Les manuscrits A et B écrivent : Wales
3. A partir de ces mots et jusqu'à la fin du paragraphe, le texte du manuscrit A était d'abord au style direct; Sancy fit ensuite les corrections nécessaires pour que le texte fût au style indirect, ce qui prouve l'utilisation pour ce passage des Mémoires d'un document au style direct, que nous n'avons pas.
auroit plus de liberté de les favoriser et on ne s'en apercevroit pas si facilement, ni ne lui feroit-on pas tant d'instance d'observer les rigueurs des lois entre eux; et enfin, que la Reine à son arrivée en seroit mal vue, au contraire du désir qu'ils avoient qu'elle fût reçue avec une joie universelle de tous.
Le Cardinal, au contraire, persistoit à ce qu'il en fût fait une promesse par écrit, pour ce qu'il lui sembloit qu'on ne pouvoit prendre trop d'assurance en une chose si importante, et qu'il étoit à croire que si les Anglois, animés du faux zèle de leur religion, faisoient, ci-après, peu de compte de leur parole en ce point et vouloient prendre* résolution d'y manquer, ils en seroient retenus par la force d'un contrat écrit et signé de leur main, dont ils auroient honte de violer la foi.
Il répondoit aux ambassadeurs que les raisons par eux apportées pour excuses n'étoient qu'un prétexte; que le roi de la Grande-Bretagne étoit assez puissant dans la bonne volonté de son peuple pour tirer d'eux ce qu'il voudroit; qu'on avoit vu l'expérience au temps de la recherche de l'alliance d'Espagne, durant laquelle il avoit plusieurs fois donné une grande liberté à tous les catholiques de ses États, sans que néanmoins son peuple eût témoigné lui en être moins affectionné, ni moins prompt à le servir de ses moyens ; que cet écrit ne donneroit pas au Roi leur maître plus d'empêchement de la part de ses peuples pour l'exécuter que la simple promesse verbale qu'ils offroient, pour ce que
1. Le ms. A portait d'ahord prenaient au lieu de et voulaient prendre; Sancy a fait la correction; ce qui prouve que, malgré les imperfections des manuscrits des Mémoires, certains soucis de style existaient pour les auteurs des Mémoires.
toujours les protestants se douteroient-ils bien qu'il l'auroit promis; et le simple soupçon en matière de religion est si violent qu'il feroit le même effet que s'ils en a voient une preuve certaine. Quant à la Reine, que ce lui seroit un si grand déshonneur en toute la chrétienté d'entrer en Angleterre sans apporter aucun soulagement à ceux de sa religion, qu'elle ne voudroit pas acheter à ce prix-là la bienveillance d'une partie du peuple d'Angleterre et que ce lui étoit assez d'avoir les bonnes grâces du Roi son mari^ Au reste, que le roi Très-Chrétien y avoit un très grand intérêt, pour ce qu'il ne pouvoit autrement assurer le Pape que ce que l'on promettroit seroit exécuté, qu'en lui témoignant qu'on ne s'étoit pas contenté d'une simple obligation de parole, mais [qu']on l'avoit voulu stipuler par écrit qui peut être exposé à la vue de tout le monde ^. Davan-
1. Ici commence le troisième cahier de A (fol. 22), qui, plus considérable que les deux premiers, ne finit qu'avec le folio 35. La feuille de couverture porte, en haut à gauche, le mot demy, suivi peut-être du mot ca[hier] en abrégé; puis, un peu en dessous, on lit 5 bon. Ce qui signifie que c'est le troisième cahier et qu'il est bon. Tout cela est de l'écriture de Sancy. Charpentier a écrit i624, au milieu de la page, en haut. Puis Sancy a griffonné cahier 4®; sur le 4, un 3 a été tracé, puis au-dessus on a écrit 3^. Un résumé de ce qui est narré dans ce cahier a été écrit, selon l'usage déjà observé, par Charpentier, au milieu de la page, sur cinq lignes : « Suite des difficultés touchant la promesse pour le soulagement des catholiques anglois. Envoi du Père de BéruUe à Rome pour la dispense du mariage et ses ordres. Arrivée des ambassadeurs extraordinaires d'Hollande à Compiègne. Considérations sur le traité fait avec eux. Déportements de La Vieuville. »
2. Cette fin de phrase, à partir de lui témoignant, n'était pas ainsi libellée, dans le manuscrit A, avant les corrections qui y ont été faites de la main de Sancy, et qui ont eu pour but de
tage, que la bonne intelligence du Roi avec les princes catholiques, qui est si nécessaire non seulement au bien de son service, mais encore à celui de tous ses alliés, sembloit ne pouvoir être maintenue que par ce seul moyen ; qu'on ne pouvoit autrement détourner les mauvaises impressions que les ennemis de cette couronne essaient tous les jours de donner* d'elle aux États et peuples catholiques, si S. M., assistant, comme elle fait, d'argent et d'hommes les Hollandois et les autres princes protestants ses confédérés, prenoit encore aUiance en Angleterre sans tirer une promesse précise, solennelle et publique à un chacun, de faire cesser la persécution des catholiques qui gémissent oppressés sous la rigueur des lois qu'on exerce contre eux.
Les ambassadeurs demeurèrent fermes en ce point et ne le voulurent jamais passer; ce qui fît que^ le Roi fut obhgé d'envoyer pour ce sujet^ le marquis d'Effiat^,
préciser le sens, en l'éclaircissant : on lisait «... lui témoignant qu'on ne s'est pas contenté d'une obligation par une lettre secrète; mais on l'a voulu stipuler à la vue de tout le monde. »
1. Les manuscrits A etB portent : de leur donner. Les mots d'elle aux états et peuples catholiques ont été ajoutés, de la main de Sancy, sur le manuscrit A, la phrase se terminant tout d'abord par de leur donner. Trouvant probablement le mot leur peu clair, les rédacteurs des Mémoires ont voulu le remplacer par- les mots d'elle aux états et peuples catholiques, mais ils ont ensuite oublié d'effacer leur.
2. Ce qui fit que.. . a été écrit entre les lignes par Charpentier sur le manuscrit B.
3. Première leçon du manuscrit A : pour cela. La correction faite indique des scrupules de style dignes d'être notés; on en trouve d'autres exemples dans cette page; nous ne saurions les mentionner tous; nous nous bornerons à relever les plus importants ou les plus curieux.
4. Antoine Coeffier ou Coiflier, dit lluzé, marquis d'Effiat,
ambassadeur en Angleterre, au lieu du comte de Tillières qui fut rappelé ^ .
Ledit marquis eut charge de représenter au roi d'Angleterre l'importance de cet article et que le Roi ne le demandoit ni pour vanité ni pour crainte qu'il lui manquât de parole, mais par nécessité, pour les raisons ci-dessus déduites, et d'abondant pour faciliter la dispense de S. S., sans laquelle S. M. ne pou voit consentir à ce mariage.
Ce roi y apporta un long temps beaucoup de difficultés. Enfin toutefois, après plusieurs instances, et principalement pour ce qu'il apprenoit par toutes les dépêches de ses ambassadeurs qu'on ne vouloit rien ici conclure autrement, il leur donna ordre de s'y accorder. Tout le diîTérend qui resta fut sur la forme
avait pris le nom et les armes de Martin Ruzé, son grand-oncle maternel, secrétaire d'Etat. Nommé premier écuyer de la Grande-Ecurie en 1616, capitaine de chevau-légers en 1617, il fut envoyé en Flandre en 1619, puis ambassadeur extraordinaire en Angleterre. Fait chevalier de l'ordre du Saint-Esprit en 1625, il fut nommé surintendant des finances en 1626, grand maître de l'artillerie en 1629, lieutenant général des armées en Piémont (1630) et maréchal de France en janvier 1631. Il était créé en même temps sénéchal de Bourbonnais et d'Auvergne, puis pourvu des gouvernements des mêmes provinces et de l'Anjou. En 1632, alors qu'il commandait en chef l'armée d'Alsace, il mourut de maladie le 27 juillet.
1. L'instruction baillée à Effiat, le 26 juin 1624, est conservée en copie à la Bibl. nat. (ms. Français 15990, p. 317-323). D'Effiat arriva à Londres en juillet 1624 et en partit en 1625. — Sur le rappel du comte de Tillières, on pourrait consulter, mais avec prudence, ses Mémoires, p. 59. On y verra que leur auteur attribue en partie sa disgrâce à la haine de La Vieuville contre Bassompierre, beau-frère de Tillières. Voyez ce que disent, ci-dessous, les Mémoires.
de l'écrit*, ledit roi ne le voulant donner que sous seing privé, l'ambassadeur, au contraire, ayant ordre de demander qu'il en fût couché un article exprès dans le contrat de mariage.
Les ambassadeurs d'Angleterre s'étonnoient de l'instance qu'on en faisoit, d'autant que La Vieuville leur disoit que le Roi avoit pour indifférent le traitement que le roi de la Grande-Bretagne feroit aux catholiques et que ce qu'il en parloit n'étoit que pour la forme et pour contenter le Pape et les catholiques de France^ ;
1. Première leçon du manuscrit A : « Ce qui ayant été représenté au roi de la Grande-Bretagne, enfin, après plusieurs instances qui lui furent faites sur ce sujet, et sachant par toutes les dépêches de ses ambassadeurs qu'on ne vouloit rien conclure autrement, il leur donna ordre de l'accorder. Il resta seulement quelque difficulté sur la forme. » La leçon du manuscrit B, que nous avons adoptée, et qui a été établie très vraisemblablement à une troisième lecture (les retouches sont de la main de Sancy), a eu pour but probable de donner l'impression d'une résistance plus grande de la part du roi d'Angleterre que ne le faisait la première rédaction ; la phrase : « Ce roi y apporta un long temps beaucoup de difficultés », est, à ce point de vue, spécialement à noter.
2. Les lignes suivantes d'une dépêche de Phélypeaux d'Herbault à Béthune, du 16 août 1624, viennent confirmer ce dernier passage des Mémoires : « Le milord Riche... a rapporté les réponses de son maître sur les articles qui lui avoient été baillés, aucuns desquels le comte de Carlisle et lui contestent encore : ce qui procède non tant du mouvement du roi de la Grande-Bretagne, qui, avec M. d'Effiat, avoit acquiescé et consenti à tous lesdits articles, comme des espérances que ledit sieur de la Vieuville avoit données par ses lettres particulières, contre ce qui étoit des intérêts du Roi et de l'avis de ses ministres. C'est pourquoi j'estime que ces difficultés seront aisées à surmonter... » (Bibl. nat., ms. Français 3666, fol. 98).
de sorte que le Cardinal, qui leur tenoit tout un autre langage V eut peine de leur faire croire que le Roi avoit, pour sa piété et pour son honneur, un si grand désir que les catholiques anglois fussent soulagés ensuite de cette alliance, qu'il n'y avoit point de condition pour y parvenir plus essentielle que celle-là, sans laquelle il ne le concluroit jamais^.
Or, il sembloit nous être plus avantageux d'en avoir un article dans le contrat, pour ce que ce seroit^ une obligation plus solennelle et publique à tous les catholiques anglois, qui s'en sentiroient plus obligés à la France et à toute la chrétienté, qui en honoreroit davantage le Roi.
Mais les ambassadeurs anglois^ représentoient que,
1. C'est vraisemblablement dans l'intérêt du style, que Sancy a uni la phrase qui se terminait par catholiques de France à la suivante par de sorte que, mettant aussi leur tenoit tout un autre langage à la place de le cardinal leur parlait tout au contraire.
2. Var. : sans laquelle il ne concluroit (ms. Français 17542).
3. Pour ce que ce seroit a été mis par Sancy sur le manuscrit A au lieu de comme étant.
4. Ce paragraphe et les suivants, jusqu'aux mots : « Après cela il ne restoit plus que d'envoyer à Rome pour obtenir la dispense », sont empruntés plus ou moins fidèlement à un document écrit par le « secrétaire de la main » et intitulé : « Mémoire de Mons[eigneurJ le card[inal] de Richelieu pour montrer à Sa Sainteté. » On verra que ce document, dont une minute est conservée aux Archives nationales dans le fonds de l'Oratoire (M 232), a été utilisé ici de telle sorte que plusieurs des arguments qui y sont développés paraissent avoir été exposés par Richelieu devant le Roi; en outre, l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le document n'a aucunement été respecté lors de la rédaction des Mémoires. Nous donnons le document intégralement à l'appendice n° XI.
si nous faisions plus grande instance en notre demande, le Roi leur maître auroit occasion de se défier de la sincérité de notre intention, pour ce que ce lui seroit un juste sujet de jalousie, si ses sujets catholiques avoient lieu d'estimer qu'ils seroient dispensés des rigueurs ci-devant exercées contre eux, par le soin et l'intervention du roi Très-Chrétien, et non par le propre mouvement et la bonté naturelle de leur prince^ : d'autre part^, qu'il étoit nécessaire, pour la sûreté de Madame, que son contrat de mariage fût vu et arrêté au Parlement; mais qu'il étoit du tout impossible au roi de la Grande-Bretagne d'y faire passer cet article-là, à cause de leur opiniâtreté à leurs lois, qui y sont toutes contraires^; qu'en Espagne on s'étoit toujours contenté d'un article secret^ jusqu'à ce que, voyant leur traité
1. Le début de ce paragraphe rappelle les termes de deux documents intitulés « article public » et « article secret » et que l'on trouvera à l'appendice n** XII.
2. De ce point jusqu'à la p. 68, le manuscrit A, qui était évidemment la copie d'un document au stylé direct, que nous n'avons pas, a été mis par Sancy au style indirect.
3. On lit dans le document des Archives nationales, ci-dessus mentionné, le passage suivant : « Les raisons qu'ils [les Anglois] mettent en avant pour soutenir la différence qui se trouve en ces cinq articles ont pour fondement qu'il est du tout impossible au roi de la Grande-Bretagne de faire passer en son Parlement ces articles en autre forme que ce qu'ils les proposent maintenant, non seulement parce qu'ils sont contraires aux lois d'Angleterre, mais à raison de l'opiniâtreté dudit Parlement et de ses peuples qui seroient capables de se soulever contre lui. »
4. Voyez à la Bibliothèque nationale (ms. Français 15990, fol. 25-29) un document, qui a passé très probablement sous les yeux de Richelieu, intitulé : « Conditions particulières et secrètes touchant la religion catholique sur le mariage du
sur le point d'être rompu, ils feignirent de se vouloir affermir à demander qu'il fût inséré dans le contrat ; ce qu'on refusa en Angleterre^ avec opiniâtreté, s'y étant enfin seulement laissés aller pour délivrer leur prince qui étoit en Espagne en une honnête captivité et pour essayer si on pourroit cependant, sous cette • apparence, retirer le Palatinat, mais résolus de ne rien tenir de cette promesse; ce qui parut assez en ce que le prince ayant, en Espagne, promis ledit article avant son partement, il ne fut pas si tôt embarqué qu'il ne mandât à son ambassadeur qu'il ne donnât point les procurations qu'il lui avoit laissées et n'exécutât aucune chose jusqu'à ce qu'il eût nouvel ordre du roi son père : d'abondant, qu'après que le roi et le prince eurent fait connoître au dernier parlement que ce qu'ils avoient accordé sur ce fait en Espagne n'étoit que pour les raisons susdites, ils s'obligèrent par serment de ne s'engager plus à semblables promesses, à quelque fin et intention que ce fût^.
prince de Wales [sic] et de l'infante d'Espagne. » Ce titre est de la main de Charpentier.
1. Première leçon du ms. A : ce qu'en Angleterre on refusa, que Charpentier a ainsi corrigée : ce qu'on refusa en Angleterre. Celte correction ne peut s'expliquer, semble-t-il, que par le respect exagéré que portait Charpentier au texte qu'il avait sous les yeux pour collationner les copies faites par les scribes des Mémoires.
2. Les deux paragraphes précédents sont tirés des passages suivants du document des Archives nationales : « Ils [les Anglois] ajoutent qu'ils n'ont jamais eu intention de les promettre [les articles] en Espagne pour les accomplir, mais seulement pour avoir lieu de traiter du Palatinat et retirer le prince de Wales [Galles] de ce royaume. Ils disent enfin qu'après que le roi et le prince eurent fait connoître au dernier parlement que ce
66 MÉMOIRES [i624]
Pour toutes ces raisons, très fortes et capables de convaincre tout homme non préoccupé de passion, le Cardinal conseilla au Roi de condescendre à un article particulier, jugeant que la religion en recevroit un solide avantage et que disputer plus opiniâtrement ce point ne seroit que rechercher une vaine réputation de promouvoir l'utilité de l'Église sans effet, vu que, moins il y auroit d'opposition de la part des protestants à ce qui seroit promis, plus le roi de la Grande-Bretagne auroit-il facilité à le faire observer; que la difficulté que le roi faisoit^ de donner cet article public à cause de ses peuples montroit bien qu'il avoit volonté de le garder étroitement étant secret; enfin, que la sûreté de cet article, comme de tous les autres, en quelque manière qu'ils soient stipulés, dépend de la foi et de la parole dudit roi et du prince son fils, qu'ils tiendroient. d'autant plus religieusement que moins ils verroient
qu'ils en avoient fait n'étoit que pour les raisons susdites, ils se sont obligés par serment de ne s'engager plus à pareille promesse pour quelque fin et à quelque intention que ce puisse être. » Plus loin : « Au reste, il [l'un des articles du traité de mariage] n'a jamais été demandé public en Espagne que lorsqu'on a voulu rompre le traité : ce qui se justifie en ce que les Espagnols s'étoient premièrement contentés de l'avoir secret. Et il n'a jamais été accordé par le roi de la Grande-Bretagne et le prince son fils que lorsqu'ils ont eu le même dessein de rompre, et que le prince a voulu se tirer de l'honnête captivité en laquelle il pensoit être. Ce qui paroît assez en ce qu'ayant promis ledit article avant son partement, il ne fut pas si tôt embarqué qu'il manda à son ambassadeur qu'il ne donnât point les procurations qu'il lui avoit laissées et n'exécutât aucune chose jusqu'à ce qu'il eût nouvel ordre du roi son père. »
1. Sancy a substitué que le roi à quil sur le manuscrit A; probablement voulait-il préciser par scrupule de style.
qu'on en auroit douté par des précautions plus capables de faire connoître des soupçons que d'assurer la chose'' . Il conseilla néanmoins au Roi de ne donner pas son consentement sans essayer auparavant d'en profiter pour le bien des catholiques, ce qui lui réussit; en sorte qu'au lieu d'une seule éghse qu'on promettoit jusqu'alors à Madame en la ville de Londres, ils consentirent qu'elle feroit bâtir, dans tous les châteaux et maisons où elle demeureroit, de grandes chapelles, capables de tenir tant de gens (ju'il lui plairoit; ce qui n'étoit pas un petit gain pour la religion, les catholiques étant bien plus assurés de venir dans les chapelles encloses dans les maisons royales, qui sont des asiles sacrés, que non pas en une église publique, et y pouvant encore d'autant plus hardiment venir qu'elles sont plus retirées et moins à la vue du peuple ; joint que les fruits que l'on pouvoit recueillir d'une seule église pourroient être bien plus avantageusement tirés de plusieurs chapelles partout où la Reine seroit^.
1. En marge du document de la Bibliothèque nationale, cité p. 64, note 4, et conservé dans le fonds Français de la Bibl. nat. (ms. 15990, p. 131 et 132), Charpentier a écrit, au sujet de l'article dont il est ici question, ces mots : « Il n'y a que quatre voies : ou écrit public, et le roi de la Grande-Bretagne ne le veut pas; ou simple parole, dont la France voudroit bien se contenter, mais elle ne le peut à cause de la conséquence qui est claire, parce qu'en Espagne on donnoit un écrit, outre la parole; ou écrit particulier, qui peut contenter toutes les parties sans inconvénient; ou deux écrits, l'un public, l'autre particulier, qui, étant bien conçus, seront encore meilleurs pour toutes les parties. »
2. Les deux paragraphes précédents sont tirés du document des Archives nationales cité ci-dessus, p. 63, note 4. On pourra comparer les deux textes, qui ne sont point identiques,
Après cela, il ne restoit plus que d'envoyer à Rome pour obtenir la dispense'.
Le P. de Bérulle, général des Pères de la Congrégation de l'Oratoire de Jésus, fut proposé par le Cardinal au Roi pour y aller travailler avec le sieur de Béthune, qui y étoit lors ambassadeur extraordinaire'.
Il eut charge^ de représenter à S. S. le soin avec
en se reportant à l'appendice n° XI, où le document utilisé par les Mémoires est donné in extenso.
1. Phélypeaux d'Herbault écrivait à Béthune le 2 août 1624 : « Le mariage d'Angleterre s'avance de jour en jour, les articles sont tantôt accordés, dont nous serons plus gissurés au retour de milord Riche. Cependant, parce qu'ils sont, comme j'estime, un peu moins avantageux pour la religion catholique que ceux qui avoient été traités par les Espagnols, S. M. a résolu d'envoyer exprès par delà M. de Bérulle pour en représenter au Pape les raisons et considérations et prier S. S. d'y donner son approbation. Cet envoi se fait avec grande répugnance du personnage proposé. Il [l'envoi] est tenu fort secret » (Bibl. nat., ras. Français 3666, fol. 91). Quoique d'Herbault écrive : « Les articles sont tantôt accordés, etc.. », ils ne furent signés qu'en novembre 1624.
2. Un brouillon de lettre accréditant le Père de Bérulle auprès du Pape se trouve aux Affaires étrangères (Correspondance politique, Rome 35, fol. 72). Ce brouillon a été écrit par Charpentier et corrigé par Richelieu : les deux dernières lignes sont de la main même du Cardinal. Le texte de ce document a été donné par Avenel dans les Lettres et papiers d'État de Richelieu, t. II, p. 18-19. Une lettre de Louis XIII au Pape, en date du 3 août 1624, a été publiée par M. A. de Boislisle dans V Annuaire-Bulletin de la Société de l'Histoire de France, année 1873, p. 239; les termes en sont plus explicites que ceux de la lettre donnée par Avenel, qui est beaucoup plus courte.
3. Avec ce paragraphe commence le résumé des instructions données au P. de Bérulle à son départ pour Rome, résumé qui finit à la page 72 aux mots : Avec ces ordres... Le manuscrit A porte des corrections de la main de Sancy, mettant au
lequel le Roi avoit pourvu à la sûreté de la conscience de Madame et de ceux de sa maison et au soulagement des catholiques, par tous les moyens les plus forts qu'il avoit pu s'imaginer, et de l'assurer* que, qui connoîtroit l'esprit et la dévotion avec laquelle Madame a été nourrie, ne douteroit point qu'elle ne fût capable de gagner autant sur son mari que fit autrefois une fille de France sur Ethelbert, roi d'Angleterre, qu'elle rendit si bon chrétien de païen qu'il étoit, que depuis il a été canonisé ; qu'outre le bien qu'on devoit attendre pour l'Angleterre de la conduite et du zèle de cette princesse, elle ne serviroit pas peu à dissiper l'hérésie en France, affoiblissant ceux qui en font profession, en ce qu'elle empêcheroit non seulement que les huguenots françois ne reçussent du secours de ceux qui sont en Angleterre, ce qu'ils feroient autrement, mais en outre fortifieroit les catholiques françois par les catholiques d'Angleterre ; que ceux cjui sont un peu versés en la suite du cours de l'Éghse savent que les progrès de la foi se font plus
style indirect cet exposé que le scribe avait transcrit sur le manuscrit A en style direct. — La source de cet exposé est un document écrit par Charpentier, corrigé par Sancy et conservé à la Bibliothèque nationale (ms. Français 15990, p. 281-283) ; il est très près du texte d'un « Mémoire de Mons[eigneur] le card[inal] de Richelieu pour montrer à S. S. » que nous donnons à l'appendice n° XI et dont l'original est aux Archives nationales (voyez p. 63, note 4). Avenel ne donne pas dans les Lettres et papiers d'État... l'instruction remise à Bérulle, mais une pièce très courte, d'un peu plus d'une page, qu'il intitule : « Mémoire donné à M. de Bérulle » [Lettres et papiers d'État..., t. VII, p. 540-543); il ne semble pas que ce dernier document ait été utilisé par les Mémoires.
1. Première leçon du ms. A : quil est certain. Sancy a mis : et de l'assurer que.
par le temps, par la raison et la douceur que par traité, convention et espèce de contrainte ; que quelquefois, lorsqu'on pense plus assurer des événements qu'on désire, c'est lors qu'on les rend plus douteux ; que Valerius*, évêque d'Hippone^, ayant autrefois proposé d'envoyer Félix, un de ses diacres, pour travailler à la conversion des Donatistes, on lui opposa, pour retarder son dessein, que c'étoit tenter Dieu de le jeter en ce péril, mais il ne laissa pourtant de passer outre, disant qu'il n'est pas permis de faire un mal évident pour en tirer du bien, mais que l'on peut donner quelque chose à la fortune quand le gain est plus apparent que la perte ; que Hippolyte, évêque de Tyr^, ayant par l'artifice des Ariens perdu Sidonius, qu'il avoit envoyé pour leur con-
1. Les deux paragraphes qui suivent sont tirés d'un document écrit par le « secrétaire de la main », déjà indiqué plus haut et conservé aux Affaires étrangères (Correspondance politique, Angleterre 26, fol. 247 et suiv.). Le passage qui a servi ici commençait ainsi : « L'alliance d'Angleterre se peut faire en sûreté de conscience, le mal qui en peut arriver étant beaucoup moins considérable que le bien qu'on en doit attendre. » Il se terminait par le paragraphe suivant : « Jonas, dit saint Grégoire, au lieu d'être diverti par les dissolutions des INinivites, il les réduit à son exemple : un homme contre un peuple, un prophète contre une ville ! Quelle merveille si, allant de la part de Dieu, il y conserve ce qu'il y porte et change ce qu'il y trouve! » (AfP. étr., Correspondance politique, Angleterre 26, fol. 249).
2. Valérius fut évêque d'Hippone (ville romaine de Numidie détruite plus tard par les Vandales, aujourd'hui Bône) depuis 388 jusqu'à sa mort (en 396 environ).
3. Saint Hippolyte, qui fut peut-être évêque métropolitain d'Arabie, aurait subi le martyre à Ostie, au temps d'Alexandre- Sévère. Il aurait été disciple de saint Irénée; il combattit les hérétiques et commenta plusieurs livres saints.
version, dit qu'il* regrettoit sa chute et non pas la commission qu'il lui avoit donnée, car, s'il avoit perdu un homme, il pouvoit gagner un peuple; que ces deux exemples faisoient connoître^ clairement qu'on devoit marcher confidemment en cette affaire, puisque, n'y ayant rien à craindre, il y avoit beaucoup à gagner, et qu'aux entreprises faites par ces deux évêques, s'il y avoit quelque avantage à attendre, ce n'étoit pas sans péril évident d'une notable perte; que le fruit que l'Église se devoit promettre de ce mariage étoit manifeste, puisqu'il la délivroit en partie des persécutions qu'elle souffroit en Angleterre; que, s'il vient à se rompre, les catholiques anglois ne pouvoient éviter d'en recevoir un notable dommage, par l'exécution de la rigueur des lois contre eux, qui auroit lieu d'autant plus aisément que le prince épouseroit quelque Allemande protestante; que si on vouloit passer aux raisons d'État, il n'y avoit personne qui ne reconnût qu'il étoit utile à toute la chrétienté que l'orgueil d'Espagne fût abaissé par toutes sortes de moyens, entre lesquels ce mariage ne seroit pas un des moindres ; que la puissance spirituelle du Saint-Siège auroit d'autant plus de poids que son autorité temporelle seroit plus considérable et qu'elle ne pouvoit avoir grande force que dans l'égalité qui devoit être entre les premières et principales couronnes de la chrétienté. Par là, il paroissoit que S. S., qui est un des plus religieux papes qui ait jamais été et des plus grands politiques qui puissent
1. Le manuscrit A citait les paroles d'Hippolyte, sous la forme directe : « Je regrette, dit-il, sa chute, etc.. » Mais Sancy a transformé cette phrase en l'alourdissant de plusieurs que.