‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 124 sur 135 · Voyez ci-dessus page · texte numérisé non relu

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d'un orgueil plus que barbare, est maintenant le fléau que Dieu tient en sa main pour le monde. Son progrès incroyable, l'établissement de sa domination sont marques effroyables de son ire sur la chrétienté. » Et plus loin : « Les Espagnols sont le type , la figure de l'audace humaine... L'ambition de cette nation a laissé des caractères de mépris insupportable contre tout le reste du monde et de ses espérances imaginaires inimaginables... » Parlant d'une inscription en l'honneur de Philippe III, gravée sur l'une des portes de Milan, l'auteur du pamphlet s'écrie : « Vanité suprême de lui attribuer toute la terre, lui donnant le titre de saint ou pieux père de tous les peuples. Impiété de dire qu'il est élu de Dieu pour assembler en un tous les empires séparés! » Il écrit encore : (( Par livres imprimés à Bruxelles, Grenade et ailleurs, même h toutes leurs universités aux disputes publiques, cette ambition exorbitante est échafaudée de sorte qu'on ne sauroit enchérir dessus. Notez qu'à tous leurs desseins ils mettent en tête la gloire de Dieu pour leur donner crédit. M

Enfin, on lit, en plusieurs endroits différents : « Le dessein des Espagnols, conçu depuis longtemps, a fait voir au jour ses effets redoutables. O, François aveugles, votre liberté ne tient qu'à un filet! ... Voici le tissu des artifices des Espagnols. Après tant de félicités inopinées, cette élévation de puissance qui étonne les nations ayant ébranlé les esprits, ils font valoir plus que jamais deux moyens, les suprêmes entre les humains, afin de s'affermir. Le premier, de la gloire de Dieu, mettant toujours à la tête de leurs bataillons leur ardeur à la propagation de la foi chrétienne... Le second moyen est du prétexte de justice, faisant semblant de ne vouloir rien qu'avec le Droit... Cette nation [l'Espagne] est coutumière de prendre, d'usurper. »

Appendice XI.

« Mémoire de Monseigneur le Cardinal pour montrer à Sa Sainteté^ . •>■>

« Les Anglois proposent de mettre au traité du mariage de France cinq articles aucunement différents de ceux d'Espagne.

« Pour le premier, ils demandent qu'on retranche la promesse qui étoit faite d'une église publique dans Londres.

« Pour le deuxième, ils ne veulent pas qu'il soit permis aux catholiques anglois d'assister publiquement avec Madame au service de l'Eglise.

« Pour le troisième, ils ne désirent pas que les réguliers y puissent être publiquement en leur habit.

« Pour le quatrième, ils n'entendent pas qu'il soit dit en termes exprès que Madame fera nourrir ses enfants jusqu'en l'âge de douze ans par des catholiques, en sorte qu'il paroisse clairement à tous les Anglois qu'on les veuille élever en cette religion.

« Pour le cinquième, ils ne peuvent consentir que l'assurance qu'ils donneront de ne persécuter pas les catho-

1. Arch. nat., M 232. Mémoire écrit par le « seci'étaire de la main », ainsi que le titre qui a été inscrit au dos du document. — Le même document existe à la Bibl. nat. (ms. Français 15990, fol. 277-283). Il est de la main d'un secrétaire du cardinal et porte ce titre, écrit par Cherré, « Instruction donnée au révérand [sic] père de Bérule, touchant la dispense du mariage du prince de Wales et de Madame ». En face, à la marge, on lit le mot « Employé ». Ce document est identique à celui que nous donnons ici, sauf deux légères différences sans importance; il porte des corrections dues au « secrétaire de la main », corrections dont on a tenu compte lors de l'établissement du texte des Archives nationales. — Voyez ci-dessus page 63.

APPENDICES. 'ÎBI

liques soit par article public qui doive passer au parlement.

« Les raisons qu'ils mettent en avant pour soutenir la diflférence qui se trouve en ces cinq articles ont pour fondement qu'il est du tout impossible au roi de la Grande- Bretagne de faire passer en son parlement ces articles en autre forme que ce qu'ils les proposent maintenant, non seulement parce qu'ils sont contraires aux lois d'Angleterre, mais h raison de l'opiniâtreté dudit parlement et de ses peuples qui seroient capables de se soulever contre lui.

« Ils ajoutent qu'ils n'ont jamais eu intention de les promettre en Espagne pour les accomplir, mais seulement pour avoir lieu de traiter du Palatinat et retirer le prince de Wales de ce royaume.

(( Ils disent enfin qu'après que le roi et le prince eurent fait connoître au dernier parlement que ce qu'ils en avoient fait n'étoit que pour les raisons susdites, ils se sont obligés par serment de ne s'engager plus à pareille promesse pour quelque fin et à quelque intention que ce puisse être.

« Le Roi ne seroit en aucune façon ému par toutes ces considérations à faire des conditions moindres en apparence que celles du traité d'Espagne si, en ce faisant, il y alloit tant soit peu de l'intérêt du Saint-Siège, de son honneur ou de sa conscience.

<( Mais, considérant que, dans le traité qu'on lui propose, l'autorité du Saint-Siège y est reconnue, puisque du consentement de la Grande-Bretagne le mariage se fait avec la dispense de Sa Sainteté, la sûreté de la conscience de Madame y est toute entière, la liberté pour les catholiques d'Angleterre telle qu'on la peut obtenir, et qu'ils ont sujet de s'en contenter vu qu'ils seront délivrés des persécutions qu'ils souffrent tous les jours, S. M. a estimé qu'elle pouvoit et devoit peut-être consentir le retranchement de quelques conditions qui, n'ayant été accordées

piar le roi de la Grande-Bretagne que pour les raisons susdites, n'ont aussi été demandées que pour avoir une vaine réputation de promouvoir l'avantage de l'Eglise, sans effet, puisque parla difficulté de l'observation de tels articles on vouloit venir à la rupture du traité commencé.

(( Au reste, si on pèse bien les prétentions des Anglois, on jugera qu'on s'y peut relâcher avec plus d'avantage que de perte. Car, au lieu de l'église publique qu'on demandoit dans Londres, les Anglois consentent que Madame fasse bâtir, dans tous les châteaux où elle demeurera, de grandes chapelles capables de tenir tant de gens qu'il lui plaira. Ce qui semble beaucoup meilleur pour les raisons suivantes :

« La première est qu'il étoit à craindre que le peuple s'émût, voyant faire le service publiquement dans Londres, d'où il seroit certainement arrivé de deux maux l'un, ou un carnage des catholiques ou l'abolissement de la liberté accordée.

« Nul de ces deux inconvénients ne peut arriver à raison des chapelles encloses dans les maisons royales qui sont des asiles assurés; et tous les fruits qu'on pouvoit recueillir d'une seule église peuvent être plus avantageusement tirés desdites chapelles, es quelles les catholiques pourront d'autant plus hardiment aller qu'elles seront moins publiques et plus assurées. Et, bien que le roi de la Grande-Bretagne fasse difficulté d'accorder par traité que les catholiques d'Angleterre puissent assister avec Madame au service divin, on a lumière que, se faisant dans des chapelles des maisons royales et non dans une église de Londres, Madite Dame obtiendra par sa prière ce que l'on désire maintenant par traité.

« Pour ce qui est de l'habit des réguliers, on estime cela de peu d'importance, au respect des inconvénients qui en peuvent arriver par l'insolence du peuple qui n'est pas accoutumé à voir tels habits et qui, goûtant peu à peu la

doctrine qu'enseignent ceux qui les portent, s'accoutumera aussi, avec l'aide de Dieu, à toutes les marques extérieures usitées en la religion catholique.

« Quant à la nourriture des enfants, l'article proposé, au lieu de celui d'Espagne, ne contenant pas les mêmes paroles, a en effet la même force et la même fin. Mais on l'a couché en termes plus doux afin qu'il ne donne pas tant d'ombrage au parlement d'Angleterre qui, par conséquent, n'aura pas lieu de faire tant d'effort pour en empêcher l'effet qui sera plus aisément procuré par bonne conduite que par la force d'un traité.

« Au reste, celui d'Espagne ne dit pas que les enfants seront élevés en la religion catholique, mais en donne plus d'ombrage; ce qui montre bien qu'en souffrant qu'il soit ôté on gagne quelque chose pour la fin qu'on se propose.

« Quant à l'article secret accordé pour exempter les catholiques de persécution, il est beaucoup plus avantageux que s'il étoit public, comme on le proposoit en Espagne. Vu que, moins y aura-t-il d'opposition de la part des protestants, plus le roi de la Grande-Bretagne aura-t-il de facilité à le faire observer.

« La sûreté de cet article comme des autres susdits dépend de la foi et de la parole du roi et du prince qu'ils tiendront d'autant plus religieusement que moins verrontils qu'on en aura douté par des précautions plus capables de faire connoître des soupçons que d'assurer la chose.

« La difficulté qu'il fait de donner cet article public, à cause de ses peuples, montre bien qu'il le veut garder étroitement, étant secret.

« Au reste, il n'a jamais été demandé public en Espagne que lorsqu'on a voulu rompre le traité. Ce qui se justifie en ce que les Espagnols s'étoient premièrement contentés de l'avoir secret. Et il n'a jamais été accordé par le roi de la Grande-Bretagne et le prince son fils que lorsqu'ils ont

eu le même dessein de rompre et que le prince a voulu se tirer de l'honnête captivité en laquelle il pensoit être. Ce qui paroît assez en ce qu'ayant promis ledit article avant son partement, il ne fut pas si tôt embarqué qu'il manda à son ambassadeur qu'il ne donnât point les procurations qu'il lui avoit laissées et n'exécuta aucune chose jusqu'à ce qu'il eût nouvel ordre du roi son père.

« Outre les raisons particulières naissantes de l'affaire, ainsi qu'elles sont ci-dessus représentées, il sera bon de passer aux générales qui s'ensuivent.

« Ayant été suffisamment pourvu à la sûreté de la conscience de Madame et de ceux de sa maison, il est très certain que le mariage se peut faire licitement, quoiqu'au reste les avantages de l'Eglise ne fussent pas si grands qu'on le pourroit désirer.

« Il est certain de plus que qui connoîtra l'esprit et la dévotion en laquelle cette princesse a été nourrie ne doutera point qu'elle ne soit capable de gagner autant sur son mari que fit autrefois une fille de France sur Éthelbert, roi d'Angleterre, qu'elle rendit si bon chrétien de payen qu'il étoit que depuis il a été canonisé.

« Outre le bien qu'on doit attendre pour l'Angleterre de la conduite et du zèle de cette princesse, elle ne servira pas peu à dissiper l'hérésie en France, affoiblissant ceux qui en font profession en ce qu'elle empêchera non seulement que les huguenots françois ne reçoivent aucun secours de ceux qui sont en Angleterre (ce qui a toujours été), mais, en outre, fortifiera les catholiques françois par les catholiques d'Angleterre.

« Ceux qui sont mieux versés en la suite du cours de l'Eglise savent que les progrès de la foi se font plus par le temps, par la raison et la douceur que par traité, convention et espèce de contrainte. Quelquefois, lorsqu'on pense plus assurer des événements qu'on désire, c'est lors qu'on les rend plus douteux.

« Valerius^, évêque d'Hippone, ayant autrefois proposé d'envoyer Félix, un de ses diacres, pour travaillera la conversion des Donatistes, on lui opposa, pour retarder son dessein, que c'étoit tenter Dieu de le jeter en ce péril; mais il ne laissa pas de passer outre, disant qu'il n'est pas permis de faire un mal évident pour en tirer du bien, mais que l'on peut donner quelque chose h la fortune quand le gain est plus apparent que la perte.

« Hippolyte, évêque de Tyr, ayant perdu, par l'artifice des Ariens, Sidonius, qu'il avoit envoyé pour leur conversion- : « Je regrette, dit-il, sa chute et non pas la com- « mission que je lui ai donnée, car, si j'ai perdu un « homme, je pouvois gagner un peuple. »

« Ces deux exemples font connoître clairement qu'on doit marcher confidemment en cette affaire, puisque n'y ayant rien à craindre il y a beaucoup à gagner et qu'aux entreprises faites par ces deux évêques, s'il v avoit quelque avantage à attendre , ce n'étoit pas sans péril évident d'une notable perte.

« Le fruit que l'Eglise se doit promettre de ce mariage est manifeste puisqu'il la délivre des persécutions qu'elle souffre en Angleterre, et, s'il vient à se rompre, les catholiques anglois ne peuvent éviter d'en recevoir un notable dommage par l'exécution de la rigueur des lois contre eux, qui aura lieu d'autant plus aisément que le prince épousera quelque allemande protestante.

« Si on passe aux raisons d'Etat, il n'y a personne qui ne reconnoisse qu'il est utile h toute la chrétienté que l'orgueil d'Espagne soit abaissé par toute sorte de movens, entre lesquels ce mariage n'est pas un des moindres.

« La puissance spirituelle du Saint-Siège a d'autant

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