Première rédaction du manuscrit A : « Joint encore les
Mais néanmoins que, nonobstant tout cela, il falloit craindre l'aveuglement et la brutalité des Anglois et Il passion deBuekm^ham, < jui les pourroit faire passer pUMBeasofl li coosidératioa de leur bien, principaleiniiil 1«- roi son maître n'ayant point d'yeux que les si» us1, et partant que c'étoit à lui à avoir l'œil ouvert a tout et tenir le Roi bien averti8.
lilainville3, ayant reçu cette dépêche, s'en servit
raisons particulières que ledit Blainville avoit déduites en sa lettre. » Cet alinéa était beaucoup plus développé dans la dépêche originale : « La condition de leur pays qui, quoique puissant à se défendre à raison de sa situation, est impuissant au dehors faute d'argent, l'engagement auquel ils sont entrés contre l'Espagne, le besoin qu'ils ont de retirer le Palatinat, le peu de créance que l'Allemagne et tous les étrangers ont de leur force et de leur puissance, la connoissance qu'ils ont que sans la France ils ne peuvent rien faire contre l'Espagne, leur légèreté ordinaire qui, les portant aisément à tenter beaucoup, les ramène aussi facilement d'une extrémité à l'autre, n'ayant souvent autre remède à leurs mauvaises entreprises que de les quitter tout à fait. Si ces Messieurs se joignent avec nous pour entreprendre quelque chose de grand, leurs rodomontades ne seront pas suivies de mauvais effets pour nous; quoique leur passion les aveugle souvent, ils ont assez de jugement pour connoitre que, s'ils portoient France à l'extrémité, elle pourroit fort aisément s'accommoder avec l'Espagne et entrer en intelligence avec Bavière, jusques à un point qu'ils seroient pour jamais frustrés du Palatinat. »
1. Ce début de phrase ne figure pas dans la dépêche original.-.
2. Comparez Angleterre 33, fol. 275 : « J'estime que, quoi qu'un dise et qiitl.jne volonté qu'on ait, les lAûres <l Angleterre ne prnn.-ttrnt pas de venir à. une rupture ouverte avec
Ce sera cependant à vous à avoir l'ail ouvert à tout et à t.-nir le Uni l>i<Mi evrrli
l'tni.r.- réélection du manuscrit A : t Blainville, ayant '■Me dépêche, s'en servit aver teJOte l'adresse qu'un ptM* V 11
avec toute l'adresse qu'on pouvoit désirer ; mais, quoi qu'il fît, si ne put-il retenir Buckingham qu'il ne partît sans rien conclure avec lui pour aller en Hollande1 faire alliance entre les États, le roi de Danemark et le roi son maître, pour le rétablissement du Palatin, sous le prétexte général de la liberté de Germanie2.
Il y fit le 9e décembre une alliance avec eux 3 et le roi de Danemark, non pas offensive et défensive comme il eût bien désiré et comme ils en a voient, le 12 juin de la même année, fait une avec les États, qui devoit durer jusqu'à ce que le Palatin fût rétabli et que la maison d'Autriche cessât de rien prétendre sur les Provinces-Unies.
Par cette dernière, les Hollandois s'obligeoient de payer cinquante mille florins par mois au roi de Danemark et les Anglois cent mille pour l'entretènement de son armée, et de faire encore une autre armée navale pour renvoyer en Espagne. Ils avoient arrêté qu'ils prieroient le Roi d'y vouloir entrer; mais notre ambassadeur s'en démêla, leur remontrant que leur demande leur étoit préjudiciable, pour ce qu'ils pourvoit désirer. Buckingham néanmoins, sans rien conclure avec lui, s'en va en Hollande pour faire alliance... »
1. « Le duc de Buckingham s'est embarqué le 15 de ce mois pour aller en Hollande, accompagné de vingt navires donl il y en a six au roi et quatorze appartenant à la bourse de Londres. » Lettre de l'évêque de Mende au Cardinal, Hamptoncourt, 21 novembre 1625 (Aff. étr., Angleterre 33, fol. 280).
2. Ici figurait primitivement dans le manuscrit A un a Avis de ce qu'il faut faire sur le voyage de Buckingham ». Nous en donnons le texte à l'appendice IV du présent volume.
3. Voyez le texte du traité de la Haye du 9 décembre 1625 [Calendar of State Papers, Venice, t. XIX, p. 257).
(16:r. DE RICHELIEU. 163
n tient maintenant se servir de la puissance entière du Roi et que c'étoit la partager de l'obligera la garde >n propre État1.
Après qu'il eut achevé sa négociation en Hollande, il désira passer en France ; mais ledit ambassadeur du Roi lui témoigna que2, sur l'inexécution des traités, S. M. ne pouvoit approuver son dessein qu'on ne lui eût premièrement donné contentement sur les articles Qjfc'ou lui avoit promis. Cela le tacha si fort que, pour s'en venger, il fit que les Hollandois rappelèrent l'amiral Haultain, avec les vaisseaux hollandois qu'il commandait, un desquels étoit avec Mantin à l'entrée du
1. Voyez la dépêche d'Herbault à Béthune du 5 décembre 1625 : « Le duc de Buckingham est encore en Hollande, qui fait son compte de venir trouver le Roi à son retour; ce sera volontiers pour lui faire quelque proposition sur la nouvelle ligue laid- par son maître, à quoi le Roi ne s'engagera point, s'en étant déjà déclaré » (Bibl. nat., ms. Français 3669, fol. 28), et la lettre d'Espesses à Ocquerre, du fc" décembre : « Ce duc paroit ici avec une merveilleuse pompe et fait ostentation de sa faveur avec des vanités très affectées » (ms. Français 3685, v«).
1 les instructions envoyées à Espesses le 8 novembre (Bibl.
nat., ms. Français 3685, fol. 122 lui donnaient pour mission de
« divertir et d'empêcher te voyage du duc de Buckingham en
cette cour >. Elles furent modifiées par une dépêche dat< <• <lu
7 décembre. « Vous lui direz, écrivait le Roi i son amhassa-
|t* ne puis croire qu'il voulût venir en France sans
dessein uY m apporter satisfaction sur tous les chefs and lui oui
été proposés en Angleterre par le sieur de Blainvilleet l'éfécjM
de Mende, et, s'il y vient avec volonté de me contenter sur iceux,
il y sert tr. i l>i< n venu, mais que, si cela n'est point, je serois
pi.- la raison d'Etal ne me permit pas de l'y bien rece-
inine il désireroit » (Bibl. nat., ms. Français 3686,
fol. 27). Mais cette dépêche ne par\ int i M. d Lspesse<. qu'après
le départ de Buckingham.
W.i MÉMOIRES [16251
havre de Portsmouth ' , où ils tenoient Soubise assiégé2.
Ils prirent leur prétexte sur ce que le Roi, disoientils. n'avoit plus d'ennemis, puisque S. M. les avoit vaincus, et partant qu'ils n'étoient pas obligés de lui prêter davantage leurs vaisseaux.
Le Roi en ayant avis, tous ceux de son Conseil pensoient qu'il n'y avoit nul remède à ce mal : le Cardinal seul tint bon et dit au Roi que les Anglois et les Hollandois le vouloient, par ce moyen, contraindre de faire la paix avec les huguenots, ce qu'il ne falloit jamais qu'il fît par contrainte, mais avec la gloire et la réputation qui étoient dues à S. M. ;
Qu'il étoit assuré que, menaçant les Hollandois de dénier le secours annuel qu'on leur donne en argent, au cas qu'ils voulussent dénier la continuation de leur flotte au service du Roi, ils seroient contraints de la donner.
1. Manuscrits A et B : « Porchemut ». Inexactitude des Mémoires. Soubise s'était réfugié dans le havre de Falmouth, port de la côte méridionale du comté de Cornwall, à quarantetrois kilomètres sud-ouest de Bodminetquatre-vingts kilomètres de Plymouth.
2. Cet alinéa était plus développé dans la première version du manuscrit A. Le texte primitif, modifié ensuite par Sancy, était le suivant : « Il [Buckingham] sollicita particulièrement les Etats de rappeler l'amiral Haultain avec ses vaisseaux, que nous avons dit ci-devant avoir accompagné Mantin en la poursuite de Soubise, qui, après la défaite .de l'armée navale des rebelles, s'en étoit fui en Angleterre, les habitants de la côte de laquelle, à son arrivée, servirent à sa défense. Ledit Soubise avoit avec lui le vaisseau nommé Saint-Jean, qu'il avoit pris au Port-Louis, et quelques autres vaisseaux françois qu'il avoit volés. Blainville en demanda la restitution, laquelle on lui refusa et, non content de cela, ils sollicitèrent en Hollande que l'on rappelât Haultain. »
tu Ith llhl.lKU. 165
LBHmftmeJ prit la commission dru parler au sieur ^en*, leur ■mlMmidflIf. «t lui «lit que, si MM. les Ktats persistaient eu la résolution du refus oV leurs vais- MBI, S. M. auroit lieu de croire qu'ils ne voudroient ■ intrihini* a la prospérité de ses alVaires et qu'ils sen.ieut rapables «les impNMMOI que ceux qui vouli «lent traverser son service leur pourroient donner; • pie Im ligue qu'ils avoient signée à la Haye n'auroit pas pour but la liberté de L'Empire et l'abaissement d'Espagne, mais bien celui de la religion catholique, I- tous les princes qui la professent, et particulièrement I.' si. ii3;
1 l.a source de ce qui suit est une dépêche adressée le 24 décembre par le Roi à l'ambassadeur d'Espesses et dont copie est ée à la Bibl. nat., ms. Français 3686, fol. 42. i rançois d'Aerssen, dont la mission à déjà été mentionnée par li-s Mémoires, p. 98, arriva à Paris le 23 novembre; a il est logé et défrayé par présent, écrit Potier d'Ocquerre à hpeiMl le 25 novembre, à l'hôtel des ambassadeurs extraordinaires et le sera jusques au jour de l'audience » (Bibl. nat., lis 3686, fol. 3 v°). Une dépêche de l'ambassadeur vénitien Morosini, 12 décembre, nous apprend qti'Aerssen avait reçu mission de demander le retour en Hollande des vingt vaisseaux [Calendnr o/ State Papers, Venice, t. \l\. p. 2'.
Comparez le passage correspondant de la dépêche du 24 décembre : a Ce changement m'a obligé de faire connoitre ii- \erssen, leur ambassadeur extraordinaire, que, si lesdit> rieurs les Ktats persistent en la résolution du refus, j . tan il lieu de croire qu'ils ne veulent pas contrihuer à la prosj» faite de mes affaires et qu'ils seroienl capables des impressions que |iù let IQaoïoal traverser leur pourroient donner; que la UgM qu'ils ont depuis peu signée à la Haye n'auroit pour but la libei ■pin ni l'abaissern igné, mais bien
«•-lui de la religion catholique, d< ions les princes qui la professent et parti ut I.- mien. »
166 MKMOliîi - [1625]
Qu'il ne pouvoit assez s'étonner de ce refus ; que ce qui l'en fàchoit le plus1 étoit que, s'ils y persistaient, ils feroient, par ce moyen, connoître à tout le monde que, bien que la France les ait toujours protégés, ils feroient difficulté de l'assister contre des rebelles, parce qu'ils seroient protestants comme eux, bien qu'ils ne se fussent soulevés que lorsqu'ils auroient vu le Roi puissamment armé pour assister ceux qui professent leur même créance; ce qui feroit que S. M. ne pourroit avec honneur leur continuer son assistance contre un prince catholique, aussi peu entrer directement ou indirectement en la ligue faite à la Haye, ains au contraire seroit contrainte de prendre des pensées opposées2 ;
Que le Roi seroit bien fâché3 d'être réduit, contre sa volonté, à cette extrémité ; qu'il sa voit bien que MM. les États considéroient son affection et témoigneroient par effet l'avoir en la considération qu'il méritoit et qu'il désiroit; qu'en ce cas, il abandonneroit plutôt tous ses intérêts que les leurs.
Pour conclusion, il lui fit connoître qu'il désiroit particulièrement deux choses de lui :
L'une, qu'il écrivît à MM. les États par un courrier que S. M. dépêcheroit, et qu'il n'omît aucune chose de ce qui pouvoit les porter à le contenter; l'autre, qu'il mandât à l'amiral Haultain qu'il attendît avec patience un nouvel ordre de MM. les États4.
1. Dépêche du 24 décembre : « ce que je trouve le plus mauvais ».
2. La dépêche originale et la première version du manuscrit A portaient : « des pensées contraires » ; la correction a été faite sur le manuscrit A afin d'éviter une répétition.