‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 116 sur 135 · Voyez ci-dessus page · texte numérisé non relu

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2. A(T. étr., Correspondance politique, Angleterre 26, fol. 281 (copie). Lettre citée en partie dans Avenel, op. cit., t. Vil, p. 535 et 938.

donné aucune charge au religieux que vous me nommez, ni à aucuns autres, de traiter du mariage de ma fille en Angleterre, n'en ayant eu ni le pouvoir du Roi Monsieur mon fils, ni l'intention; partant, s'il a tenu quelques discours semblables, il les a forgés de sa tête et je m'assure que le sieur marquis de Buckingham l'aura bien cru, pour toute sorte de raisons. Il ne m'aura pas pensée si ignorante aux affaires du monde, ayant assez vécu pour en savoir le cours; et l'histoire du temps, connue à un chacun, ne m'étant pas cachée, je sais répondre comme il faut h ceux qui me parlent. Vous le connoîtrez, si, en louant le zèle avec lequel vous m'écrivez, je vous prie de faire de ma conduite un jugement tel qu'elle mérite, vous assurant que je reconnoîtrai pareillement votre affection en mon endroit et le service que vous rendez au Roi en tout ce qu'il me sera possible. Priant, sur ce. Dieu qu'il vous ait. Monsieur le comte de Tillières, en sa sainte garde, etc. » A cette lettre, l'ambassadeur répondit, le 23 janvier 1624, par des protestations de dévouement et des excuses. Peu auparavant, le 22 du même mois, Buckingham avait écrit, probablement à M. de Puyzieulx, ce qu'il pensait de cette affaire : « ... Etant en Espagne, et tout le monde croyant que le traité^ étoit rompu, il y eut un moine, se nommant Père Grey, Anglois de nation, qui se vint adresser à moi, désirant que je l'employasse envers la Reine mère du Roi, votre maître, auprès de laquelle il me dit avoir créance et entrée libre, pour lui faire de ma part quelque ouverture à l'endroit de Monseigneur le prince. Son discours me fit entrer en soupçon qu'il y avoit de l'imposture et qu'il avoit été attitré pour me lâter le pouls, de sorte que je le renvoyai sans autre commission que paroles de courtoisie, pour ne faire semblant que je me défiasse de lui. Depuis mon arrivée par deçà, il m'est

1. C'est-à-dire le projet de mariage du prince de Galles avec l'infante d'Espagne.

encore venu trouver comme adressé de par la Reine à ce même effet; mais, l'ayant examiné au fond, je trouvai qu'il s'embrouille tant et se contredit tellement à soimême en son discours, qu'il confirme assez la défiance que du premier abord que [sic) j'ai eue de lui, outre ce que Monsieur l'Ambassadeur et M. de Bonneval^ [sic) m'en ont dit. Ce qui m'a induit de l'arrêter prisonnier pour recevoir tel châtiment qu'il plaira à la Reine d'en ordonner^... »

Quant à Bonnevaut, chargé de mission en Angleterre, il confirmait ainsi l'opinion de Buckingham (lettre à la Reine du l*"" février 1624) : « J'ai parlé à M. le duc de Buckingham de l'homme que V. M. sait, et ne l'estime qu'un fol, ivrogne et débauché, en qui il n'a jamais ajouté nulle foi, ni créance; m'a dit qu'il le feroit châtier de telle punition qu'il plaira h V. M. J'ai cru être à propos de se saisir de sa personne et de le faire mettre prisonnier; ce que M. le duc de Buckingham a aussitôt fait faire; et... [m'a dit] que si l'homme a parlé que c'est h son désir, qu'il ne sortira de la prison qu'il n'ait plu à V. M. commander ce qu'il lui plaît en être fait-^... »

Il semble, en somme, que ce moine s'était vanté d'une mission qui ne lui avait pas été confiée et, comme il prétendait parler au nom de la Reine mère, on avait trop facilement prêté l'oreille à ses suggestions. Aux dires de Tillières (lettre h Puyzieulx du 9 janvier 1624^), Buckingham aurait, à la suite de ses conversations avec le récollet, agi, h l'égard de l'ambassadeur, avec plus de réserve que par

1. Il faut lire Bonnevaut ou Bonnevau (voyez ci-dessus, p. 9, note 1).

2. AfF. étr. , Correspondance politique, Angleterre 26, fol. 233, 234 (copie).

3. AfT. étr., Correspondance politique, Angleterre 26, fol. 233, (copie).

4. AfT. étr., Correspondance politique, Angleterre 27, fol. Set suiv. (copie).

le passé, et Tillières en avait inféré que les ministres anglais eussent préféré négocier avec la France par l'intermédiaire du P. Grey. Mais, quelques jours plus tard, Buckingham déclara à Tillières : « Qu'étant en Espagne, il avoit connu ce moine, qui étoil parti de Flandre exprès pour convertir le prince de Galles ; qu'étant arrivé en Espagne, il lui avoit communiqué son dessein, duquel il l'avoit essayé de divertir, sur les affaires [sic] qu'il lui avoit données que le prince étoit trop ferme en sa religion ; que néanmoins il avoit désiré conférer avec lui; qu'en cette conférence il s'étoit montré aussi ignorant qu'extravagant. . . , se servant h toutes heures des passages de la sainte Ecriture, contraires à ce qu'il pensoit prouver; que Monsieur le prince de Galles ayant reconnu son ignorance et sa folie avoit tourné tousses discours en raillerie... » Puis, sautant « du spirituel au temporel », le moine avait demandé ce qu'il advenait du mariage d'Espagne, disant que si le projet d'union du prince de Galles et de l'Infante ne se réalisait, « ayant beaucoup de connoissance à la Reine mère, il seroit un instrument fort propre pour mettre sur le tapis celui de France ». Buckingham ajoutait qu'il avait répondu évasivemenl h ces ouvertures et que le moine avait alors pris congé de lui, après avoir obtenu une aumône de cinq cents francs. Longtemps après, ce même Père, complètement transforijié dans son accoutrement et portant l'épée au côté, s'était, au dire de Buckingham, inopinément présenté à lui, se déclarant prêt à négocier le mariage du prince de Galles avec la sœur de Louis XIIL Buckingham déclarait n'avoir tenu aucun compte de ses propositions.

Quoi qu'il en fût de l'exactitude de ce récit, Tillières, après l'avoir rapporté à Puyzieulx, ajoutait que, depuis cette époque, l'attitude du premier ministre anglais à son égard s'était favorablement modifiée.

Le P. Grey avait, d'ailleurs, fini par reconnaître qu'il n'avait aucune mission de la Reine mère ; mais il s'obstinait

à prétendre qu'il en tenait une, ayant le même objet, du cardinal de Richelieu. Pour contenter la Reine mère, le Père fut jeté en prison, mais il continua à affirmer qu'il avait bien reçu mission du cardinal de Richelieu i.

Le 6 février, le comte de Tillières recevait l'ordre de faire élargir le P. Grey et de lui faire repasser la mer; on s'était aperçu que, « dénué de jugement », il avait avancé « de soi ce qu'il désireroit, sans autre raison que celle-là- ». C'est ainsi que se termina cette affaire, à laquelle les Brûlart, contrairement à l'assertion des Mémoires, semblent n'avoir pris aucune part.

Appendice III.

La disgrâce du chancelier de Sillery.

La^ disgrâce du Chancelier a été racontée par Arnauld d'Andilly [Journal de 162^, p. 8-9); ce texte et celui des Mémoires présentent de nombreuses analogies allant quelquefois jusqu'à l'identité des expressions. Une relation du même événement, conservée dans le manuscrit Français 15644 (fol. 238) de la Bibliothèque nationale, mérite d'être transcrite ici; elle se rapproche sensiblement du récit d'A. d'Andilly et de celui des Mémoires et donne quelques détails de plus : « Le 4 février 1624, après que M. de Puyzieulx eût fait sa cour et reçu à l'ordinaire les commandements de S. M., s'étant retiré, le Roi fit une lettre de trois lignes au Chancelier qui étoit en créance sur Tronson, auquel il ordonne de déclarer au Chancelier que S. M. ne pouvoit plus longtemps souffrir les injustices

1. Tillières à Puyzieulx (27 janvier 1624). AfF. étr., Correspondance politique, Angleterre 27, fol. 29 (copie).

2. La Ville-aux-Clercs à Tillières (6 février 1624). Aff. étr., Correspondance politique, Angleterre 27, fol. 5 (copie).

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