A du Fargis
(Il DE RICHELIEU. 137
si ledil <« »mt «■ insiste sur cette formalité, < ju'il essaye de le rendre capable de* raisons pour Lesquelles elle n'y peut entendre1, ajoutant que, s'il désire la paix, il in- doit pas s'arrêter aux choses qui ne regardent pas l'intérêt île son maître; que S. M. conviendra aisément de ce qui s'est passé en la Valteline avec le Pape, lorsque les autres points auront été arrêtés, et qu'elle est résolue de donner a S. S. toute la satisfaction raisonnable qu'elle pourra désirer; mais que si, au préjudice de ces raisons, ledit comte s'affermit à prétendre e» -tte restitution préalable des forts, comme ce sera une preuve évidente qu'il M désirera pas la paix, ledit - qu'il aura fait tout ce qui lui sera possible pour surmonter cette difficulté, s'il n'y peut parvenir, ne passerait pas outre à la proposition susdite de l'intervention et demeureroit sur la réserve plus qu'auparavant ;
Que si on traitoit, il falloit conclure directement la pail sans passer par une surséance d'armes, laquelle si on proposoit il devoit rejeter, faisant connoitre qu'elle ne pouvoit avoir lieu qu'après que les choses .un oit ni été ajusté*!, et que la paix ne seroit pas plus difficile à établir qu'une trêve*.
Pour tin, S. M. lui recommanda le secret, et découvrir les conférences qu'il pourroit avoir avec ledit comte du prétexte dm s.iisies des biens des sujets des «l«n\ < ..inonnes3, afin que les ministres des antres
1 Ltf Mémoire» n'ont pas reproduit le membre de phrase il : i telles <|n'eltes vous ont été ci-devant mandées et >re par la relation que je vous envoie ». - I - deui derniers paragraphes de la lettre origi-
nale a été iii"<li(i< dans les Mémoire».
Les saisies des biens des Français établis en Espagne
princes n'y puissent rien pénétrer ni apporter obstacle; qu'il en pouvoit donner part au nonce, s'il le jugeoit à propos et croyoitque le comte fût pour lui en parler1.
Quelques jours après que le marquis de Mirabel eut tenu au maréchal de Schônberg le discours que nous avons dit ci-devant, il se rétracta et parla tout d'un autre air et avec beaucoup de froideur2, ce qui fit que le Roi commanda au Fargis de faire le même, et d'aller plus retenu aux offices qu'il lui avoit commandés par sa lettre susdite.
Ledit comte d'OIivarès dressa une forme d'écrit pour le commencement du traité, dans laquelle il s'efforçoit de faire voir que le Fargis avoit parlé le premier et fait offre de contentement pour le roi d'Es-
avaient commencé le 28 mai, « plus par animosité que par esprit de représaille » (lettre de Fargis à Herbault, Madrid, 2 juin 1625 : Aff. étr., Espagne 14, fol. 172).
1. Comparez la lettre du 29 octobre : « Je vous recommande encore de tenir ces propositions secrètes, de couvrir les conférences que vous pourrez avoir avec ledit comte du prétexte des saisies de biens des sujets des deux couronnes, afin que personne, ni même les ministres de mes confédérés n'y puissent rien pénétrer ni apporter obstacle. Je remets à votre prudence d'en donner part au nonce si vous le jugez à propos et que ledit comte soit pour lui en parler. »
2. Herbault annonça dès le 30 octobre à du Fargis le changement d'attitude du marquis de Mirabel (Arch. nat., KK 1362, fol. 311 v°). Voyez aussi la lettre du Roi à Béthune, 7 novembre 1625 : « Le comte d'OIivarès s'est aucunement rétracté de ce qu'il avoit discouru avec le sieur du Fargis, comme a fait le marquis de Mirabel des ouvertures qu'il avoit faites à aucuns des principaux de mon conseil » (Bibl. nat., ms. Français 3669, fol. 14).
DE HU'HKLIBU. 139
<•, essayant de faire voir qu'il était dû quelque chose ;i l;i satisfaction do son maitre.
Le l'.oi la rejeta et manda, le 6« décembre, audit taPgifl qu'il ne vouloit pas souffrir que ledit comte emportât, pour son maitre, le dessus au point de la réputation, non plus qu'en l'essence de la chose;
Otfil ne devoit rien à la satisfaction du roi d'Es- . qui a voit eu tout le tort et n'en avoit point rem, et, partant, qu'il montrât dorénavant plus de retenue envers ledit comte, comme ayant occasion de se douloir de l'artifice de son procédé; néanmoins qu'il observât ses mouvements le plus qu'il pourroit, pour en donner avis ponctuellement à Sadite Majesté 1 .
1. \.>- troifl paragraphes qui précèdent sont empruntés à une lettre d'IIerbault à du Fargis du 6 décembre (Aff. étr., Espagne 14, fol. 287), dont voici le texte : a Pour le regard des affaires dont vous avez traité avec le comte d'Olivarès, je ne puis que peu ajouter à ce que le Roi vous écrit. En effet, nous connoissons que ledit comte désire la paix, et que S. M. ne s'en éloigne pas ; mais il prétend non seulement emporter le dessus au point de la réputation, mais aussi en l'essence de la re qui se reconnoît assez par les termes de son écrit, où il s'efforce de faire voir que vous avez parlé le premier et fait "i1 ntentement pour la n>i d'Kspagne; puis il ajoute
ces mots de satisfaction publique, qui sont autant injurieux OOOMM est vaine et injuste la prétention que montre ledit qu'il toit dû quelque chose à la satisfaction de son maître, notai encore compensation. De manière que vous êtes loué d'avoir absolument rejeté cet écril, et S. M. trouve h >n qu. \.iis uiMiitri./ ensuite plus de retenue envers ledit BMM ftyant D <b- WMM dowlotr de l'artiflce de
s«.n procédé. Néanmoins vous observerez ses mouvements le plus qui- vous pourrez pour en donner avis ponctuellement à S. M. »
Nous1 ajouterions ici la suite de ces entretiens; mais, parce que la fin de cette négociation2 ne fut qu'en l'année suivante, nous la remettrons en ce temps-là, joint que la reine de la Grande-Bretagne, que nous avons seulement conduite jusqu'à Douvres3, nous convie de la retourner trouver, et laisser maintenant ces choses, qui sont de moindre considération qu'elle.
Elle s'étoit imaginé de rencontrer en Angleterre une magnificence au moins égale à celle de la cour de France, vu que les ambassadeurs lui en avoient parlé, en sorte que de leurs paroles elle avoit lieu de croire qu'elle la surmontoit de beaucoup.
Elle s'attendoit aussi d'être reçue du roi avec des témoignages d'une extrême bienveillance, et de voir un prince qui l'aimât autant comme elle avoit d'amour pour lui, et qui ne lui voulût refuser aucune des
1. Ici commence le 22e cahier du manuscrit A (fol. 206), ainsi résumé par Charpentier : « Arrivée de la Reine en Angleterre. Procédé de Buckingham envers elle. Le sieur de Blainville y va en ambassade extraordinaire. »
2. Herbault écrivait à ce propos le 19 décembre à Béthune : « La négociation de la paix est finie ou du moins si assoupie qu'il ne s'en parle plus ni de deçà ni ailleurs; en Espagne, il s'étoit tenu quelques propos en général sur ce sujet entre M. du Fargis et le comte d'Olivarès; mais il n'en- est réussi aucune conclusion. Ce que nous avons reçu est que les Espagnols désirent la paix et qu'ils en ont besoin, mais qu'ils y veulent prendre, s'ils pouvoient, des avantages au préjudice de la réputation du Roi et de l'intérêt de ses alliés. Ainsi nous nous trouvons bien loin de compte » (Bibl. nat., ms. Français 3669, fol. 31).
3. Le 22 juin 1625. Voyez Louis Batiffol, la Duchesse de C/ievreuse, 1913, p. 68.
grâces que raisonnablement elle lui pouvoit demander.
•Ile fut étonnée que, arrivant à Douvres, elle est
dans un château mal meublé1, toute sa cour fort
mal reçue, pour un jour d'entrée au royaume dont
elle venoit prendre possession2.
Le lendemain, le roi la vint trouver sur son dîner, usez mal accompagné, n'ayant pas l'ombre seulement de la grandeur avec laquelle le roi de tance vit.
Tout ce qui l'étonné le plus, c'est que dès le soir de sou arrivée on met les prêtres et les catholiques en prison, comme si on vouloit à sa vue les affliger, au lieu qu'elle espéroit les soulager par sa présence, bien qu'on les relâchât depuis à l'instante prière qu'elle en fît .
An partir de Douvres, le roi la mit en un carrosse plein de il;unes angloises, afin d'éloigner les dames li -niçoises qu'elle a voit amenées avec elle3.
1. l'n appartement de neuf chambres y avait été préparé pour elle sur l'ordre de Buckingham, qui possédait le château en sa qualité d'amiral des Cinq ports (dépêche du 27 juin de l'ambassadeur vénitien à Londres, Zuane Pesaro : Calendar of State Papers, Venice, t. XIX, p. 87).
1. Les Mémoires s'inspirent, pour tout le récit du séjour de Henriette de France en Angleterre, de la narration de Tillières ires, éd. ('.. Eippeao, i ihap. vi, p. 88 à 115). Mais l'exposé dt- Tillières a été considérablement abrégé; aucun doea- Best ne permet d'ailleurs de déterminer de manière précise les conditions dans lesquelles a été effectué le travail d'adapil <si impossible de le reconstituer à l'aide des correcpea DOmbranses que présente cette partit- du neJMMCril I , dnt-Georges, les comtesses de Tillières et de Clprières, « dames d< la chambre du lit », et M"" de Fouges, « dame d'atour » (Aff. étr., Angleterre 39, fol. 88 v°).
Elle ne put souffrir sans larmes de se voir, jeune princesse, quasi comme étrangère (puisque c'est le jour de son arrivée), toute seule parmi des personnes de langue et de religion différentes, séparée de celles en qui elle a voit créance.
Ses larmes ne purent obtenir qu'on donnât au moins place en son carrosse à sa dame d'honneur1 ; mais les instances des ambassadeurs du roi l'obtinrent2. Le refus qu'on lui en avoit fait lui fut moins sensible que de voir que l'autorité desdits ambassadeurs eût eu plus de crédit envers le roi son mari que ses prières.
Tout le voyage jusqu'à Londres alla du même air3 ; y arrivant, elle n'y reçut aucuns honneurs, et ne vit nulle des galanteries qu'on a accoutumé de voir en occasions semblables.
Dans la maison du roi4, elle trouva pour son lit de parade un de ceux de la reine Elisabeth, qui étoit si
1. Mme de Saint -Georges, marquise de Monglat (même document). En août 1625, Richelieu songea à la remplacer par la marquise de Maignelay (Aff. étr., Angleterre 33, fol. 208).
2. Sur l'intervention de Brienne et d'Effiat, au moment du départ pour Cantorbéry, voyez Brienne, Mémoires, 1. 1, p. 223, et la lettre adressée par lui au Cardinal le 26 juin 1625 : Bibl. nat., ms. Brienne 49, fol. 194 v°.
3. L'entrée de Charles Ier et de Henriette de France à Londres eut lieu le 26 juin 1625; le voyage royal s'était achevé, de Gravesend à Londres, sur la Tamise (Tillières, Mémoires, p. 91 et 92).
4. A Somerset House, connue encore sous le nom de Denmark House, parce que la reine Anne de Danemark, femme de Jacques Ier, y avait établi sa résidence. Cet hôtel fut donné à la reine, par acte du 14 février 1626. Voyez S. R. Gardiner, History of England, t. V, p. 335, et The Annals ofKing James and King Charles the First. Londres, 1681, in-fol., p. 108.