‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 56 sur 89 · ANNÉE · texte numérisé non relu

ANNÉE

Le commencement de cette année fut signalé par deux étions importantes et peu attendues qui donn«Tt ut au Roi le repos au dehors et au dedans de son royaume et lui ouvrirent le chemin pour exterminer le parti huguenot, qui, depuis cent ans, divisoit son Bal1. Ces deux affaires furent la conclusion de la paix avec Espagne, et celle avec les huguenots.

[/Espagne, qui jugeoit bien que le Roi teroit la |).n\ avec les huguenots si la guerre d'Italie tiroit de longue, et qui ne erovo t pas qu'il la voulût faire s'il n'y étoit force d'ailleurs, désirant de lui donner occasion de la continuer, hâta, tant qu'elle put, l'accommodement de l'affaire d'Italie.

Les Anglois, d'autre côté, que l'acheminement du en Espagne mettoit en crainte qu'il ne terminât, en oe second voyage, ce qu'il n'avoit pu faire au preiiik t, envoyèrent leurs ambassadeurs en France*, avec charge de solliciter les Rochelois de recevoir la paix ■ |ue le Roi leur avoit offerte, et n'oublièrent ni raisons

1 l-e Testament /><>/i:i</n>\ éd. de 17<m. I I. p. 2, dit <pi.ni <J> Lui du ministère de Richelieu « les huguenots partageaient avec le Roi ».

1 M> ni \ RJch, comte de tlolland, et sir Dudley Carleton, ambassadeurs extraordinaires, 30 décembre 1625-4 avril 1636 instructions dans Rymer, Fcrdera..., t Wlll, p. 250; Atatf I rance, vol. 70, 30 décembre 1625). Cf. Cardin. r, /liston, ùf Sngtmmd, t. M, p. 89, II. l'i.ili.

Note» on lit,- diplomatie» relation» uf KngUmd <ui<l Fr^mct . 1688. Oxford, 1906, in-8°.

ni menaces pour parvenir à cette fin ; d'où il arriva que, par une conduite pleine d'industrie inaccoutumée, on porta les huguenots à consentir à la paix de peur de celle d'Espagne, et les Espagnols à faire la paix de peur de celle des huguenots1,

En cela, on peut voir clairement combien un bon conseil, donné à propos, produit d'effets salutaires; car tout ce bien arriva à la France en suite des ambassadeurs extraordinaires que, par invention, on fit que le roi d'Angleterre envoya. Car ces ambassadeurs donnèrent jalousie aux Espagnols et les firent hâter à concondescendre à beaucoup d'articles qu'ils n'eussent jamais accordés sans cela, et, d'autre part, firent mettre nos huguenots à la raison2.

La plus grande difficulté que le Cardinal eut à surmonter fut dans le Conseil du Roi, où les principaux3, par un trop ardent et précipité désir de ruiner les huguenots, ou par foiblesse, ou par une trop bonne et fausse opinion qu'ils avoient d'Espagne, vouloient,

1. Le Veneur de Tillières, dans ses Mémoires (p. 113), dit à ce propos, dans un mémoire sur le bannissement des Français qui avaient accompagné la reine d'Angleterre : a La fin a montré avec quelle prudence cet avis étoit digéré ; car les Anglois, craignant la paix d'Espagne, ont poussé à celle des huguenots, et les Espagnols, ayant peur de celle des huguenots, ont achevé celle d'Italie. »

2. Sur la pression exercée par les ambassadeurs anglais sur les protestants, on peut consulter les Mémoires de Bouffard- Madiane dans les Archives historiques de l'Albigeois, fasc. V, p. 134.

3. Le parti des « dévots » était représenté dans le Conseil par Marillac, Aligre, Schônberg. Il était soutenu par Marie de Médicis et son directeur, le cardinal de Bérulle.

I quelques prix et conditions que ce fût, qu'on s'accommodât avec elle, sans se soucier de se relâcher à des choses désavantageuses à la réputation du Roi, lesquelles ils estimoient assez récompensées par le ini.\<n que cette paix donneroit au Roi d'employer toutes ses forces pour nettoyer le dedans de son royaume.

Le gtrde des sceaux de Mari I lac1 étoit de cet avis «l représenta, en plein Conseil du Roi, qu'il falloit terminer le ditlérend de la Valteline, en quelque manière que ce fût, sinon en celle que l'on voudroit en celle que I ou pourroit, ne refusant aucun parti honnête plutôt que de rompre;

une cette guerre étoit, à l'extérieur, entreprise pour la défense de nos alliés, mais en effet pour notre intérêt en la conservation des passages; que l'une ni l'autre raison n'étoit considérable au prix de la ruine de l'héque nous pouvions extirper en France si nous faisions cette paix;

nue le Roi ne devoit pas abandonner ses amis, m M qu'il ne devoit pas aussi se ruiner pour l'amour d'eox;

Que les huguenote M se soumettroient qu'à des conditions honteuses pour le Roi, s'ils le voyoient outre le roi d'Espagne;

(Jue les princes protestants qui restei oient nos principaux alliés noua obtigeroieoJ i les recevoir; que le

1 Marillac ne reçut les sceaux que <|ii> lques mois après, Ion d race du chancelier d'Aligre. Il était alors seule-

ment I un des deux directeur* des finances qui remplaçaient le Minut- luj.nit depaû lo24.

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