‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 3 sur 135 · Le colonel général des Corses, Ornano (tome II, p · texte numérisé non relu

Le colonel général des Corses, Ornano (tome II, p

i MÉMOIRES [1624]

qu'elle découvroit tous les secrets du gouvernement à la comtesse de Soissons^.

Monsieur le Prince dit à M. de Bellegarde que le père et le fîls^ l'avoient sollicité instamment de revenir, de crainte qu'elle ne prît pied dans les affaires^.

Quoique la Reine eût ces justes raisons de travailler à son éloignement, elle dit à La Vieuville qu'elle demeureroit sur la défensive, lui conseilla d'en faire autant, et qu'elle ne pouvoit approuver le dessein qu'il prenoit d'attaquer.

Deux ou trois jours se passèrent durant lesquels il fit ses efforts de les faire chasser et faire un garde des sceaux à sa dévotion; mais, comme il vit ne pouvoir faire tomber cette charge en mains qui lui fussent assurées'^, et qu'il apprit que les autres le chargeoient

1. Cette phrase et la suivante résument des faits racontés plus longuement au tome III des Mémoires (p. 280-288, 310 et 315) , les intrigues auxquelles les Brûlarts, La Vieuville et d'autres se seraient livrés, soit pour satisfaire leurs ambitions personnelles, soit pour brouiller le Roi et sa mère en rendant suspectes les relations de la Reine mère avec les princes. Les dépêches diplomatiques citées par B. Zeller montrent qu'il faut dater ces intrigues des mois de mars à juillet 1623 (p. 200-220).

2. Richelieu, on le sait, désigne souvent le Chancelier et son fils par cette appellation qui l'a amené (tome III, p. 309) à faire un médiocre jeu de mots sur le « Saint-Esprit». Une autre plaisanterie du temps, que nous a conservée un libelle, le Voyage à Fontainebleau, était d'appeler M""^ de Puyzieulx le Saint-Esprit.

3. Tome III, p. 280, 286, 287 (mars 1623). On verra plus loin comment La Vieuville, s'il faut en croire les Mémoires, aurait cherché à brouiller la Reine mère et le prince de Condé et à se faire valoir lui-même auprès de l'un et de l'autre (mai ou juin 1624).

4. Il fut question, à plusieurs reprises, de nommer un garde des sceaux, notamment à la fin de juin et au début de septembre, mais le Roi, à ce que dit l'ambassadeur de Venise

auprès de S. M., il changea de batterie, alla trouver le Chancelier, et se réconcilièrent fort bassement avec lui ^

Après, il vint trouver la Reine et lui dit ingénument qu'il avoit aperçu que, pendant cette division, on lui donnoit à dos auprès du Roi et qu'il avoit jugé meilleur de s'accommoder, joint que le vrai moyen de ruiner une personne étoit de cacher au Roi qu'il étoit son ennemi; mais qu'il falloit supposer une fausse amitié, afin que les mauvais offices fussent de plus grand poids^ : que pour ces deux considérations il s'étoit remis avec eux en apparence, mais qu'en effet il falloit qu'elle se joignît avec lui pour les ruiner comme ennemis de l'État et de sa personne.

La Reine persista toujours dans sa première réponse qu'elle étoit à la cour sans dessein de faire mal à personne, mais bien d'y assister un chacun ; que ces messieurs lui voulant mal, comme elle avoit appris du Roi et de lui, elle étoit bien aise de justifier en leurs personnes qu'elle n'en vouloit point à ses ennemis; que Dieu s'étoit réservé la vengeance, et elle le pardon^.

(16 septembre), déclara qu'il ne permettrait pas d'en faire un qui ne fût uniquement dépendant de lui-même (B. Zeller, p. 226).

1. C'est-à-dire que Sillery et Puyzieulx se réconcilièrent avec La Vieuville.

2. La Voix publique (p. 51) attribue le même calcul à La Vieuville. D'après ce pamphlet, il ne se serait lié avec le Chancelier et Puyzieulx, « au commencement », et « en apparence à autre intention que pour les perdre; et la principale méthode qu'il tient pour ruiner les hommes est d'attirer des mouchards qui lui viennent dire avec grand mystère quelques sornettes à l'oreille; puis il fait semblant à V. M. qu'il découvre toutes les cabales de ceux auxquels il veut nuire ou auxquels il veut casser les os ».

3. « Elle leur témoigne qu'elle est comme certaine religieuse d'Athènes, qu'elle bénit et ne maudit jamais personne, qu'elle

Cette apparente soumission de La Vieuville donne au Chancelier et à son fils une nouvelle et véritable audace.

Ils se flattent qu'il n'y a plus rien à craindre pour eux, qu'il* ne les a recherchés que pour avoir trouvé l'esprit du Roi dans une disposition de les défendre dans une entière satisfaction de leurs services^.

Ceux qui avoient invoqué la Reine durant la tempête s'en moquent, incontinent qu'ils la croient passée^. Au lieu de se jeter entre ses bras comme ils àvoient promis, ils recherchent Toiras d'amitié, se veulent lier avec lui par un mariage^.

Puyzieulx, pensant l'avoir gagné, le prie de faire

sait servir ses amis et ne veut point faire mal à ses ennemis » [Mémoires, tome III, p. 293).

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