‹ Mémoires Anecdotiques sur les Salons du Second EmpireChapitre 115 sur 166 · M. COUSIN · texte numérisé non relu

M. COUSIN

Mme la duchesse de Galliera dînait chez le chancelier... C’est une aimable femme, du commerce le plus agréable et le plus gai, causant bien, pour laquelle M. Pasquier a un goût très vif. Il est temps que Mme de Boigne revienne à Paris; le cher chancelier se dérange... » Et nous voilà parlant de ce vénérable personnage, de ses manières si douces et si polies avec les dames. C’est une race qui se perd, on ne retrouve plus de ces chers vieillards, conservant les antiques traditions de la galanterie française, les belles manières d’une société perdue depuis longtemps. M. Cousin a repris : « Je connais M. Pasquier depuis 1815, il a toujours été parfait pour moi, mais l’homme que vous voyez aujourd’hui n’est pas ce qu’il était alors. Pendant sa longue carrière ambitieuse, il était un peu sec, très personnel, d’une susceptibilité extrême, d’un abord froid et fort réservé. Peu à peu, l’âge a limé ces aspérités, et maintenant il est d'une douceur, d’une bienveillance parfaites. Il a perdu tout récemment un ami bien cher, M. Hochet, presque son contemporain. Ils se voyaient tous les jours, ils pouvaient se parler de toutes choses, il y avait entre eux des souvenirs de jeunesse, et ces sortes d’amis, de compagnons intimes, sont rares. Ils ne se remplacent pas. » J’ai cité M. Portalis. «Oh! non, il n’y a pas d’intimité cordiale entre eux, ce ne sont que des rapports de sociélé, bienveillants sans doute, et puis c’est tout.»

Nous sommes venus à parler de Béranger. M. Cousin, M. Thiers et M. Mignet n’ont guère quitté le poète mourant, et pendant les trois ou quatre dernières semaines de sa vie ils l’ont vu tous les jours. Perrotin, l’éditeur des œuvres du poète et son exécuteur testamentaire, avait chargé Jules Janin de faire une sorte d’introduction à la publication des œuvres posthumes. Ce travail a été fait avec un grand zèle, une fougue extrême, mais le pauvre éditeur n’a pas eu le courage

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d’imprimer ce travail où respire un peu trop de liberté pour le temps où nous vivons. M. Cousin ne comprend pas que l’on ait chargé Jules Janin de ce soin; il a trop de véhémence, de laisser aller; il s’abandonne trop à l’inspiration, il n’est pas assez maître de sa plume pour ne dire que ce qu’il faut en pareil cas. Et Perrotin, qui est prudent, pour ne pas dire peureux, ne se compromettra pas aux yeux de l’autorité dont il attend quelque faveur. J’ai trouvé ce jugement un peu sévère; reste à savoir quels en sont les motifs particuliers.

J’ai parlé à M. Cousin de Mme de Longueville et de ses patientes et ingénieuses recherches sur la vie privée de cette dame. Le couvent des Carmélites de la rue d’Enfer nous a surtout occupés.

«Il y a dans ces maisons des femmes d’un grand mérite, d’une instruction solide et d’un beau caractère. Que d’heures j’ai passées dans le parloir de ce couvent où l’on n’a jamais fait de feu ! J’ai recueilli bien des renseignements curieux, et aussi quelques rhumatismes assez incommodes. La supérieure est une femme remarquable; elle est de bonne famille, et a dû, pour suivre sa vocation, résister aux prières, aux larmes de ses parents, et l’archevêque, son directeur, lui a refusé pendant trois ans la permission d’entrer au couvent. Quand j’ai eu terminé mon livre, j’ai cru devoir lui en offrir un exemplaire, mais elle ne l’a pas accepté. «Je ne me suis pas retirée du monde, m’a-t-elle dit, je n’ai pas fui les passions qu’on y trouve pour lire le récit de ces mêmes passions.» Je me suis borné à lui donner l’histoire de son couvent, la liste des religieuses qui ont joué un rôle important dans cette sainte maison. Cette partie de mon travail a été bien accueillie, et la supérieure, après en avoir pris connaissance, en a fait l’objet des lectures au réfectoire. Notez qu’en cela elle a résisté à des prélats qui ont prétendu blâmer mon œuvre, moi qui l’ai écrite avec un but moral, qui ai

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