Angleterre 33 : « pas davantage ouvertement ». C'est à
[If.. DE RICHELIEU. 89
par intérêt que par persuasion, il fit entendre que, la Fiance n'agréant pas ces propositions, le roi son maître seroit contraint de rechercher l'amitié d'Es-
gM » I procurer la restitution du l'alatinat par traité; m lieu qu'au contraire si on y condescendoit, il enverrait la Botte qu'il avoit préparée de cent voiles descendre en Espagne, brûler tous les vaisseaux qui
oienl dans les ports, se saisir de Cadix, faire des-
ulre une armée de 15,000 Anglois en Flandres, pourvu qu'il plût au Roi y joindre 6,000 chevaux; que cette armée, jointe à celle de Mansfeld, conquerroit l'Artois; qu'il consentoit que le Roi le prit pour lui, etc.
A cela on répondit que c'étoit à eux de considérer si le bien de leurs affaires requéroit qu'ils envoyassent leur flotte en Espagne, et lissent descendre une armée .h Flandres; que le Roi leur conseilloit de bien penser, devant que l'entreprendre, si par ce moyen ils pourraient ravoir le Palatinat; que, s'ils pouvoient faire le même effet par traité, il leur conseilloit de prendre cette dernière voie, préférable à toute mitre;
Que, pour l'offre qu'ils lui faisoient de la conquête
cette seconde phase des négociations que se rapporte 1' « Avis » du Cardinal déjà cité : a Sur ce que M. de Ruckingham a fait entendre ta K<>i que le roi de la Grande-Bretagne, son frère, de remettre le Prince Palatin en Allemagne, a proposé a cette fin un armement de cent voiles, Leqsd il test envoyer I IBlgTMl prendre les ports, brûler les vaisseaux, après s'en être premièrement servi à traiter une armée de quinze mille hommes en Flandres pour secourir Bréda, pour de là entrer au l'al.itinat ou faire autre action convenable à la restitution •1 h .lui. »
d'Artois, il les pouvoit assurer qu'au mariage qui s'étoit fait, il n'avoit désiré faire autre acquêt que l'alliance et l'amitié du roi son frère; qu'il n'avoit pas pris les armes en Italie et aux Grisons pour y faire aucune conquête, mais seulement pour délivrer ses alliés de l'oppression et leur rendre la liberté; mais que si le roi son frère, après avoir tenté les voies de douceur, ne pouvoit ravoir le Palatinat, S. M., qui àffectionnoit ses intérêts comme les siens propres, verroit quelle aide elle lui pourroit donner.
Ce fut sur ce point que S. M., par une ferme et et forte délibération avec son Conseil, eut à prendre une résolution définitive pour ce qui est du bien de la chrétienté. Il y eut diversité d'opinions; les uns furent d'avis qu'il falloit refuser toutes les offres des Anglois, de peur qu'ils n'empêchassent la paix qu'on vouloit faire avec Espagne et n'embarquassent le Roi à la guerre. Ils alléguoient que la dépense de la cavalerie seroit très grande, que le Roi en faisoit déjà beaucoup sans s'engager davantage, et plusieurs autres considérations. En ces pensées, ils passèrent jusques à ce point de croire qu'il valoit mieux que les Anglois s'en allassent mécontents que de leur laisser aucune espérance.
Le Cardinal, désirant la paix autant qu'eux, ne put néanmoins être de leur avis, et n'estimoit pas que la voie qu'ils prenoient fût propre à mener à une telle fin; ains au contraire, le Roi lui commandant de proposer ses raisons, il dit * qu'en cette affaire il y
1. Comparez le passage correspondant de la relation Angleterre 33 : « Je confesse que, désirant la paix autant qu'eux, je
avoit troifl choses à désirer et une principale à éviter;
Que les trois qu'on devoit désirer étoient de demeuivr en bonne intelligence avec les Anglois, de les embarquer à la guerre avec les Espagnols, et conserver en pleine liberté de faire la paix entre nous et lesdits Espagnols1 ;
Que la première étoit nécessaire2, parce qu'en vain aurions-nous contracté alliance entre la France et l'Angleterre, si ces deux couronnes ne demeuroient en «tat d'en tirer quelque profit mutuel; que si nous nous séparions mal, on nous accuseroit d'une légèreté bien inconsidérée, de laquelle nous pourrions bien nous ressentir les premiers, en ce qu'il leur étoit aisé ster les huguenots, dont le Roi vouloit châtier la rébellion, et qu'il étoit croyable qu'ils le feroient, au moins sous main, lorsque, n'ayant rien à espérer de nous, ils penseroient ne gagner pas peu en nous laissant cette épine au pied.
ne pus néanmoins être de leur avis et n'estimai pas que la voie qu'ils prenoient fût propre à mener à une telle fin. Ainsi, au contraire, le Roi me commandant de proposer mes raisons, je dis... »
1. Comparez la note suivante, qui figurait au bas de 1' « Avis sur les propositions de M. le duc de Buekingham » et a été biffée : « Et à mon avis qu'en ce point la vraie prudence et toutes sortes de raisons doivent porter le Roi à faire la paix entre lui et 1 Kspagne pour ce qui est de l'Italie, et laisser la guerre entre les protestants d'Allemagne et les Anglois joints
utile avec l'Espagne, ce qui montre bien que par raison ; il faut demeurer avec les Allemands et Anglois une liaison suffisante à les engager à la guerre sans se déclarer ici ■eue. »
2. Angleterre 33 : « Je représenterai que nous devons désirer la première, parce qu'en vain... »
La seconde, parce que, si nous avions la guerre avec Espagne, celle qu'y auroient les Anglois empêcheroit que nous aurions l'effort de toute leur puissance sur les bras, et les contraindroit de diviser leurs forces déjà occupées en divers lieux.
Si aussi nous faisions la paix avec, eux, la même chose nous étoit nécessaire, afin que l'occupation qu'ils auroient ailleurs les obligeât à garder les conditions qu'ils auroient arrêtées avec nous; ce qu'autrement ils ne feroient pas.
La troisième, parce que rien ne devoit nous empêcher de retirer, par une paix honorable et glorieuse, le fruit des armes du Roi qui, jusques alors, avoient été victorieuses en Italie; ce qui faisoit qu'on n'eût pu prendre un temps plus commode de se retirer sur son avantage, vu principalement que la Valteline, qui étoit le sujet du différend, étoit reconquise.
Il ajouta1 que celle qu'il falloit éviter étoit d'entrer ouvertement en cause pour raison des affaires d'Allemagne, parce que, si on faisoit autrement, il seroit à craindre que cela empêchât qu'on ne pût faire la paix pour l'Italie séparément ;
Qu'on romproit tout à fait avec la ligue catholique d'Allemagne, avec laquelle (bien qu'il fût bien difficile de demeurer en bonne intelligence en assistant sous main l'Angleterre contre eux), si est-ce toutefois qu'en ne faisant pas davantage on ne seroit pas hors d'état de réconciliation, ni privé du moyen de se rendre arbitre amiable de leur différend.