‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 73 sur 89 · Angleterre, supplément 1 : « à aimer ses sujets et ion · texte numérisé non relu

Angleterre, supplément 1 : « à aimer ses sujets et ion

i donc prompte et facile à bien faire à ses sujets, à leur donner accès envers lui... »

2. M | -• moi i .t.- déformé par le scribe; nous le rétablissons d'après Angleterre, supplément 1

Ce que je vous ai dit jusques ici regarde vos devoirs principaux envers Dieu et la religion, envers le roi et le royaume : il me reste encore à vous entretenir de ce que vous devez à vos domestiques et à vous-même. Ayez soin que tous vos domestiques, excités par votre exemple, rendent à Dieu et à la religion ce qu'ils doivent, et qu'ils soient remarquables en l'intégrité des mœurs. Vous pouvez assurément croire que, s'ils servent bien Dieu, il vous serviront bien; qu'ils sachent1 que vous avez cette créance et que vous ne pouvez autrement prendre confiance en eux. Ne souffrez entre eux aucunes personnes vicieuses, dont le mauvais exemple attireroit sur vous l'indignation de Dieu et le mépris des hommes. Traitez bien vos serviteurs et les aimez également, n'y faisant autre différence dans votre bienveillance et vos bienfaits que celle que le mérite et la vertu y apporteront : ainsi ils vous honoreront et serviront comme maîtresse et vous reconnoîtront et aimeront comme mère.

Pour ce qui est de votre particulier, ma fille, soyez un exemplaire d'honneur, de vertu et de modestie ; que votre port, votre maintien ressentent l'honnêteté, la pudicité, la débonnaireté même, en un mot la dignité de votre naissance et du rang que vous tenez. Ayez une douceur accompagnée d'une gravité royale ; usez d'une très grande discrétion en la licence que la façon de vivre d'Angleterre donne aux dames, qui y ont autant de liberté comme elles ont de contrainte en d'autres royaumes. Comme votre naissance vous rend relevée par-dessus les personnes ordinaires, vous le devez aussi être en votre façon de vivre, vous conduisant en sorte que cette retenue que je vous conseille d'observer paraisse en vous non forcée, mais naturelle. Soyez officieuse et presque respectueuse envers tous, n'offensant jamais personne ni de parole ni d'effet; faites qu'ils con-

1 . Angleterre, supplément 1 : a qu'ils sachent, je vous prie ».

t ijiie rautorité que vous avez par-dessus eux est [><»ur l«Mir bien faire el DM pour les déprimer ou offenser. misse/ de \otre personne II médisance et la moquerie, \i< n 1 ordinaires en la tour dos grands, qui diminuent l'afu) <l« s sujets envers leur princes.

Je ne finirais jamais si je n'arrétois les mouvements de mou cn'iir, tant je suis émue et remplie de diverses pensées; mais il faut achever. Il faut me j« \ous laisse partir, que je donne lieu à mes pleurs et que je prie Dieu vous inspirer pour moi ce que je ne puis vous dire et ce que mes larmes effaceraient si je pensois l'écrire. Adieu, ma fille, je vous Liisse et \ous livre à la garde de Dieu et de son ange; je vous donne à Jésus-Christ, son fils unique, Notre- rneur et Rédempteur. Je supplie la Vierge, de laquelle \ous porte/ le nom, de daigner être mère de votre âme, en l'honneur de ce qu'elle est mère de votre Dieu et votre

lien encore une ou plusieurs fois; vous êt« Dieu: demeure/, ii Dieu pour jamais1.

Appendice II.

Discours sur la légitimité d'une alliance avec les hérétiques

et les infidèles.

La source principale du « Discours qui prouve la justice de l'alliance du roi de France avec les hérétiques et les infidèles* » est un mémoire conservé aux AIT. étr., Hollande 9, fol. 107-415, et signalé par Avenel, t. ¥1, p. 543, note 2 : « Sa de secourir les !l<.|landois ». Ce docu-

ment porte la mention « Employé » ; il a été établi pow une

I large part à l'aide d emprunts au Cat/iuli<jit, ./ / Mol (1025) r*.

1 ci-dessus, p. 203.

I oyez l'allusion à ce discours faite dans le Testament politique. .Succincte nurnitton, éd. de 1764, p. 19.

lavaud a déjà péri <lu CmtÂdi^m» <i Emoi dans les

Le mémoire de Hollande 9 contient plusieurs allusions à des faits très postérieurs à l'année 1625 (conclusion du traité de Rohan avec l'Espagne; invasion des États du duc de Mantoue : « Le Roi, qui a abattu la rébellion de l'hérésie.:. »); il a été probablement rédigé à la fin de 1629 ou au début de 1630, en vue du renouvellement de l'alliance hollandaise conclu le 17 juin 1630. Les secrétaires des Mémoires, tout en notant ces anachronismes, les ont cependant laissés subsister, à l'exception d'une phrase modifiée par Sancy.

Le mémoire intitulé : « Savoir s'il est licite de secourir les Hollandois », a été complété par un exposé des rapports de Henri III et Henri IV avec l'Espagne et des responsabilités encourues par Charles-Quint à l'occasion du schisme d'Allemagne et d'Angleterre.

Il n'y a pas de doute qu'on peut appeler les hérétiques, voire même les infidèles, à son secours, et faire ligue avec eux pour se défendre simplement d'un ennemi. La raison naturelle qui oblige un chacun à sa conservation par toutes sortes de moyens non illicites nous le fait connoître, puisqu'il n'y a point de loi qui nous défende un tel secours.

L'Ecriture nous enseigne la même chose par divers exemples de ligues avec des infidèles, et l'histoire, qui fait foi de la pratique des siècles passés, nous ôte tout lieu d'en douter.

Le1 roi Salomon a eu alliance avec le roi Hiran et a baillé et assujetti une des villes du peuple de Dieu à un roi idolâtre et infidèle; il épousa aussi la fille de Pharaon.

David avoit alliance avec Hanum et plusieurs autres princes infidèles.

Rapports et notices sur les Mémoires de Richelieu, t. II, p. 117, et M. Maximin Deloche en a fait une étude complète dans Autour de la plume du cardinal de Richelieu, p. 297-348.

1. Ici commence un long fragment qui figure à la marge du mémoire original et est tout entier emprunté au Catholique d' Estât, p. 152-160.

Les empereurs chrétiens ont lai» souvent alliance avec \m (i<»ths et les Arabes, qui ont été des fléaux horribles sur la chrétienté.

Nicetas témoigne qu'Isacius Angélus, empereur de Constantinople, qui avoil été homme d'Eghsc et qui M boules religieux, fit alliance avec un roi des Arabes sarrasins et s'en servit oonlra «les catholiques. Si . alliance est remarquable a cause de la dévotion particulière d'Isacius, elle ne l'est pas moins pour la forme qu'ils pratiquèrent. Ils se firent tous deux ouvrir une veine . t luirent .lu sang l'un de l'autre : ce qui montre ce que peut la nécessité, puisqu'elle contraignoit ce pieux empereur de suisie la forme des Arabes.

I es rois de France de la première race ont épousé des

tilles [des Goths]; les rois d'Espagne sont descendus de

(.util» .t leurs écrivains prouvent qu'ils doivent pré-

ler les rois de France, parce qu'ils sont plus anciens

somme étant venus de ces Goths.

Abraham lit alliance avec Abimélech pour lui et sa postérité en Bersebat.

A> fit alliance avec Laban, idolâtre, et épousa ses

Les enfants d'Israël, excepté les sept peuples dont Dieu leur avoil Interdit l'alliance, avoient paix et intelligence LOtlOS, encore qu'ils lussent tous infidèles. I.oth, neveu <l ' Mtraham, étoit allié avec les rois de

. ivc.it al enmbatloit avec eux.

Bnbor «toit allié avec Jabin, infidèle.

Les MaohabéOS, quoique très grands /«dateurs en la essité de leurs affaires, ont fait alliance avec les Lacédémoniens et avec les Romains. Josèphe . t quelque» autres ju'ils ont failli; niais S- 1 1 ..tins, jésuite, prouve pal M i.iiscns que cela est faux, loue leur action et en établit puissamment la justice.

• les nécessités urgentes, il y a eu des papes qui ont

traité avec des Turcs; et le Pape se plaignant au cardinal d'Ossat de ce que le Roi avoit reçu l'ambassadeur de Hollande, il lui répondit : « Saint-Père, vous avez bien reçu celui de Perse5. »

Mais il est question de savoir si l'on peut faire ligue avec tels gens pour attaquer un prince catholique au détriment de la religion ; la réponse est aisée.

On ne peut sans péché s'allier et faire ligue avec des hérétiques ou infidèles ayant pour but d'attaquer un prince catholique pour faire détriment à la religion, vu que cette fin est pernicieuse et damnable, et qu'il n'est jamais permis de faire un mal, quelque bien qu'il en puisse arriver1.

Mais un État qui a légitime sujet de se plaindre d'un prince catholique pour les torts qu'il en a reçus et a juste occasion de craindre d'en recevoir encore à l'avenir, vu sa grande puissance et la mauvaise volonté qu'il lui porte, peut bien pour sa sûreté faire sans péché ligue avec des hérétiques et infidèles contre le susdit prince catholique, et en suite d'icelle ligue les attaques qu'on fera contre ce prince seront licites, parce que ledit détriment n'arrive pas par dessein comme si l'on s'étoit proposé pour fin de le procurer, mais seulement par accident, et qu'on le voit avec déplaisir, et le souffre-t-on parce qu'on ne sauroit l'empêcher, supposé la liaison ci-dessus mentionnée,

1. Catholique d' Estât, p. 160. Ici finit le passage ajouté à la marge de Hollande 9.

2. Comparez le passage suivant du mémoire du P. Joseph, cité par l'abbé Dedouvres, le Père Joseph polémiste, p. 577 : « La plus importante difficulté est de savoir si on peut faire la guerre avec telles gens, hérétiques ou infidèles, pour attaquer un prince catholique au détriment de la religion. A quoi la réponse est pourtant aisée, étant véritable que cette alliance n'est pas illicite, si ce n'est qu'elle fût à dessein exprès de ruiner ou causer quelque dommage à la religion. »

laquelle la raison ei !■ pmdnuui Iiiiiusjmsj fciil jngat litote pour procurer hi subsistance « 1 * * l'Étal auquel on est. point, il faut considérer qu il v ;i deux sortes de défense*.

Ls première, par laquelle nons résistons a un effort pré- <<nt en sctnel qu'on fait contre nous.

Ls seconde, par laquelle connoissanl la mauvaise volonté de dos ennemis, nons nous fortifions et imitons en étal de nous garantir de leur malice : ce qui mil quelquelois que ce qui seroil attaqné sous cette considération passe et est réputé pour juste défense, principalement si ipérience dommageable nous a fait connottre la maurolonté de nos ennemis, et que nous n'ayons aucune .h de croire qu'ils l'ayent perdue, ains au contraire tout sii|. i d'estimer qu'ils nous veulent autant de mal que j.im.iis.

Nous sommes en cet état au respect des Espagnol! qni

entreprennent ouvertement sur nous, et partant la France

peut et justement avoir fait et renouvelé et entretenir' i al-

qu'elle a de longtemps avec les Hollandois contre

igné, et ce il plusieurs titres.

nièrement, parce qu'un prince est obligé de se servir de tontes sortes de moyens non prohibés pour la conrioo de l'Étal qui lui est commis, el qu'il n'y n ni loi « I ni défende d'assister aussi les infidèles quand on l< s.ul« nu ni pour se garantir de mal, ni aucune raison qui l'emp qurbju'une le pou\oit Eure, et serait celle

du détriment qui peut arriver à la religion; mais elle n 'est pas sullisante pour empêcher de pratiquer OS qui est néces-

1 Manuscrit \ QSf huit mots sont de la main de Sancy. La rédaction primitive : « partant la Franc- peut renouveler l'alliance <|u alla I de longtemps », était conforme SS) Uiéssotrc orl gfaul Hollande 9, fol. 407 v°). Sancy a voulu donnera cette phrase une portée générale.

saire à la subsistance d'un Etat, la nécessité duquel rend licite ce qui autrement seroit illicite et défendu.

Au reste, la cause du détriment de la religion est en tel cas imputée à celui qui nous donne juste sujet de craindre sa mauvaise volonté et sa puissance, ainsi que tous les théologiens enseignent que le prince qui a tort en une guerre est censé1 cause de tous les désordres que sa partie adverse ne peut empocher que son armée ne fasse pendant icelle.

La seconde raison consiste en ce qu'ainsi qu'un particulier peut dérober ou prendre une somme d'argent qui lui est légitimement due, si par autre voie il ne la peut avoir : auquel cas, ce qui n'est pas licite de soi-même le devient par occasion. Ainsi, est-il permis à un prince de rechercher et prendre des moyens qui de soi ne seroient pas licites pour se faire raison d'un tort qui lui est fait quand il ne la peut avoir par autre voie.

Or, est-il que le roi d'Espagne ne satisfait pas à plusieurs obligations qu'il a envers la France. Il lui retient plusieurs dépendances de cette couronne; il est obligé depuis peu et par le droit des gens, et par le traité de Madrid2, de rendre la Valteline, envahie sans sujet quelconque, au préjudice de ce qui appartient légitimement ou au Roi ou à ses alliés qui sont en sa protection.

Il attaque, sans raison, le duc de Mantoue et veut envahir ses États3. Par le traité fait à Suse, il est obligé de les laisser paisibles; il viole manifestement la justice et manque ouvertement à sa parole et à ses écrits et à sa foi.

Il a fait un traité avec les huguenots de France pour les

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