C'est-à-dire de la France
2. On a déjà vu exprimées (p. 268, 289 et 290 du t. HI) des idées analogues, comme nous le remarquons encore plus loin.
de Rome seroit nous faire tort, pour ce qu'en matière de princes on interprète souvent à foiblesse la déférence que les uns rendent aux autres ; ce qui fait qu'il n'y a rien de tel aux princes que de prendre des conseils hauts et généreux*.
Quant ^ aux inconvénients qu'on pourroit dire qui nous en arriveroient de la part d'Espagne, le feu Roi les a toujours méprisés et estimé que l'alliance de Hollande n'apportoit pas une petite sûreté à son État, pour ce qu'elle étoit capable d'empêcher la maison d'Autriche de lui faire une querelle d'Allemand, qui est plus à
1. On lit dans le Testament politique, t. II, p. 36, édit. 1740 : « Bien qu'il n'y ait personne au monde qui doive faire tant d'état de la raison que les Papes, il n'y a point de lieu où la puissance soit plus considérée qu'en leur cour...; » et plus loin (p. 37] : a Le moyen le meilleur qu'un prince puisse pratiquer pour être bien à Rome est de bien établir ses affaires au dedans de ses États. »
2. Ce paragraphe n'est point dans le manuscrit A (fol. 27 v% ancienne pagination, p. 44). Sancy a écrit, après les mots « conseils hauts et généreux », ces mots : V[oyez\ corrections p[agé] 2, suivis d'un signe de renvoi. Et, en effet, à la page 2 de cette feuille de corrections, conservée dans le volume 779 du fonds France des Affaires étrangères (fol. 90 v°), on trouve une importante addition au texte du manuscrit A, écrite par Sancy et à la fin de laquelle il est renvoyé ainsi au manuscrit A : V\oyez] cahier plage] 44, mots suivis d'un^ signe de renvoi que l'on retrouve sur le manuscrit A avec la suite des Mémoires. La source de ce passage est un fragment d'un document écrit par Charpentier et au dos duquel ce secrétaire de Richelieu a écrit ces mots : « Sur la trêve d'Hollande » et « Employé » (Aff. étr., Correspondance politique, Hollande 9, fol. 406). Voici ce passage : « Le feu Roi a toujours méprisé les inconvénients qui lui pouvoient arriver de la part des Espagnols, en considération de l'assistance qu'il rendoit aux Etats, et estimoit que
craindre que jamais, maintenant* que l'Empereur s'est rendu maître de l'Allemagne. Et au cas que, par quelque disgrâce, les deux maisons de France et d'Autriche se vinssent à heurter, la crainte que les Espagnols auroient des Hollandois nous assureroit la frontière des Pays- Bas, qui est la porte la plus commode aux ennemis de la France et par laquelle nous avons reçu plus de dommage d'eux^.
D'autre part, la guerre des Hollandois affoiblit notre ennemi sans que nous entrions en aucun péril, et, en la concurrence des affaires présentes, elle nous est
leux' alliance n'étoit pas une petite sûreté pour son Etat, vu qu'elle étoit capable d'empêcher le roi d'Espagne de lui faire une querelle d'Allemand (laquelle on doit plus craindre que jamais, puisqu'il est maître de l'Empire), et qu'au cas qu'ils vinssent aux armes les uns contre les autres, la crainte que les Espagnols auroient que les Etats n'attaquassent la Flandre lorsqu'ils penseroient à autre chose garantissoit quasi l'entrée de la frontière du côté du Pays-Bas, qui est la porte qui leur sembloit la plus commode, et par laquelle ses prédécesseurs avoient reçu le plus de dommage. » La fin de l'emprunt fait au document est marquée, selon l'usage adopté par les « ouvriers » des Mémoires, par une parenthèse à crochets et par une lettre (en l'espèce, la lettre h) tracée en marge. — Les idées exprimées dans ce document et dans le texte même des Mémoires étaient chères à Richelieu; elles ont été déjà développées avec la même vigueur au tome III, p. 268, 289, 290.
1. Les deux mots « jamais, maintenant » ont été écrits par Charpentier sur le manuscrit B pour combler un vide que le scribe y avait laissé, n'ayant probablement pu lire sur la feuille de corrections l'écriture de Sancy.
2. Ici prend fin la correction portée par Sancy sur la « feuille de corrections », ainsi qu'il a été expliqué à la page précédente en note. Le scribe du manuscrit B l'a intégralement transcrite dans B.
plus nécessaire' que jamais 2. Les Hollandois sont plus foibles qu'ils n'ont encore été jusques ici; leurs dettes croissent de jour à autre, leurs secours ayant été diminués, et les efforts du roi d'Espagne étant plus grands, ils pourroient bien facilement incliner à rechercher le renouvellement de la trêve ou le traité d'une bonne et éternelle paix ; ce qui ne semble pas être impossible aux termes où les choses sont.
Car, pour la trêve, il n'y a point de doute que le roi d'Espagne ne la voulût faire aux conditions de la précédente^.
Quant à la paix, il y a une voie ouverte pour y par-
1. Avec les deux mots que jamais commence le folio 28 du manuscrit A (ancienne pagination, p. 45). Or, les rédacteurs des Mémoires, pour une raison qui nous échappe, après avoir inscrit, et avec raison semble-t-il, le chiffre 45 au haut de cette page, l'ont effacé, ainsi que les numéros suivants de la pagination, jusqu'au folio 33, qui aurait dû être la page 55 et qu'ils ont marqué du chiffre 45. Il y a probablement un rapport entre ce fait et la mention (que nous avons signalée à la p. 72, note 1) inscrite en haut de la page 43. On remarquera, en effet, que la page 43 est la huitième du troisième cahier et que les cahiers en comptent ordinairement seize.
2. Ces considérations sont exposées dans les Maximes (V État. . . de Richelieu, publiées par M. Hanotaux, p. 9. Les mêmes idées, justifiant l'alliance du roi Très Chrétien avec des puissances protestantes, sont éloquemment et assez longuement développées dans le Testament politique, t. I (« Succincte narration »), p. 20-22.
3. C'est-à-dire la trêve d'Anvers conclue pour douze ans, le 9 avril 1609, entre la Hollande et l'Espagne. L'année précédente, un traité d'alliance franco-hollandaise avait été signé, assurant à la Hollande l'appui de la France en cas de reprise des hostilités. Les négociations pour la trêve de 1609 avaient commencé dès 1607 en Hollande.
venir, qui sera au contentement des deux parties, et peut-être du roi d'Angleterre, mais à notre seul dommage et à la ruine de cet État.
Autrefois, du temps de Henri le Grand, de glorieuse mémoire, en l'an 1608, lorsque, par l'entremise de ses ambassadeurs^ et de ceux du roi de la Grande-Bretagne^, la trêve se traita entre les États et l'archiduc \ entre plusieurs propositions d'accommodement qui furent faites, celle-ci fut mise en avant : que le roi d'Espagne"^ déclareroit, ainsi qu'il avoit déjà fait par la première trêve ^, qu'il ne prétend plus rien sur les États des Provinces-Unies; qu'il les tient pour une république, peuples libres, et consent qu'ils soient à l'avenir réputés membres de l'Empire et en dépendant, avec mêmes privilèges, autorité et pouvoir que les princes et villes franches qui sont de cette qualité et recon-
1. A cette époque, Hélie de la Place, sieur de Russy, vicomte de Machault, était ambassadeur extraordinaire de Finance en Hollande. Le président Jeannin fut également envoyé en ambassade en Hollande de mai 1607 à juin 1609, et le sieur de Buzenval leur avait été adjoint (pouvoir du 4 août 1607). Ce dernier étant mort, seuls Jeannin et de Russy eurent mission de continuer ces négociations (7 octobre 1607).
2. Les ambassadeurs du roi d'Angleterre Jacques I*"" étaient Richard Spencer, chevalier, gentilhomme de la chambre du Roi, et Rudolphe Winwod, conseiller d'Etat (Dumont, Corps diplomatique, t. V, partie W, p. 94).
3. L'archiduc Albert d'Autriche, cardinal -archevêque de Tolède, fut gouverneur des Pays-Bas espagnols de 1596 à sa mort en juillet 1621.