‹ Mémoires Anecdotiques sur les Salons du Second EmpireChapitre 107 sur 166 · M. ROULAND · texte numérisé non relu

M. ROULAND

influence sur l’empereur. Il n’a que de bons antécédents, il est magistrat honoré son talent est très réel, et ses habitudes de parquet lui donnent le droit de présenter des conclusions utiles et fermes. Bidault a de l’esprit, mais il a moins de considération. Persigny ne dira jamais que ce que voudra le maître. M. Hamel in est un homme spécial. M. Magne n’est qu’un commis, son ministère n’est pas politique, et puis il est paresseux et malade. Le maréchal Vaillant est un bon militaire, mais c’est tout. Donc, M. Rouland est seul en état de conduire la politique du cabinet. Lui seul peut dire à l’empereur quel intérêt il y a à reprendre notre prépondérance dans la Méditerranée, à ne pas laisser les Anglais susciter des troubles en Italie, car ils ne manqueront pas l’occasion, quand elle se présentera, de s’emparer de Palerme, de Catane et de Messine.

Ils veulent annuler notre Algérie, et ils y parviendront si on les laisse faire. Fort heureusement, il leur arrive une fière anicroche : l’Inde, la Chine, leur pèsent sur les bras, et Dieu veuille que cet empêchement les occupe longtemps encore.

— Nous avons parlé de Coulant, terre qui est depuis longtemps dans la famille du chancelier. Elle est dans le Maine, à trois ou quatre lieues du Mans, dans la direction de Laval. C’était autrefois un fief sans titre, dépendant d’un grand apanage appartenant à une famille nommée Champagne. Le grand-père de M. Pasquier devint propriétaire de Coulant par son mariage avec une héritière de cette maison, et elle fut érigée en baronnie pour lui au commencement du dix-huitième siècle. Aujourd'hui elle constitue un majorât pour M. Pasquier, l’un des présidents de chambre du tribunal de la Seine, neveu de M. le chancelier. Le vieux duc y va tous les ans passer une quinzaine de jours. Il va aussi à la terre de Sacy, près Argentan (Orne), qui appartient à celui que M. le chancelier appelle son fils,

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c’est-à-dire son fils adoptif, M. d’Audiffret-Pasquier, marié à une nièce du vieux duc.

La maison paternelle de M. Pasquier est ou plutôt était à Paris dans la rue Bourg-l’Abbé; je ne sais si elle n’a pas disparu dans l’abatis du boulevard Sébastopol. M. Cousin a trouvé une ancienne gravure représentant cette maison des anciens magistrats au Parlement.

16 août 1857.

On a parlé, l’autre soir, chez le chancelier, de M. Cavaignac. Le chancelier lui reproche de n’avoir pas eu assez de fermeté quand il était au pouvoir. Il voyait bien le parti rouge, et ses exigences, et ses dangers; il n’avait pas la force de s’en séparer. Quand il a eu perdu une journée décisive, quand la bataille engagée dans toute la ville à démontré le grand péril que courait la société, il a fait son devoir, mais trop tard, et beaucoup de sang répandu retombera sur sa tête. On prétend que ce personnage a dit un jour : «On doit faire à la République tous les sacrifices, même celui de son honneur!» — François Ier pensait autrement.

Un homme d’esprit, M. de Rémusat, a dit en 48 un mot très piquant et très vrai : «M. Cavaignac passe tout son temps à épousseter son piédestal. »

M. Laffitte, beau-père du prince de la Moskova, a été sur le tapis. Il a tout sacrifié à une vaine popularité, personne n’a été à la fois plus simple en apparence et plus impertinent. Un jour, à Maisons, beau château qu’il avait fait arranger somptueusement, un personnage, je ne sais lequel, devenu son hôte, lui exprimait son admiration sur cette demeure. «C’est tout à fait princier, » disait-il dans son enthousiasme pour ces merveilles du luxe. «Dites donc que c’est tout bonnement la demeure d’un grand citoyen,» reprit le finan-

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