait envoyé à ma recherche de différents côtés ; de plus, on m'avait fait crier dans toute la ville par le crieur public. Or, comme je n'avais garde de répondre, et qu'on ne savait où j'étais, — quoiqu'on eût eu vent d'après certains indices que je m'en étais fui du côté de Valence, — le Commissaire se mit à demander qu'on le relâchât. Il alléguait : « — Tout ce qu'a dit Contreras est mensonge ; le voilà retourné chez les morisques pour se joindre aux mutins. » Or, le gaillard avait

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de l'argent et ces deux grands seigneurs qui le soutenaient, aussi le relâcha-t-on sans difficulté.

Toutefois l'alcade ne crut rien de mal sur mon compte, d'autant plus qu'on avait fait secrètement une enquête stricte jusques et y compris le quatrième degré, pour savoir si j'avais dans mes ascendances aucune goutte de sang maure ou juif. Et je dis cela parce que le secrétaire Pina me dit par la suite : « — Si vous aviez l'argent qu'il en a coûté pour faire recherches et enquêtes sur votre naissance, vos parents et vos aïeuls paternels et maternels, vous auriez de quoi vivre à l'aise pas mal de jours. Et il est heureux qu'on n'ait trouvé dans votre sang rien de suspect, car alors, on vous eût pendu. »

Et voilà mon bon apôtre de Commissaire hors de prison. Cependant, on fulmine contre les morisques la sentence qui les expulse d'Espagne, et moi, on me faisait rechercher.

JE RETOURNE DE VALENCE A MADRm.

A peu de jours de là, à l'occasion d'un petit saccage de morisques, qui eut lieu dans la sierra de Lahuar, il m'échut un mulet fringant, un vrai mulet à' arriéra. Je l'enfourchai et pris le chemin d'Albacete, muni d'un passeport du Sergent Major

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