Aujourd'liui Plattemala
3. Les manuscrits A et B portent Pade. Il faul lire Adda, comme l'écrit la relation des Affaires étrangères.
4. « Telles entreprises... donnèrent occasion audit sieur marquis de Cœuvres de croire que cette agression avoit pour fondement le secours et assistance prompte des forces d'Espagne, logées à l'entour du lac de Côme, distant de Tira[no] de dix lieues; étant arrivé audit Poschiavo et reconnu partie des détroits et lieux susdits, le soir du 28™" novembre, il reçut les agents et députés de Bormio en la protection de S. M., avec conservation de leurs anciens privilèges et du seul exercice de la religion catholique audit comté, et ayant appris d'eux que ledit marquis de Bagni avoit fait emprisonner sans sujet cent ou six vingts hommes dudit lieu et qu'il fortifioit toutes les places de la Valteline, y faisant entrer plusieurs gens de guerre
Le marquis de Cœuvres offrit et écouta toutes sortes de propositions d'accommodement; mais ledit Bagni, qui ne les faisoit que pour l'amuser, attendant le secours de Milan, prit au milieu de la négociation les chefs de la ville', se saisit des armes des habitants et fit tirer plusieurs volées de canon sur l'armée du Roi, qui paroissoit en bataille assez proche de là.
et prendre les armes aux habitants des villages, se résolut néanmoins de s'y acheminer avec son armée, en toute diligence, bien que le dernier avis donnât plus grande occasion de croire audit secours. Et comme il se trouvoit sans canon et en grande extrémité, parce que l'entrée de ladite vallée étoit fermée par une forteresse appelée Placmalle [sic], par devant bâtie sur le roc, en un lieu et passage fait par le roi Louis Xll^ pour empêcher la descente des Grisons, après avoir fait rétablir tous les ponts rompus, il fut avisé néanmoins de faire passer sur le haut des montagnes quelques mousquetaires et faire paroître en même temps un corps d'infanterie avec contenance d'attaquer la place; ce qui réussit et dont la garnison fut tellement étonnée qu'au lieu que le soir précédent partie d'icelle étoit sortie et tiré sur les nôtres qui reconnoissoient les passages, l'escarmouche venant à s'attaquer rudement, ils quittèrent tous la place et se retirèrent dans la Valteline. Sans perdre temps, ils furent suivis par les nôtres qui, dès le soir même, deuxième décembre, s'allèrent loger à la Madone de Tirano, portant telle épouvante que, la nuit et le lendemain, ledit marquis de Bagni rompit les ponts de la ville et mit le feu aux faubourgs et environs d'icelle. Le jour même, la meilleure partie de l'armée rentra dans la Valteline, fut loger en plusieurs villages de l'un et de l'autre côté de la rivière d'Adde qui la traverse, et en cette sorte a été ouverte la communication des Vénitiens, dont doivent venir canons et autres munitions de guerre » (relation déjà citée des Affaires étrangères).
1. Première rédaction de A : « Mais, ledit Bagni ne les faisant que pour l'amuser, attendant le secours de Milan, quand il vit que la négociation étoit en bons termes, prit les chefs de
Le marquis de Cœuvres, qui jusqu'alors n'avoit fait approcher aucuns ^ens de guerre de la ville, se sentant offensé de ce procédé, se résolut de l'attaquer et dans deux jours l'emporta, les habitants, qui l'avoient vu agir de bonne Ibi, n'ayant voulu se défendre contre lui^
Le château où le marquis de Bagni s'étoit retiré se rendit peu de jours après 2. De là le marquis de Cœuvres
la ville... « La seconde leçon que nous donnons a été écrite par Sancy sur le manuscrit A,
1. Voyez, sur la campagne du marquis de Cœuvres, Ed. Rott, op. cit., p. 801-807, 817-822.
2. Voici le récit de la relation des Affaires étrangères, à comparer, à partir de : « Le marquis de Cœuvres offrit et écouta... », avec les Mémoires : « Avec cet avantage, M. le marquis de Cœuvres a écouté toute sorte de propositions d'accomodement, tant dudit sieur marquis de Bagni que des députés du Conseil de la Valteline, retirés audit Tirano ; mais, comme ceux-ci procédant de bonne foi, lui au contraire n'avoit autre intention que d'amuser, attendant le secours qu'il avoit envoyé demander à Milan. De fait, de matin du jeudi 6™^ de ce mois, lesdits députés ayant mis en bons termes leurs négociations, sur l'avis qu'ils en eurent l'après-dîner, ils furent prendre les clés de la ville et se saisirent de leurs armes, et ayant vu partie de l'armée en bataille, proche du pont que l'on faisoit dresser sur la rivière d'Adde, il fit tirer plusieurs volées de canon du château qui blessèrent quelques soldats. De quoi s'étant avec très grand sujet offensé, ledit marquis de Cœuvres, qui jusqu'alors n'avoit fait approcher aucuns gens de guerre de la ville, il fît en même temps passer le régiment de Salles et commencer les approches de tous côtés. Or, comme l'intention des députés valtelins étoit bonne et que de leur part il ne fut tiré aucune raousquetade à nos troupes, encore voulurent-ils en donner avis par deux ou trois messagers qu'ils firent secrètement sortir, et étant demeurés maîtres de la ville, entrèrent par la retraite dudit marquis dans le château. Dès le lendemain
s'avança vers Sondrio, qui se rendit à lui*. Le château seul, où le marquis de Bagni avoit en se retirant laissé bon nombre de soldats sortis de Tirano au préjudice
au matin, vingt-cinq ou six d'entre eux vinrent au camp traiter, ainsi qu'il est contenu par les articles ci-joints : suivant lesquels ils ne manquèrent d'introduire la nuit suivante le régiment de M. de Vaubecourt dans Tirano. Les soldats passoient la rivière d'Ade jusques à la ceinture qui s'assurèrent de la place où à présent les choses sont si bien établies au contentement du peuple que les principaux et autres retournèrent en leurs maisons, et les paysans mêmes qui s'étoient enfuis aux montagnes... La ville de Tirano étant ainsi tombée entre nos mains après plusieurs défenses et combats rendus par les soldats du marquis de Bagni qui enfin furent contraints se retirer au camp, continuant à se défendre encore toute la nuit suivante, le 8™* dudit mois fut fait suspension d'armes durant laquelle a été traité de la réduction dudit château, selon les articles et conditions contenues en écrit ci-joint, car comme ledit sieur marquis de Bagni étoit engagé en la défense de cette place, selon le devoir de sa charge et son honneur, s'étant trouvé sur les lieux à notre arrivée, il jugea à la descente du canon de Venise, amené par des lieux où jamais il n'en avoit passé, n'être pas tenu davantage de la conserver; tellement que lesdits articles furent conclus, otages baillés de part et d'autre, et la capitulation accomplie le mercredi 11, ainsi qu'il avoit été convenu » (AfF. étr., Correspondance politique, Grisons 3, fol. 471, 472). 1. Les « Mémoii^es sur l'affaire des Grisons et de la Valteline depuis l'année 1624 jusques en 1631 » (Bibl. nat., ms. Français 17984, fol. 36 et 37) complètent nos Mémoires : « [Le marquis de Cœuvres fit] acheminer ses troupes vers Sondrio le 14** décembre. Ceux de la ville, sur cette approche, se résolurent d'accepter la capitulation faite à Tiran et envoyèrent, dès le 15^, offrir au marquis de recevoir les armes du Roi en leur ville. Mais, le gouverneur de la place montra être fort éloigné de cette intention, soit par espérance d'un prompt secours, soit par générosité, mais plutôt pour avoir reçu des ordres très exprès du marquis de Bagni de défendre le château, dans lequel il avoit jeté IV 16
242 IVIÉMOIRES [1624]
de la capitulation, tint trois jours après; et bien que notre armée l'emportât de force, le marquis néanmoins, pour témoigner le respect et la révérence que
nombre de soldats, même de ceux sortis de Tiran contre la capitulation. Le marquis, averti de la résolution dudit gouverneur, fit marcher son artillerie à la vue dudit château de Sondrio, le 18* dudit mois, et fit tirer quelques volées de canon pour l'obliger à se ranger au devoir. Mais, le gouverneur y voulut faire riposte, de sorte qu'il s'attacha une rude escarmouche entre nos gens et ceux du château, qui dura le reste de ce jour-là et toute la nuit. En cette occasion, il y eut plusieurs soldats blessés de part et d'autre... Les habitants de la ville, ensuite de la capitulation qu'ils avoient acceptée, reçurent quatre compagnies du régiment de Vaubecourt, et le marquis ayant, en extrême diligence, fait dresser sa batterie... le 20* dudit mois, à la pointe du jour, il fit saluer ceux du château de quarante ou cinquante volées de canon, qui démontèrent les leurs, blessèrent et tuèrent nombre de soldats; de quoi le gouverneur étonné se résolut de parlementer, et, à cette fin, envoya un tambour du côté de la ville pour le faire entendre audit marquis, qui étoit à la batterie. Pendant l'envoi de ce tambour, les soldats du château quittèrent la courtine et les défenses de la place ; de quoi les nôtres s'étant aperçus, allèrent incontinent gagner le pied de la muraille, montèrent et entrèrent audit château, sans trouver beaucoup de résistance. Ce qu'ayant le marquis reconnu, et craignant que les soldats grisons dudit régiment de Salis fissent quelque mauvais traitement à ceux qui étoient dans le château, envoya incontinent pour empêcher le désordre, mais l'on ne le put faire si promptement que déjà il n'y en eût deux ou trois de tués et la plupart dévalisés, lesquels, au nombre de six à sept vingts, avec le gouverneur et les officiers, furent depuis menés et conduits en toute sûreté en une maison de la ville où le marquis fit panser les soldats blessés, pourvoir d'habits aux dévalisés, et, après les avoir fait reposer deux jours, pour témoigner la révérence qu'il lui étoit commandé de garder vers le Pape, il renvoya lesdits gouverneur, officiers et soldats au marquis de Bagni, étant à Morbegne, avec une enseigne qui s'étoit trouvée audit château, où étoient les armes de S. S. »
[1624] DE RICHELTEU. 243
S. M. vouloit qui fût rendue à S. S.*, renvoya les enseignes de S. S. à Morbegno^ au marquis deBagni, et le gouverneur, et les officiers, et les soldats pris prisonniers^, au nombre de cent quarante. Il eut soin de faire panser les blessés et pourvoir d'habits aux dévalisés. Ensuite il prit Bormio^^, Morbegno, villes et châteaux et autres places de la Valteline, laquelle ayant toute réduite, il passa outre à Chia venue et à Riva^, qui ne sont pas de cette vallée, prit Chiavenne et assiégea Riva en janvier 1625^.
1. Première rédaction de A, avant la correction effectuée par Sancy, « veut qui soit rendue à S. S. ».
2. Morbegno, village à vingt-cinq kilomètres sud de Sondrio dans la Valteline.
3. Les mots : pris prisonniers ont été ajoutés à la marge du manuscrit A par Sancy.
4. Bormio capitula le 17 janvier 1625 ; la ville avait été investie le 10.
5. D'Haraucourt eut ordre de Cœuvres d'attaquer Chiavenna; il investit la place les 9 et 10 janvier 1625; elle capitula le 9 mars. Quant à Riva, située à l'extrémité du lac de Côrae, à l'issue de la vallée de Chiavenna, voici ce qu'il en advint : la ville de Nova qui protégeait Riva ne put être enlevée; un combat s'engagea prématurément auprès du ruisseau qui coule près de Campo; il fut indécis (30 mai 1625). On fut, par suite, obligé d'abandonner l'attaque de Nova et, par là même, l'entreprise contre Riva. Voyez a Mémoires sur l'affaire des Grisons et de la Valteline... » (Bibl. nat., ms. Français 17984).
6. Ici finit, sur le manuscrit A, l'année 1624 (fol. 127, page 1 de l'année 1625). Un trait à la plume sépare le texte des deux années et Sancy a écrit en marge, en face, à droite de la première ligne de 1625, « L'an 1625 ».
Appendice I.
Le début de l'année 162(i.^
L'une^ des copies partielles des Mémoires, le manuscrit Français 17542 de la Bibliothèque nationale, ancien fonds Saint-Germain n" 1553, commence le récif de Tannée 1624 par quelques pages qui font défaut dans les manuscrits A etB des Affaires étrangères et que les précédentes éditions des Mémoires n'ont par conséquent pas données. Nous reproduisons intégralement, pages 1-22, cet important fragment découvert par L. Ranke et publié par lui en 1861. Ce passage et le manuscrit 17542 ont fait déjà l'objet d'une étude publiée en appendice, au tome III des Mémoires, p. 327-331.
Quelle que soit l'origine de ce récit, un peu incertaine comme celle du manuscrit qui le contient, il est intéressant de constater : tout d'abord, que les faits y sont rapportés très brièvement et n'ont pas reçu le développement que l'on pouvait attendre; en second lieu, que les idées exprimées y sont analogues et quelquefois identiques à celles que l'on rencontre, à propos des mêmes personnages ou des mêmes événements, dans les volumes précédents et particulièrement à la fin du tome III; enfin, que ce texte rappelle singulièrement, au fond, sinon dans la forme, les pamphlets du temps, favorables au Cardinal et sans doute inspirés par lui. Il faut noter surtout combien l'auteur de