‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 57 sur 89 · M K. MO IRE S · texte numérisé non relu

M K. MO IRE S

Roi n'avoit pas d'argent pour supporter les dépenses des deux guerres à la fois ; qu'il en faudroit venir à de grandes exactions sur les peuples;

Qu'il falloit avoir quelque soin de la réputation des principaux du Conseil du Roi, quiseroient diffamés comme peu soucieux de la religion, si on s'affermissoit à vouloir conserver aux Grisons la souveraineté sur la Valteline; que cela n'étoit pas juste, que Dieu y étoit offensé et qu'il étoit à craindre que ce ne fût l'heure que plusieurs âmes très saintes prévoyoient de la punition de cet État si on négligeoit les moyens que Dieu présentoit de ruiner l'hérésie1.

Tels avis fondés sur des raisons de piété, pleins de doutes raisonnables et de craintes de toutes parts, font voir manifestement quelle force et fermeté de courage il a fallu avoir pour soutenir la réputation du Roi en cette affaire et la terminer aux conditions glorieuses à la France que nous vous déduirons maintenant.

Ce qui étoit le plus fâcheux au Roi2 étoit que le Pape se déclaroit pour le roi d'Espagne, envoyoit à la Valteline les six mille hommes dont il nous avoit menacés par son nonce; sur quoi, le Roi lui fit dire par son ambassadeur3 qu'il n'eût jamais cru que de père commun il eût voulu devenir partial et sectateur d'Es-

1. Le discours de Marillac, dont tout ce qui précède n'est que le résumé, se trouve in extenso dans le manuscrit A, tome II, fol. 3-8 v°. On en trouvera le texte à l'appendice VI.

2. Ce paragraphe, jusqu'à « par son ambassadeur », a été ajouté de la main de Sancy, en marge du manuscrit A, fol. 8 v°.

3. La fin de ce paragraphe et le suivant se retrouvent, mais au style direct, dans un Avis sur les affaires présentes qu'a le

[ue rien ne lui ferait perdre le respect et la C qu'il doit à S. S., mais qu'il étoit prêt ft (un . 'oiimiitre à tout le monde qu'obéissant religieux ment ;i un pape èa choses spirituelles, on peut s'opposer justement èfl desseins temporels (|u'ils prennent1 pot? favoriser ceux mêmes qui opprimoient l'autorité de l'Église, quand ses prédécesseurs avoient les armes en main pour la défendre;

Qu'elle- se défendrait bien de tous ceux qui voudraient faire contre elle, et s'y préparait d'autant plus puissamment que peut-être, lorsque S. S. penseroit à l'attaquer, aurait-elle besoin de ses armes pour la servir contre ceux qui, sous prétexte de lui nuire, voûtaient perdre tout à fait le saint-siège.

Mus, tandis3 que S. S. et ses ministres faisoient ((Mine le brait qu'il étoit offensé que le voyage du <n France n'\ eût produit aucun fruit, et qu'il envoyoit lesdits six mille hommes en la Valteline en faveur des Espagnols et, d'autre part, que, sous ombre de tenir sur les fonts de baptême l'infante nouvellement n.c, il se préparait à envoyer le même légat en Espagne, afin qu'en quelque manière que ce fût raccommodement des deux couronnes ne se fit point sans

Roi en février 1626, publié par Avenel (t. II, p. 193-202 \ •it des Alf. »tr., France 210, loi. 'è7- 1 Vinsi dans le manuscrit.

tu elle, comme si ce pronom remplaçait ^té ».

La source porte en etfet : ■ S. M pourra ajouter : Je me <lrai bien... »

•■ passage a été corrigé par Sancv dans le manuscrit \. Le texte priiuitil était : » Tandis <ju< les minisires du Pape faisoient eosne. » C'est pour i ela fM le texte porte : ■ qu'il étoit offensé. »

son intervention, Le Fargis, ensuite des pourparlers qu'il avoit eus, par permission du Roi, avec le comte d'Olivarès1 sur ce sujet, signa, sans avoir charge de S. M., un traité2 qui lui sembloit n'être pas éloigné des intentions de Sadite Majesté et le lui envoya par une dépêche3 du 7 janvier, en laquelle, pour toute raison, il allègue qu'il n'a pu se conformer aux ordres

1. Le Roi à M. du Fargis, 25 octobre 1625; copie de Charpentier : Aff. étr., Espagne 14, fol. 273, et fol. 321-322 : « Minute de la dépêche pour Espagne envoyée de Noisy à M. d'Herbault pour être délibérée en Conseil. » Au dos, la mention : « Employée, 1626 », de la main de Charpentier.

2. Le texte de ce projet de traité, daté de Madrid et du 1er janvier 1626, se trouve à la Bibliothèque nationale, coll. Du Puy401, fol. 880, et coll. Brienne 117, fol. 416. Il sacrifiait à la fois les intérêts des Grisons et ceux des alliés italiens de la France. Voici comment le Testament politique le juge : « Votre Majesté eût affranchi pour jamais les Grisons, dit-il, de la tyrannie de la maison d'Autriche si Fargis, son ambassadeur en Espagne, n'eût, à la sollicitation du cardinal de Bérulle, fait, ainsi qu'il l'a confessé depuis, sans votre su et contre les ordres exprès de Votre Majesté, un traité fort désavantageux auquel vous adhérâtes enfin pour complaire au Pape, qui prétendoit être aucunement intéressé dans cette affaire. » Ce passage est reproduit à peu près textuellement dans la Vie du Père Joseph [Archives curieuses, 2e série, t. IV, p. 171-172). Sur ce qui concerne le traité du Fargis, on peut consulter notamment : Mémoires d'Ardier sur la Valleline, présentés à Richelieu (Bibl. nat., nos. fr. 4508, fol. 100 et sûiv.), les Mémoires de Bassompierre et les ouvrages modernes d'Avenel, de Rott, de Fagniez et celui de l'abbé Houssaye sur le cardinal de Bérulle.

3. Cette dépêche était insérée dans le manuscrit A, fol. 9-10. Il en existe une copie aux Archives nationales, M 232, liasse 3, pièce 3, et une autre, de la main de Charpentier, aux archives des Affaires étrangères, Correspondance politique, Espagne 14, fol. 320. On en trouvera le texte à l'appendice VIL

que lui preecrivoit S. M. par sa dernière dépêche1, pour ce que cela eût donné beaucoup d'ombrage par delà, et qu'il se console en ce que le roi Henri le Grand, en même sujet, se contenta à beaucoup moins que ce qu'il avoit obtenu du comte Olivarès, et qu'il lui M tnbloit qu'il n'avoit rien oublié d'essentiel, puisque tel Bepagnok laissoient aux Grisons la souveraineté sur les Valtelins et ne prétendoient aucun droit ni usage de leurs passages.

Le Roi et tout son Conseil furent fort surpris8 à l'arrivée de cette dépèche, qui leur donnoit avis d'une < liose qu'ils n'atteudoient point, et le furent encore davantage quand ils eurent va le traité qui l'accompagnoit.

Il «toit défectueux en beaucoup de points très importants. « -01111110 ayant été fait à trois cents lieues du Roi, sans son su et sa communication, et, au contraire, «j.tns le cabinet du roi d'Espagne, au milieu de son Conseil3.

•tte dépêche du Roi avait été envoyée le 6 décemluv

. irch. des Aff. étr., Espagne 14, fol. 274). Elle arriva

trop tard poor «pie l'ambassadeur, dont les négociations étaient

- avancées, pût tenir compte des instructions plus précises

du Koi. Cette pièce porte en note : « Reçu par M. du Fargis

le 27 décembre, par l'ordinaire de Flandres. »

tte surprise de Richelieu est peut-être un peu feinte. Il avait lui-même engagé 1 ambassadeur à répondre aux avances d'Oli tt. t l\ . p. 8 < t Miiv . Bassompierre [Mémoir.

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