‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 45 sur 89 · Buckinghara · texte numérisé non relu

Buckinghara

3. L'instruction portait : « s'il dit que d'Espesses » ; la correction a été faite sur ce texte même par Sancy.

4. Le manuscrit B porte par erreur : « avec lui-même » ; il faut suivre la leçon du manuscrit A, conforme à l'instruction originale.

<x>u«\ pour le faire, il le faudroit faire fortement ou faiblement; si faiblement, à couvert, ils seroient battus; si fortement, il faudroit qu'ils le fissent par rupture ouverte, action dont ils seroient blâmés de tout le monde, et <|ni l»s reiulroit irréconciliables pour jamais.

Le duc de Chevreuse lui bailla une lettre pour le duc dt Buckingham1, par laquelle, outre partie des choses

! . Cette lettre, comme l'instruction qu'on vient de lire, a été certainement rédigée par le Cardinal. Les Mémoires n'en donnent qu'un court fragment emprunté à la fin de ce document. Nous reproduisons la « dépesche que le sieur Bautru a portée en Angleterre » d'après la copie utilisée par les secrétaires des Mémoires (Bibl. nat., ms. Français 15990, p. 147); elle est de la main de Le Masle des Roches, à l'exception du rit par Charpentier : « M. de Ch[evreuse] écrira par Bautru à M. de Buck ingham] qu'ayant su que M. d'Espesses lui •voit tenu quelque langage qui lui pouvoit déplaire, il a voulu

lérlr partieulièrenient du fondement que tel discours

it avoir. Qu'il a su du roi même que d'Espesses n'avoit eu autre charge sinon que de lui témoigner que S. M. se réjouissoit qu'il vint en France, parce qu'elle savoit bien qu'il n'y viendrait pas sans lui apporter contentement, ce qui lui don-

: lieu de le recevoir d'autant mieux que, outre qu'elle le ferait avec approbation de tout le monde, recevant satisfaction par lui du roi son frère, il est personne qu'il aime et qu'il

!■ re comme étant envoyé du roi son frère. Que, pour lui téflKMgner la bonne volonté qu'il a pour lui, il auroit plus de une si, venant sans lui apporter contentela considération de la dignité des rois et la raison d I lui (KTiuet toit pas de lui donner en apparence ton s 1rs témoignages qu'il voudroit lui rendre en effet de sa bienveillance. Que B M .i <l'.uné charge a ses ambassadeurs Blain ville et Espesses de lui tenir le même langage, ce dont il a été très aise en son partiiuliir, perce que cela lui fait connoître la bonne volonté* du (toi et lui donne lien d'achever son voyage pour unir de plus en plus < . uronnes et penser a mettre en exécution lei

susdites qu'il lui mandoit, il ajouta encore qu'il lui conseilloit de venir si son voyage étoit avec dessein et matière pour contenter la France sur le sujet des vaisseaux du Roi, tant marchands qu'autres, qu'ils retenoient, et ce qui concernoit la reine et son mariage. Si aussi il avoit un autre dessein, il né le lui conseilloit

généreux desseins qu'il a pour la chrétienté. Au reste, je vous puis dire de vous à moi que j'ai voulu particulièrement m'enquérir si d'Espesses a eu charge de vous tenir le langage qu'il a fait; j'ai trouvé véritablement que non et qu'il n'avoit eu autre charge que ce qui est porté ci-dessus. J'ai voulu de plus savoir s'il avoit été mandé en dessein de vous empêcher de venir; j'ai trouvé que non, mais bien en dessein de pénétrer vos pensées et de vous donner lieu d'obtenir du roi, votre maître, facilité au juste contentement désiré du Roi es choses qui ne sont pas de considération au prix des grands desseins que des hommes de votre esprit et de votre courage doivent avoir. J'ai voulu encore savoir de quelle façon Blainville a écrit de deçà s'être acquitté en Angleterre de la charge portée ci-dessus. J'ai trouvé qu'il a mandé avoir, depuis votre départ, dit au secrétaire Conway que le Roi se réjouissoit de votre venue parce qu'il ne doutoit pas que vous ne lui apportassiez tout contentement, ce qui lui donneroit lieu de vous recevoir comme une personne qu'il aime particulièrement. Et que si vous venez autrement il seroit bien fâché d'être contraint, par raison d'État, de diminuer des apparences. Vous jugerez donc s'il vous plait, si vos affaires (le) requièrent, que vous veniez ou non, vous assurant qu'il n'y a de deçà aucune aversion contre votre personne et que seulement veut-on éviter le blâme qu'on recevroit si, en ne faisant rien pour la France, il sembleroit qu'on fît beaucoup pour l'Angleterre. Après tout cela, si vous me demandez mon conseil, si vous venez avec dessein et matière pour contenter la France sur le sujet des vaisseaux du Roi, tant marchands que autres, que vous retenez, et de ce qui concerne la reine et son mariage, je vous conseille d'y venir; si aussi vous aviez un autre dessein, je ne le voudrois pas faire, prévoyant bien que votre séjour à la cour seroit fort mélancolique. Si vous venez, avertissez-moi, car vous trouverez mon

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prévoyant bien que son séjour à la cour seroit fort Mélancolique.

Que, cependant, on se préparoi t fortement en 1 1 m ikt, tant pour la guerre du dedans que du dehors, et qu'à dire vrai il ne voyoit pas qu'on y appréhendât Demenfl ni de l'une ni de l'autre, ce qui lui faisoit croire qu'on avoit volontiers deux cordes en son arc. Bautru arriva avec ces ordres en Angleterre au mois de décembre*. Sa négociation eut une heureuse car il emmena avec lui des ambassadeurs extraordinaires, qui lurent le comte Holland et Carlton4 : le premier desquels le roi d'Angleterre croyoit être ible en France5, et tenoit le second pour homme entendu à traiter avec les princes étrangers.

logis préparé. Je ne vous mande rien de l'état des affaires publiques, parce que ce n'est point à moi. On se prépare ici hrtNMM tant pour la guerre du dedans que du dehors, et, à vous dire le vrai, je ne vois pas qu'ils appréhendent l'événement ni de l'une ni de l'autre, ce qui me fait croire qu'on a vol.mti.rs deux cordes à son arc. »

1. h i ( ommence le 24e cahier du manuscrit A (fol. 228), ainsi résumé par Charpentier : « L'évêque de Mende vient

leterre en France. Les Rochelois et huguenots demandent la paix au Roi. Avis du Cardinal sur icelle. »

2. Guillaume Bautru quitta Paris le 24 décembre (Bibl. nat., I rançais 368b*, fol. 49 v°).

Il rendit compte au Cardinal de sa mission, le G janvi. r 1626, par une longue lettre qui éclaire et complète le récit des Mémoires (Aff. étr.f Angleterre 33, fol. 10-13). Ce document Ml •luit à l'appendice V du présent volume. i Dudley, lord Carlton d'Imbercourt (1573-1631), vicechambellan du roi Charles I*r, devint ensuite vicomte de Doscbtiter.

5. Sur 1< s Mjours précédente d< Holland en France, voye* L. Batitfol, la Duchesse de Chevreusc, p. 49 et suiv.

Leur voyage pensa être rompu par un fâcheux accident. Un bénédictin et un jésuite anglois, qui servoient d'aumôniers à Blainville, se promenant par la ville furent pris. Blainville les demande, on les lui refuse plusieurs fois; la chose va si ayant, qu'il proteste de se retirer de la cour si on ne les lui rend. Ce qu'étant près d'exécuter on les lui renvoie; de quoi il se sent peu obligé; car, bien qu'au fond il soit content, la façon dont ils se sont portés l'offense1.

Quand il sut la résolution qu'avoit prise le roi d'Angleterre d'envoyer, avec Bautru, des ambassadeurs extraordinaires en France, sans qu'on lui en eût donné aucune communication2, ne pénétrant pas la cause de leur envoi, et craignant qu'ils informassent le Roi à son désavantage, lui faisant croire de lui et du pro-

1. Comparez les Mémoires de Tillières (Aff. étr., Angleterre 41, fol. 301 v°), auxquels cet alinéa est emprunté : « Mais un fâcheux accident pensa sinon le rompre, au moins l'interrompre. Deux religieux anglois, l'un jésuite et l'autre bénédictin, demeuroient chez M. de Blainville et, faisant la charge d'aumôniers, s'en vinrent et certes avec bien peu de discrétion se promener à Londres. Là ils sont pris. Ledit sieur de Blainville les redemande ; on les lui refuse une fois, deux fois. Enfin la chose va si avant qu'il proteste de sortir de la cour d'Angleterre, au cas que l'on ne les lui rende; ce qu'étant près d'exécuter, on les lui renvoie; de quoi il se sent peu obligé, car, encore qu'au fond il soit content, les formes lui déplaisent. »

2. Voyez la lettre de Blainville et de l'évêque de Mende au cardinal de Richelieu du 5 janvier 162G (Aff. étr., Angleterre 33, fol. 13) : « Nous aurions à la vérité bien désiré que Bautru ne nous eût pas tenu sa personne et ses intentions si secrètes, que d'avoir été quatre ou cinq jours à Londres sans nous voir, et arrivant à la cour avec le duc de Buckingham sans avoir fait part de sa commission à l'ambassadeur [Blainville],

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1.' la reine ce qui nYtoit pM véritable, il pria |oe de Mende de vouloir, pour la défense de la cause commune, aller en France et les prévenir.

Il prit pour prétexte de son voyage d'aller informer le Roi de la cérémonie du couronnement du roi d'Angleterre, qui devoit être faite en l'année suivante, et en laquelle ledit roi vouloit joindre celle du couronnement de la reine sa femme, laquelle y avoit aversion parce quelle se devoit faire par un évèque protestant ; mais elle étoit bien aise que la France se chargeât de ce refus, afin qu'elle n'offensât point le roi son mari, lui refusant aucune chose de ce qu'il désiroit d'elle, que de Mende dit au roi de la Grande-Bretagne que cette action étoit importante, et qu'il étoit besoin qu'il en allât informer le Roi et le Cardinal.

Ru« kingham fut étonné de ce conseil si soudain, et lui fit néanmoins au départ mille civilités, et le roi 4* Angleterre l'honora d'un beau diamant.

avoir tenu des conférences avec tous les ministres. » Le 7 janvier, Blain ville annonçait le départ d'Holland et Carlton à M. de la \ "ilU'-.nix-Cl • rcs : « L'affaire s'est résolue entre les

il e! M «le Bautru, et ce soir on me l'est venu signifier. Si je l'eusse su plus tôt, vous en eussiez eu plus tôt la nouvelle; mais, puisque je ne suis qu'ambassadeur de nom, vous

nvez pas trouver mauvais mon peu de connoissance des ^sentes » (Bibl. nat., Nouvelles acquisitions françaises 7022, fol. 841 v*). Le 20 janvier, dans une lettre au Hoi. il déplore encore la mistloa de Bautru : « J'aiirois à la \< ritt souliuiti- qu'il llolland lui parti d'Angleterre |.<>ur la gloire

• nti« r> il- \ \| <»mme il eût fait inlaillil.liinent, sans qu'il ••fit paru qu'elle I eût »*iivo\é dViuandef jus.pi.'s i< i, recher-

• liant l.i' nent avec trop d'ardeur » (Bibl. nat reliai aeqpbhkmi françaises 7022, fol. 366 r*).

Il partit sur la fin de décembre1, un jour auparavant les ambassadeurs et Bautru2.

Le roi lui dit, en partant, qu'il fît entendre au Roi et à la Reine sa mère qu'il entendoit pourvoir à toutes les charges de la maison de la reine sa femme; et, quelques remontrances que lui fît ledit évoque que cela étoit contraire à ses promesses, tant verbales que par écrit, il n'en put tirer autre chose.

Tout ce mauvais traitement de la reine, de tous les siens, des catholiques anglois et de l'ambassadeur du Roi, l'offense qui étoit faite à S. M., non seulement en l'inexécution des choses si solennellement promises, mais es injures actuelles que ses sujets recevoient, et en celles qui étoient faites à la personne de son ambassadeur; tout cela provenoit de la bizarrerie de l'humeur de Buckingham, du désir qu'il avoit de faire perdre à la reine sa religion, pour acquérir la réputation de zélé protestant dans le Parlement, et de la mettre mal avec le roi; de peur que, jeune, belle et sage princesse comme elle étoit, elle ne gagnât son esprit à son désavantage, et pour s'ouvrir le chemin de renvoyer en France tous les serviteurs françois de S. M. et y établir des Anglois en leur place, pour environner la reine de ses créatures.

Il ne considéroit pas que les affaires de son maître en pâtissoient et que le Roi, offensé comme il étoit du mauvais procédé d'Angleterre, ne secourroit pas avec tant de franchise Danemark pour son affaire du Pala-

1. Sur le départ de M. de Mende, voyez la lettre de Blainville au Roi du 8 janvier 1626 (Bibl. nat., Nouvelles acquisitions françaises 7022, fol. 352).

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tiuat. r\ pourrait être patte I h paix avec Espagne,

pour M <i« livrer de la nécessité de souffrir tant d'alga- I d'un mauvais allié, et prendre volonté d'externiiiit t le parti huguenot en France; la considération duquel seul leur donnoit hardiesse de mépriser les (•.ires de S. M.

Après la bataille navale en laquelle les Rochelois furent défaits, les rebelles du Languedoc et les habi- 1 1 nt i de 1;» Rochelle envoyèrent au Roi leurs députés pour le supplier très humblement de leur donner la paix, avouant la faute qu'ils avoient faite de prendre mes contre S. M., et lui en demandant pardon1.

Il fut alors diversement agité au Conseil du Roi si S. M., vu la guerre qu'elle avoit en Italie, se devoit

1. Les députés « envoyés pour l'acceptation de la paix générale » avaient été désignés par l'assemblée de Milhau le l,r novembre; ils furent présentés au Roi par Maniald, le 21 novembre, à S.iint-Germain-en-Laye (Aff. étr., France 780, fol. 93). Leur arrivée est mentionnée dans une lettre d'Herbault à Bul- !u il novembre 1625 (Arch. nat., KK 1362, fol. 376). Les députés des états du Languedoc furent entendus par le Conseil le 19 novembre. « Ensuite, les députés des huguenots du pays se présentèrent: nais, comme ils laissèrent entendre de n'avoir point autre ordre, sinon de demander la paix générale, tant pour la Rochelle comme pour eux, le Roi ne leur voulut point donner d'audience, mais commanda simplement iju il- misant leurs mémoires entre les mains de M. d'Herbault pour en faire un rapport au (Conseil. Je vois peu d'apparence qu'on les puisse désunir, et moins que le Roi puisse ni ne ln-ser la les Rochelois, a\ant si lu-Ile occasion de se t . 1 1 . ! i . mi it< «le leur ville et de châtier leur désobéissance » 21 aoTtmhri L62S. Bréval a M. Voillot : Bibl. nat., Nouvelles iea 1144, fol. 381 . Kn recevant les députés, le Roi déclara qu'il était prêt à accorder la paix au Lan:. et aux autres provinces, mais que a pour la lt<>< h, II. < etl UM

accommoder avec les Rochelois, à quelques conditions que ce fût, ou avec l'Espagne, pour les réduire après plus aisément par la force à leur devoir. Après qu'un chacun eut dit son avis, le Cardinal, parlant le dernier, dit au Roi1 :

Que c'étoit chose certaine que, tant que le parti des huguenots subsisteroit en France, le Roi ne seroit point absolu dans son royaume; qu'il ne pourroit2 établir l'ordre et la règle à quoi sa conscience l'obligeoit et que la nécessité de ses peuples requéroit; aussi peu rabattre l'orgueil des grands, qui, se gouvernant mal, regarderoient toujours la Rochelle comme une citadelle à l'ombre de laquelle ils pourroient témoigner et faire valoir impunément leur mécontentement ;

Qu'il étoit certain, en outre, que pendant ce temps on n'oseroit rien entreprendre de glorieux3, pas même s'opposer aux entreprises étrangères, parce qu'au même temps ce parti ne manqueroit pas, comme il avoit paru par deux expériences, d'Amiens et de

autre chose » [Harangue des députez généraux de ceux de la religion, présentée par M. de Maniald, présentant au Roy les députez envoyez pour l'acceptation de la pair générale cy-devant accordée par S. M. avec la response du Roy, 1625 : Aff. étr., France 780).

1. Les Mémoires reproduisent jusqu'à la page 199 un « Discours tendant à voir si, ayant la guerre avec l'Espagne en Italie, il faut la faire aussi au dedans du royaume » ; ce document, daté du 25 novembre 1625, figure dans le volume France 246, fol. 32 à 39; il porte diverses corrections de la main de Richelieu. Ce document a été mentionné par G. Avenel.

2. Var. de France 246 et première rédaction du manuscrit A : « qu'il ne sauroit ».

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