‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 22 sur 89 · J< ios de Brouchorst, baron d'Anholt, rejoignit, i · texte numérisé non relu

J< ios de Brouchorst, baron d'Anholt, rejoignit, i

la tête de renforts, l'armée commandée par Spinola, en avril

Artois et en Hainaut, sans diminuer ses troupes devant Bréda, où il seroit encore assuré de ne pouvoir être attaqué que de l'armée des États1.

Le troisième chemin, par l'Artois et le Hainaut, lui sembloit avoir quelque difficulté, pour ce que la plupart de ces villes-là sont bien fortifiées, tout le plat pays y porteroit ses commodités, et s'y retireroit.

La noblesse y est en grand nombre et courageuse et tout le peuple adroit aux armes, qiù, avec les bandes d'ordonnance qui étoient déjà sur pied, s'opposeroient si puissamment à notre armée dès son entrée dans le pays que difficilement s'y pourroitelle avancer si elle n'étoit assistée d'un bon nombre de cavalerie françoise pour combattre celle de l'ennemi; et2 quand bien elle trouveroit point de résis-

1625 (Mémoires de Frédéric-Henri de Nassau, p. 30). Voyez aussi, sur les opérations d'Anholt devant Wesel, Villermont, Ernest de Mansfeld, t. II, p. 307.

1. Première rédaction du manuscrit A : « Le second chemin d'entrer plus avant dans la Flandre, entre les rivières de l'Escaut et de la Leye, ou vers Ypres et Bruges, lui sembloit pouvoir être aussi exécuté facilement et avec peu de danger, selon toutes apparences; mais, craignant qu'il ne fût pas de grand effet, d'autant que ces grandes villes étoient bien pourvues, ladite invasion ne seroit pas tant appréhendée, étant bien difficile de secourir d'Angleterre ou des Provinces-Unies ladite armée ; joint aussi que par cette voie le marquis de Spinola seroit hors de toute appréhension d'être molesté ou attaqué en son siège, sinon que par l'armée desdites Provinces-Unies, se pouvant imaginer qu'il auroit assez de temps de s'aller opposer après la prise de Bréda, laquelle il croyoit être en grande nécessité, pouvant en outre faire avancer les troupes du baron d'Anholt et les nouvelles levées en Artois et Hainaut, sans aucunement diminuer ses forces devant Bréda. »

2. Ici commence le dix-huitième cahier du manuscrit A. Sancy a écrit sur la feuille de garde, d'une large écriture :

tance à son passage, cette diversion ne seroit pas assiv puissante de faire lever le siège devant Bréda*, qur Spinola croyoit être si pressé qu'il ne pouvoit BtCer longtemps, et que cependant l'Artois et le I Ii i liant ne recevroient pas de dommage si considérable qu'il ne réparât en peu de jours, y allant avec toute son armée incontinent après la prise de la place. Néanmoins, que cela n'empêcheroit pas les clameurs du pays, qui presserait d'être secouru avec protestation contre le gouvernement étranger des Espagnols, auxquels le siège de Bréda auroit été plus considérable que leur protection; ce qui feroit peine aux Espagnols, outre la crainte qu'ils pourroient avoir que S. M., en cas de quelque bon succès, voulût ouverte- <[ seconder ledit sieur de Mansfeld*.

« cahier 18e », et au-dessous Charpentier un court sommaire : « Suite du siège de Bréda. Armée de Mansfeld et du roi de Danemark. »

1 La première rédaction du manuscrit A, jusqu'à « avec protestation », était ainsi conçue : « Attendu qu'il croira pouvoir réparer ledit dommage après avoir pris cette place, et, pouvant alors faire marcher toute son armée à l'enconlre dudit Mansfeld, toutefois ceci n'empêcheroit point que la noblesse et les habitants du pays, grand et petit, ne demandassent prompte assistance au marquis de Spinola... » Sancy avait commencé à

riger la phrase qui précède : « Pour ce que Spinola croiroit avoir assez de loisir d'aller avec toute son armée pour la

ulre et après l'avoir prise... », puis il a rayé cette phrase et ajouté en regard la note suivante : « \ . \>. 1 mes correc-

s. » La feuille de corrections à laquelle Sancy fait allusion n'a pas été conservée.

2. Cet alinéa était, dans la première rédaction de A, conçu connu-' il suit : i La troisième chemin, il croyoit qu'il pourrait sans doute causer quelque altération es villes et pays d'Artois

l linaut qui sont riches et non accoutumés d'être ainsi atta-

Le quatrième chemin lui sembloit être le plus hasardeux, mais aussi, après le premier, le plus expédient, pourvu que ledit Mansfeld pût être renforcé de plus de troupes, et principalement de cavalerie, afin de pouvoir rompre le premier effort et rencontre des ennemis. Car toutes les villes et le plat pays seroient en confusion, se voyant surpris d'un orage si inopiné, et chacun, appréhendant un plus grand et général saccagement, enverroit à foule à Spinola demander assistance, et lui-même seroit réduit à tel point qu'il faudroit qu'il se résolût ou d'être affamé devant Bréda, ou de faire sa retraite entre deux puissantes

qués et délaissés à l'abandon. Mais il est à considérer que la plupart desdites villes sont bien fortifiées à cause des guerres passées; que ceux du plat pays chercheront de sauver leurs biens et personnes de bonne heure ; joint que ces deux ou trois provinces sont remplies d'une bonne et courageuse noblesse d'habitants adroits aux armes, lesquels, avec les bandes d'ordonnance déjà sur pied, s'opposeront à ladite armée; que ledit sieur comte de Mansfeld pourra trouver, dès le commencement, des obstacles et du retardement à avancer plus avant dans le pays, si ce n'étoit qu'il fût renforcé de quelque bon nombre de cavalerie pour pouvoir combattre celle de l'ennemi, et, en tout cas, que si bien il ne trouvoit point une telle résistance, qu'on pourroit penser que l'ennemi ne bougera pas pourtant si facilement de devant Bréda, attendu qu'il croira pouvoir réparer ledit dommage après avoir pris cette place, et pouvant alors faire marcher toute son armée à l'encontre dudit Mansfeld; toutefois ceci n'empêcheroit point que la noblesse et les habitants du pays, grand et petit, ne demandassent prompte assistance du marquis de Spinola, avec protestation contre le gouvernement étranger des Espagnols, voyant que le siège de Bréda leur étoit plus considérable que leur protection, outre la crainte qu'ils pouvoient avoir que S. M., ouvertement, en cas de quelque bons succès, voulût seconder ledit comte de Mansfeld. »

armées ennemies, non sans danger de grands accidents, son année étant fort affaiblie et matée par les incommodités d'un si long siège1;

Que, pour exécuter cela, il étoit besoin d'user de diligence et de secret et d'une correspondance parlaite avec l'armée hollandoise, afin que toute l'affaire lut conduite d'un même esprit et n'eût qu'un même MMraement, et qu'assurément cet exploit se feroit putation et fruit si les affaires du Roi pouvoient porter qu'il voulût fortifier les troupes de Mansfeld de mille chevaux françois2, ou au moins envoyer quelque

galerie et infanterie sur les frontières, loin du lieu par où ledit Mansfeld devroit faire entrer dans le pays, atin «le faire diviser les forces de l'ennemi par incerti- Ulde et jalousie3.

1. La version primitive de A était : « Réduit en tels termes qu'il seroit contraint de choisir l'un de ces deux partis ou de venir affamé devant Bréda, ou de chercher sa retraite entre deux puissantes armées, non sans danger de grands accidents, son armée «'-tant si affaiblie et matée par les grands inconvéaudit siège. »

l Var. : les troupes de Mansfeld de François (ms. Français 17542).

ir. : incertitudes et jalousie (ras. B). Le texte de cet ali- • li<m primitive do A, était le suivant : a Et <as que S. M. voulût choisir ce dernier chemin, il seroit nécessaire que cela fût tenu fort secret, dextrement conduit et t exécuté, sans perdre aucun temps, et S. E. disposera en cela toutes ses affaires et pouvoirs, afin que tout soit fait et exécuté d'un bon jugement et correspondance de temps eu t.iiips. Il assure S. M. que cet exploit se feroit avec réputation « t huit, si l.s .iHairc poti\ oient porter qu'elle renforçât les troupes de Mansicld ; si elle ne vouloit employer en cela sa cavalei i re, au moins qu'il lui plût faire assembler un

s de sa cavalerie et quelquuns de ses régiments sur les iron-

Cet avis des Hollandois étoit bon pour leur État, mais préjudiciable au Roi, pour ce qu'il ne pouvoit être exécuté sans rompre avec le roi d'Espagne, puisque cette armée, en partie composée de François, fût partie de France pour entrer en ses États et les ravager1.

C'est pourquoi le Cardinal proposa à S. M. qu'il étoit expédient de faire passer cette armée dans des

tières, loin de la place où ledit Mansfeld devroit faire son invasion, afin de distraire et diviser les forces de l'ennemi par incertitude et jalousie. »

1. La décision prise par le Roi rencontra une vive résistance auprès de la cour d'Angleterre, d'abord hostile à l'expédition de Bréda. On allégua tout d'abord pour la justifier la faute commise par l'envoyé hollandais en France : « M. de la Villeaux-Clercs se souviendra, en écrivant en Angleterre, de mander que la résolution que le Roi a prise de ne laisser point passer le Mansfeld en France vient principalement de la faute qu'a faite le commissaire Doublet, envoyé par le prince d'Orange, d'avertir l'ambassadeur de Flandre de tous les lieux par où il pouvoit passer. Ce qui fait que les ennemis l'attendent sur tous ces passages avec tant de préparatifs que, probablement, ils lui donneroient beaucoup d'affaires et le contraindroient même de hasarder un combat qui seroit cause que le retardement rendroit enfin le dessein infructueux, ce qu'il faut éviter, puisqu'il le peut en prenant une autre route » (Mémoire touchant le passage du comte de Mansfeld : Bibl. nat., ms. Brienne 48, fol. 215). Dans une lettre adressée le 21 janvier à M. d'Effiat, le Roi déclarait ne pouvoir s'exposer à « l'incertitude d'un combat dont l'événement désavantageux rejetteroit les vaincus et les vainqueurs en mes Etats » (Bibl. nat., ms. Baluze 154, fol. 19); répondant, le 8 février, aux plaintes de Buckingham, il ajoutait dans une lettre au même : « Je ne désavoue point le commandement; je l'ai fait et dû faire, car, Mansfeld devant avoir la liberté d'aller par où il seroit plus expédient, je n'ai dû souffrir qu'on le contraignît à passer où indubitablement il auroit à combattre, ce qui ne lui pourroit

\ en Hollande; ce qui fut exécuté dès le mois de mars. Son infanterie fit sa descente près de Langnestrate1, au-dessus de Gertruydenberg2, et partie • Je la cavalerie françoise s'embarqua en cinquante-deux eaux le 7* mars, et le reste3 en cinquante-cinq le 13e, qui furent jetés en divers havres de Hollande et d«- /«lande4.

Toute son infanterie consistoit en treize mille Anglois, mille Allemands, et sa cavalerie en deux mille Fran- . deux cents Anglois et trois cents Allemands5. Ed avril, le comte Maurice mourut6 après avoir

qu'être désavantageux, n'ayant que des troupes nouvelles, sans discipline et sans ordre et sans connoissance les unes des autres » in. fol. 52).

1 l.angstraat, région de la province du Nord-Brabant, à l'est de Geertruydenberg (Pays-Bas).

2. (ieertruydenberg, ville de la province du Nord-Brabant, à quatorze kilomètres nord-est de Bréda, sur la rive méridiolu Biebosch. •s renseignements sont empruntés au Mercure françois, t. M. p. «06.

4. Sur l'embarquement de ces troupes à Calais, voyez une lettre de Villars, qui avait été chargé de diriger l'opération, rdinal, 14 renier 1625 (Aff. étr., France 1675, fol 122). Ce contingent de cavalerie était commandé par Christian de Brunswick, évéque d'Halberstadt. Les instructions données à Villar». .i la fin de décembre 1624, ont été publiées par Avenei, t. Il, p. 58.

née de Mansfeld était concentrée au camp de Sprang, (if.rtnivdenberg et Bois-le-Duc. Voyez Mercure françois, t. XI, p. 808, qui donne les chiffres reproduits par les Mémoire*.

6. Le comte Maurice mourut à la Haye le 23 avril 1625 {Mercure françois, t. XI, p. 418-419). Le Boi dépécha en Hollande .i * .tu- occasion M. de la Fores t (Bibl. nat., ins. Français 3683, 25).

tenté une entreprise sur Anvers1, qui étoit infaillible si on eût eu le courage de la poursuivre comme il falloit. Ce déplaisir lui avança ses jours.

Les États firent héritier de ses charges son frère Henri2, qui partit le second jour de mai avec leur armée pour aller faire le dernier effort de secourir Bréda, plus pour satisfaire au désir des États que pour espérance qu'il eût d'en venir à bout.

Le lendemain, Mansfeld partit avec la sienne. Le prince d'Orange attaqua un des forts du marquis de Spinola; mais, en étant repoussé, il retourna dans ses retranchements et manda aux assiégés la mort du comte Maurice, son frère, l'attaque qu'il avoit faite en vain, pensant les secourir, le peu d'espérance qui lui restoit de le pouvoir faire, et partant qu'ils fissent le mieux qu'ils pourroient.

Ils ne voulurent néanmoins penser à capituler3 qu'ils n'en eussent auparavant un ordre signé de lui, lequel il leur envoya incontinent, leur mandant qu'ils eussent à se rendre sans attendre davantage et qu'ils n'avoient pas seulement à répondre de la place, mais encore de leurs personnes et des soldats qui leur avoient été donnés. Suivant ce commandement, ils capitulèrent et la ville fut rendue le 25e ensuivant4.

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