JULES JANIN — GUIZOT — M. MOLÉ
démie. — Mais, monsieur, je suis fort de votre avis, vous avez fait vos preuves; cependant, permettez-moi de vous dire que politiquement je me trouve lié de la façon la plus étroite à M. Liadières et que c’est pour moi un devoir. Plus tard, je pourrai agir dans un autre sens, ne pas me trouver entraîné par des antécédents de cette sorte, et alors ne doutez pas de mon bon vouloir en votre faveur. »
M. Molé : — «Vous savez, monsieur, qu’il nous est défendu de prendre des engagements... » A ce moment entre dans le salon, derrière un paravent, M. de Falloux que connaissait J. Janin. Ce dernier s’excuse auprès de M. Molé, et dit à mots couverts qu’il ne peut présenter sa candidature devant un autre candidat. M. de Falloux se récrie et déclare que pour cette fois il ne se porte pas. Alors la conversation s’engage, et M. Molé, qui ne peut prendre d’engagement, donne des espérances au postulant.
Le père Tissot, qui emprunte toujours cent francs à un candidat, se récrie sur les mérites de M. Liadières, sur le soin avec lequel il corrige ses premiers ouvrages, et, après beaucoup de compliments au visiteur, il lui laisse entrevoir que bientôt il pourra voter en sa faveur.
M. Hugo ne s’arrête pas à ces niaiseries. «Bientôt, dit-il au postulant, nous serons candidats tous deux. Dans six mois, en effet, l’Académie française n’existera plus. Les académiciens seront élus par des électeurs d’une nouvelle espèce et alors nous verrons. J’ai calculé qu’il y aurait cinq à six cent mille électeurs. Tout individu ayant écrit et signé un article politique dans un journal, tout individu ayant publié une brochure politique ou littéraire, tout écrivain, tout membre d’une société savante sera électeur pour l’Académie française, et cela sur tout le territoire de la République.» M. Victor Hugo tenait ce langage en présence de son second fils : le premier est en prison de par la plaidoirie de son
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illustre père. Or, le candidat qui visitait le grand poète est notoirement légitimiste, il s’en est vanté, et M. Iiugo, le prenant par le devant de son habit, lui a dit : « Porterez-vous donc toujours ce vêtement? » assimilant ainsi les Bourbons à une friperie. Et puis, comme le candidat discutait les titres de celui-ci et de celui-là, et citait les noms d’académiciens politiques votant pour un blanc ou un bleu, suivant la couleur de leurs opinions, le grand homme s’est écrié en regardant son fils : «Il croit encore à des nuances. » Et bientôt il est parti pour indiquer dans un prochain avenir le bouleversement radical de toutes choses; jamais on n’a ouï d’énormités pareilles. Et toujours il en revenait à cette conclusion : «C’est la loi du 31 mai qui est le point capital. Si elle est rapportée, le suffrage universel fera explosion et alors on verra. (Cela veut dire : Je serai le chef de la République.) Dans le cas contraire, il arrivera un cataclysme comme on n’en a jamais vu sur la terre. Il ne restera pas en France un homme et une chose sur pied. » En fin de compte, M. V. Hugo votera pour Alfred de Musset.
Les notes me manquent pour poursuivre aujourd’hui cette galerie pittoresque. Ce qu’on appelle si bien la Glacière académique renferme des éléments de suractivité politique qui n’influent que trop sur l’esprit littéraire de ces messieurs.
On sait que M. Berryer ne se présente pas cette fois-ci. Mais cela sera pour une prochaine vacance. Ainsi va se dénaturant de plus en plus une institution qui, comme tant d’autres, s’altère peu à peu et se prépare à tomber tout à fait. Verrons-nous donc encore cette chute? Etiam -perler e ruinæ !
On a pu lire, dans le Constitutionnel d’hier jeudi, un article extrait d'un journal anglais dans lequel on rapporte la conversation de M. le duc de Nemours et de M. Guizot à propos de la candidature du prince de