‹ Mémoires Anecdotiques sur les Salons du Second EmpireChapitre 17 sur 166 · GRANIER DE CASSAGNAC PÈRE · texte numérisé non relu

GRANIER DE CASSAGNAC PÈRE

2 juin 1852.

La famille Napoléon est en instance auprès du Président pour obtenir de lui qu’il proclame sa dynastie. Celui-ci ne le veut pas. Le roi Jérôme le gourmandait à cette occasion, lui reprochant de n’avoir rien de l’Empereur. «Hélas! dit le Président, j’ai quelque chose de commun avec lui, certes. — Et quoi donc? — Sa famille!... »

7 juin 1852.

Les articles de Granier de Cassagnac sur la Belgique ont fait grand bruit. Il faut convenir que ce personnage est seul en possession de ce crédit public qui commande l’intérêt; c’est le seul écrivain politique qui puisse remuer les masses, et, par le temps qui court, ce n’est pas un médiocre talent. Oui, Granier de Cassagnac est la personnification du journalisme moderne; en lui s’est concrétée cette puissance terrible qui pétrissait à son gré l’esprit public, qui le poussait dans les voies périlleuses et s’en servait comme d’un automate docile pour détruire et renverser. Le Journal des Débats et le Constitutionnel se résument en un seul individu. Granier de Cassagnac voit le Prince-Président, prend ses inspirations, reçoit ses conseils; ou plutôt il suppose ses vues, devine ses motifs, ses instincts, ses goûts, ses appétits, et, partant de là, il écrit avec une verve intarissable des articles que l’on lit avec effroi. Il est certain que c’est là qu'il faut aller chercher la pensée du maître; elle se reflète dans ces pages acrimonieuses où le sarcasme est prodigué; terrible argumentateur qui dans un assaut d’armes se sert toujours d’un fleuret démoucheté et qui, même à ses amis, au lieu d’une poignée de main, leur donne une poignée de verges ou de griffes. On sait si bien ce secret

JOURNAL DU Dr P. MÉNIÈRE

que chacun se jette sur ces articles révélateurs, tant on est certain d'y rencontrer la lumière dont on a besoin. Granier de Cassagnac a grandi sur ce terrain miné, sur ces cendres fumantes; il a su marcher d’un pas ferme entre ces écueils; il écrit par-dessus la tête de Véron qui n'y voit que du feu.

8 juin 1852.

M. le chancelier m’a dit qu’il savait de bonne source que deux femmes de la famille du Président avaient joué un beau rôle dans l’affaire des biens d’Orléans : Mme la princesse Mathilde et Mme de Douglas. Le maréchal Exelmans a également rompu des lances avec le spoliateur, et cette affaire n’est pas apaisée en haut lieu. — M. Berryer est revenu hier de Frohsdorff; on ne sait pas encore quel adoucissement il a apporté à la fameuse lettre qui continue de bouleverser le parti blanc. On espère que l’illustre avocat aura plaidé la cause du bon sens. Le Prince aurait dû penser que, pour rentrer en France, il faut trouver des préfets de son bord, des colonels à la tête des régiments, des chefs qui agissent en un temps déterminé, et que les restaurations dernières ne se seraient jamais faites si le revenant n’avait rencontré des amis en position de lui tendre la main. Le Prince aurait dû dire à ses affidés : «Acceptez les positions, remplissez les fonctions; tout ce que vous ferez pour la France, je le regarderai comme fait pour moi. Soyez partout, travaillez au bonheur du pays et je vous en remercierai quand je serai remonté sur le trône de mes aïeux.»

28 juin 1852.

Un jour, dans un bal d’enfants aux Tuileries, le duc d’Aumale, âgé de sept ou huit ans, dansait avec une

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