DE RK MEI.IEU
retenu de taire par la grande révérence qu'il ■ toujours rendue et vouloit rendre au Saint-Père1.
S. M. commanda par le courrier au sieur de Béthune*, son iimhitBaadcur, «le supplier S. S. de sa part de ne s'arrêter point en cette affaire, si important»- à la chrétienté, sur de amples formalités wns substance «t Bans réalité.
Que le principal point, <|ui doit l'article secret demandé en faveur des catholiques, étoit déjà obtenu, et l«' roi Très Chrétien en avoit livré l'original es mains <!»• M. le Nonce pour assurer davantage S. S. Il n \ avoit que cette différence, qu'on le lui donnoit <n Iraoçois et il le désiroit en latin.
Il donna encore à M. le Nonce, en latin et en la même forme que S. S. l'avoit prescrite, toutes les obligations particulières qui avoient été ordonnées S. S.
Teflemenl que tout étoit accompli, hors cette seule
différence, que quelques articles latins n'étoient pas
- <ln roi de la Grande-Bretagne, niais la subs-
tance en étoil signée en f'ranrois, et la garantie de tous
articles latins étoit donner par S. M.;
on il ne talloil pas que cette affaire, si grande et
très le passage correspondant de l'instruction ori-
i \ ■ • i effet, S. M dépêche en diligence ce courrier
pour l'en supplier très bnmblement, M s. s.
considérera, s'il lui plaît, <jue ce nouv. 1 envoi est un nouvel
m le .1 obéisse n< « el de respect que S. M. rend à S. S. et au
Saint Siège, fiofiolistani lVui| affaires el l'avis
<J<- plosieurs <|ui lui <1 î >.• m t qu'elle peut el doit passer outre, ce
qu'elle est retenue de (sire par le grand respect qu'elle veut
rendre su &aint>P< rtj ebosM qui mérite <l être bien consi-
Philippe de Béthune, ambes>i<l. m ..idinaiiv du (lui à
Raine depuis juin i1
importante à la France et à l'Angleterre, et peut-être à la chrétienté, fût réduite en extrémité, non par aucun point de substance et de considération particulière, mais par une simple formalité.
Et qu'U n'étoit pas à présumer que S. S. fit plus d'état de cette simple formalité que des grands périls et inconvénients qui suiv[r]oient la rupture de cette affaire dans l'Angleterre, dans la France, peut-être dans l'Europe1 ;
Que, si ce mariage se rompoit, la religion huguenote étoit fortifiée en France par le secours des Anglois, lequel eût été empêché par ce mariage, et la religion catholique étoit perdue en Angleterre, car, très assurément, le prince seroit marié à une hérétique s'il n'épousoit la sœur du roi Très Chrétien, et le dessein en étoit tout formé. Ç'avoit toujours été le but des puritains, lesquels ont toujours tramé la rupture de tout mariage catholique, et de celui d'Espagne comme de celui-ci.
Au contraire, si ce mariage se faisoit, la religion
1. Le passage suivant de l'instruction n'a pas été reproduit : « S. S. est donc très humblement suppliée de considérer qu'en l'affaire de ce mariage c'est le roi Très Chrétien qui traite seul avec le Pape, et qui seul demande la dispense, et auquel seul elle est adressée. Que le roi de la Grande-Bretagne ne veut intervenir en actes qui parlent en catholique, et le Roi ne peut l'y astreindre et obliger. Qu'en effet le Roi seul est envers S. S. le garant de ces articles, car S. S. ne reçoit ni traité, ni parole des hérétiques, et la garantie du Roi est si bonne et si digne qu'elle suffit à décharger S. S. et devant Dieu et devant la chrétienté. Qu'il plaise donc à S. S. se contenter de la signature et garantie du roi de France et de tous les autres actes qu'elle a désirés de S. M., laquelle est toute prête de les mettre tous es mains de M. le Nonce. »
DE itli HKI.IEU. 13
catholique recevrai! un très grand appui en Angleterre ri !.i religion huguenote leroît ruinée en France, car, les huguenots ayanl donné au Roi parleur réhcllion de lea châtier «-i les perdre, S. M. les vouloit pousser jusqu'au houl, cl le t'eroit d'autant plus facilement qu'ils ne pourroient être si ouvertement secourus ni de Hollande ni d'Angleterre;
Que le Roi, pressé «le ces considérations si puissantes <•( voyanl qu'il n'y avoil rien d'important et lui dans les articles latins envoyés de Rome qui ne lui compris virtuellement, quoique avec moins d'étendue, dans les articles franootS signes du roi de h Grande-Bretagne, avoit cru devoir absolument empêcher la rupture île ce mariage; et, ayant une parfaite confiance en l'affection paternelle de S. S. vers sa per> sonne et mi grand jugement qu'elle a de ce qui peut arriver dans les allaites présentes par l'expérience du passé, ne lui restant aucun autre moyen d'empêcher cette rupture, a voit pensé devoir promettre dans un unis l'aocomplissement du mariage dont il avoit plu 3. S. accorder la dispense, se réservant ce temps pour obtenir de S. S. ordre exprès à son Dûace «le la délivrer sans autre condition que les > qui lui seroient délivrées par son ambassadeur1 <! («Iles qu'il devoil mettre es mains (lu nonee'-'. selon les formes prescrites par S. S., hors
I La ratification par Lovil Mil dM articles proposés parle promette du mariai lut donnée par le Roi, 1< i renouvelée pour un mois, le 11 avril (liihl. nat., ■M 1.".'.. loi. L67).
i ;. inaui <1'- l'écril particulière! 'lu ter ment signés
perle roi de la Grande-Bretagne el l( prince de Galles » (Bibl. Français 3667, fol. 123).
ces articles latins, signés par le roi de la Grande-Bretagne* ;
Que si S. S., après que toutes ces choses lui auroient été représentées, n'étoit pas encore entièrement satisfaite, il la supplioit de donner plein pouvoir2 à MM. les cardinaux, conjointement avec M. le Nonce, pour délivrer ladite dispense aux. conditions qu'ils estimeroient en conscience le pouvoir et devoir faire ; et, d'autant que d'ordinaire l'opinion des hommes se trouve différente, qu'il seroit bon que le pouvoir portât (ce qui est commun en toute délibération) que les deux emportent le troisième.
Si, d'aventure, S. S. vouloit que, pour plus grande lumière et pour plus grande décharge en cette affaire, MM. les cardinaux appelassent en cette délibération un des premiers professeurs de théologie en la Sorbonne, avec le confesseur du Roi3 et le Père de Bérulle, qui a connoissance de toute cette affaire, S. M. se con-
1. L'instruction contenait le paragraphe suivant, omis : « Le sr de Béthune représentera que le Roi a été obligé à cela par des pressements extraordinaires et outre pour sauver la religion perdue à jamais dans l'Angleterre si le prince épouse une protestante, comme le dessein en est tout formé; quoiqu'il ne soit engagé sur l'assurance qu'il a pris que S. S. l'ordonneroit ainsi à M. le Nonce, que s'il arrivoit qu'il ne l'obtînt pas, le bien de la chrétienté et l'état où il se trouve l'obligeroient, quoiqu'avec un extrême regret, à passer outre. »
2. Comparez l'instruction originale : « A toute extrémité, si le Pape est résolu de ne point se relâcher aux conditions demandées pour faire délivrer la dispense, on peut lui proposer de donner, etc.. »
3. Gaspard de Séguiran (1568-1634), de la Compagnie de Jésus, confesseur et prédicateur du Roi de 1621 à 1625. Voyez François Garasse, Mémoires, publ. par Ch. Nisard, 1861, p. 5, n. 2.
tenleroil de «cl expédient , pourvu que S. S. leur commandai de terminer cettr ;i(ï;ure sans délai1.
choses étant ainsi repiVM ut ^ au Saint-Père2, il m i sniut de donner an Roi ta ooateaieaeal ; «ju'il lit4.
1. I..i lin de rinstmclion et! reproduite sans tnodification. ment fut thune une dépêche royale
i Bibl. nat.. ms. Français 36G7, fol. 122). Bk lut certainement i on : .r le Cardinal, puisque la
minute Ali. étr., Espagne 14, fol. 152) a été écrite par le secrétaire de la main. Nous . n reproduisons le passage essentiel : ■ M. l'Ambassadeur se comportera lortement et si diligemtion qu'elle se termine dans huit jours et, n il ,|u'il y eût difficulté dol.tenir du Pape ce qu'il
■Inde, il i D donnera proraptement avis secret au Roi afin qu'auparavant la résolution du refus, dont en ce cas il prolongera la prononciation par sa conduite, on puisse passer outre en I exécution du mariage, sur l'assurance que S. M. témoignera de l'obtention de sa demande. »
iii.nl en outre adressées au Pape par Louis Mil elle « estime avoir beaucoup de crédit près s s . . . écrit Berbault à Béthune le 23 mars, 'et « désire omplissement du mariage de Madame avec passion ».
■ « i v i lie fut annoncée par Marquemont, le 12 avril ">, au cardinal <1< Richelieu : ■ Nous avons eu la dépêche .lu i rar le mjel de la dispente, pour laquelle le Nonce
nous i écrit loi t favorablement, et sa recommandation» jointe à la diligence et dextérité de M. d> lléthune, a produit un si boa effet que ce courrier vous porte de quoi achever le mariage, n ne désire plus rien du roi anglois et qu'on
se i des promesses de S. M. » (AU étr., Home 36,
loi 310; voyez aussi une lettre de Béthune M Père de Bémlle, 11 . . \r< li. nal . M 232 . la (Uapense ht remise à
Man- d< M. ii - par le nonce Spada, le 8 mai L625 H-rl.ault à Béthune, 7 mai 1625 : Hil.l. ntt., ms. Français 3702, fol. 45). mière version de A : « et manda ». Les Mémoires devaient donc reproduire la réponse du l\q>« ■. mais ces deux mots furent supprima Ion de la révision du manus-
Cependant, Jacques, roi d'Angleterre, mourut en mars 1 625 ! ; le prince son fils lui succéda. Dès qu'il est venu à la couronne, il écrit au Roi et le supplie de hâter ses fiançailles avec Madame, sa sœur. Elles furent célébrées le 11e de mai2 sur un échafaud dressé à la porte de l'église cathédrale de Notre- Dame de Paris, tout ainsi et avec les mêmes cérémonies dont on avoit usé au mariage du feu roi Henri le Grand, lors roi de Navarre, avec la reine Marguerite.
Cette cérémonie fut suivie d'un festin royal3 en la salle de l'archevêché, de feux de joie par toutes les rues de Paris et de lumières aux fenêtres, qui sembloient faire d'une nuit un beau jour4.
Le Cardinal, qui avoit avec tant de peine et de prudence conduit cette alliance à une heureuse fin, se
crit; une note de Sancy porte à la marge : « Je ne sçay pas l'ordre qu'il donna. »
1. Le G avril 1625 (27 mars, a. st.), à Théobalds, comté de Hertford.
2. Les manuscrits A et B portent : « deuxième ». La « lecture du contrat » et les « fiançailles » eurent lieu au Louvre le 8 mai. Cf. lettre d'Herbault à Aligre, 8 mai 1625 (Arch. nat., RK1361, fol. 311). Le mariage fut célébré le dimanche 11 mai à Notre-Dame par le cardinal de la Rochefoucauld, grand aumônier de France. Le duc de Chevreuse avait reçu du roi d'Angleterre procuration pour le représenter. Voyez L. Batiffol, la Duchesse de Chevreuse, 1913, p. 45.