Henri II de Montmorency, décapité à Toulouse en
iOO MÉMOIRES [1624]
morency, avec qui il est d'accord, ne le consent pas; et ainsi il dit les menteries aussi hardiment que les vérités*.
Il représenta^ au Roi qu'il étoit périlleux de faire le mariage de M"^ de Montpensier avec Monsieur. Cependant, en même temps, le comte d'Auvergne, son affidé, traitoit sous mains ce qui s'ensuit, savoir est : de marier le fils dudit Comte '^ avec la fille de M. de Guise; le comte d'Harcourt* avec la fille dudit
1. D'après le document sur les « Déportements » de La Vieuville, celui-ci « haïssoit M. de Guise à cause de l'amirauté. »
2. Le manuscrit A, fol. 33, diffère quelque peu du manuscrit B pour ce paragraphe et les deux suivants. Voici le texte de A : « Il représenta au Roi qu'il étoit périlleux de faire le mariage de M"*^ de Montpensier avec Monsieur, et cependant le comte d'Auvergne traite sous mains ce qui s'ensuit : savoir est de marier le fils dudit comte avec la fille de M. de Guise, le comte d'Harcourt avec la fille dudit sieur de la Vieuville, donner les galères à M. de Guise, la charge d'amiral audit sieur de la Vieuville, celle de maréchal de camp général à M. le comte d'Auvergne; moyennant quoi le marquis de la Vieuville se charge de faire faire le mariage de Monsieur avec M"*^ de Montpensier.
« Il tâche de mettre ses créatures en la maison de Monsieur; il voit que cela ne peut réussir hors; il y fait introduire le sieur de Brèves, afin que le monde croie que la Reine a fait chasser le Colonel et afin de donner plus facilement soupçon au Roi de la mère et du fils et que Monsieur ait plus la Reine suspecte. Mais la Reine dit au Roi et à La Vieuville qu'elle les prioit de se ressouvenir qu'elle ne leur avoit jamais parlé de lui en aucune façon et qu'elle ne l'avoit point désiré... »
3. Louis-Emmanuel, comte d'Alais, mort en 1653 sans postérité.
4. Henri de Lorraine (1601-1666), comte d'Harcourt, d'Armagnac et de Brionne, vicomte de Marsan, grand écuyer de
sieur de la Vieuville*; donner les galères à M. de Guise; la charge d'amiral audit sieur de la Vieuville; celle de maréchal de camp général à M. le comte d'Auvergne; moyennant quoi le marquis de la Vieuville se charge de faire faire le mariage de Monsieur avec M"* de Montpensier^.
Il tâche de mettre ses créatures en la maison de Monsieur^. Voyant que cela ne peut réussir, lors il y fait introduire le sieur de Brèves, afin que le monde croie que la Reine fait chasser le Colonel et afin de donner plus facilement soupçon au Roi de la mère et du fils et que Monsieur eût plus la Reine suspecte^.
Mais la Reine dit au Roi et à La Vieuville qu'elle les prioit de se ressouvenir qu'elle ne leur avoit jamais parlé de lui en aucune façon et qu'elle ne l'avoit point désiré.
France, sénéchal de Bourgogne et gouverneur d'Anjou, était le second fils de Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, et de Marguerite Chabot de Pagny.
1. Françoise de Paule de la Vieuville, morte à Oudenarde en octobre 1635.
2. Toutes ces intrigues sont en partie relatées dans la Voix publique, qui en indique d'autres (p. 53, 54).
3. Voyez la Voix publique (p. 52) : « N'a-t-il pas fait mille faux rapports du colonel d'Ornano à dessein de le faire chasser, et par ce moyen mettre près de Monsieur quelques-uns à sa poste comme le duc d'AngouIême, le général des galères, le marquis de Raigny, le baron du Tour, Joyeuse ou autres de sa confidence. »
4. Le passage suivant ne figure pas dans B; on le trouve dans A : « [La Vieuville] promet à Monsieur de ne remplir point la charge de premier gentilhomme de sa chambre. » Dans le document intitulé « Déportements de La Vieuville », on lit : « [La Vieuville] a tâché de donner au Roi jalousie de Mon-
Au commencement S on ne veut pas régler les rangs entre les grands; cependant, en un instant, parce qu'on fait voir que M. de Nevers est la moindre maison et M. d'Angoulême n'est pas légitime, on fait un règlement qui les rend tous égaux.
On préfère un marché de la citadelle de Montpellier à cent mille écus plus qu'un autre, parce que c'est M. de Valençay qui fait offrir le moindre prix et M. de Montmorency qui porte ceux qui offrent le plus.
Or, non seulement ses intérêts, mais encore ses passions sont la règle de sa conduite^.
Il est mal avec Bassompierre, il le prive de ses appointements et propose de le mettre à la Bastille. Ensuite, le comte de Tillières est rappelé, à cause de lui^, au hasard de rompre le traité du mariage^.
sieur et de se rendre maître de sa maison. » Voyez aussi à l'appendice n" I.
1. Les deux paragraphes suivants se trouvent dans le manuscrit A, fol. 33 v° et 34 (ancienne pagination, p. 46 et 47), sans changements.
2. Ce paragraphe n'est pas dans le manuscrit A, mais à la page 4 des « feuilles de corrections ».
3. En raison de la parenté de Bassompierre et de Tillières. C'est ce que celui-ci dit également dans ses Mémoires^ p. 59 (voyez la note 1, p. 61). La Voix publique, p. 50, accuse La Vieuville de ne pouvoir souffrir ceux qui remarquaient ses défauts, « et de là vient la haine qu'il porte au maréchal de Bassompierre, à cause qu'il étale trop publiquement ses impertinences ».
4. Ce paragraphe se trouve à la page 4 des « feuilles de corrections » ; on lit seulement dans A, fol. 39 v" : « Bassompierre est privé de ses appointements ; on propose de le mettre à la Bastille. Le comte de Tillières rappelé à cause de lui, au hazard de rompre le mariage. » Comparez avec le document intitulé « Déportements de La Vieuville », où l'on trouve ces
Ghastelet* dit au Cardinal que, plusieurs fois, il lui a voit voulu faire dire contre le Chancelier plusieurs choses qui n'étoient point en son procès. Et ledit Chastelet lui avoua encore qu'une certaine lettre d'un nommé Lavau^, qu'on disoit parler contre la Reine mère, n'en contenoit aucune chose ^.
mots : « [La Vieuville] a voulu gagner Chastelet pour dire que M. de Bassompierre étoit pensionnaire d'Espagne, » et aussi : « Il a pensé ruiner les affaires de la Valteline, d'Allemagne, le traité de Hollande, le mariage d'Angleterre pour vouloir faii'e tout sans le su du Roi et contre l'ordre du Conseil. »
1. Paul Hay, seigneur du Chastelet (1592-1636), avocat général au parlement de Rennes, puis maître de» requêtes et conseiller d'Etat. Il eut commission d'établir le parlement de Pau et exerça en 1635 l'intendance de la justice dans l'armée royale. Il fut le premier secrétaire de l'Académie française. Il mourut en avril 1636.
2. Sancy écrit La Vau. Il s'agit de Bonaventure Yrland ou Irland de Lavau, huissier ordinaire d'Anne d'Autriche de 1619 à 1625. En 1629, la Reine le chargea d'une mission auprès de la duchesse de Rohan (Avenel, 1. 111, p. 350). Il fut disgracié, ainsi que sa femme, à la fin de l'année 1630, ayant été compromis dans les intrigues de la Reine et de M™^ du Fargis [Journal inédit d'Arnauld d'Andilly, de 1630 à la fin, publié par E. et J. Halphen, 1909, p. 133; Avenel, t. VII, p. 657 et suiv.; Mémoires de la Porte, p. 58). Beauchet-Filleau, dans son Dictionnaire des familles du Poitou (1854), t. II, a donné la généalogie de cette famille. Lavau se retira à Poitiers. C'est le père de l'abbé de Lavau, membre de l'Académie française en 1679, mort en 1694.
3. Voici comment dans A (fol. 39) est libellé ce paragraphe : « Le sieur du Chastelet a dit au Cardinal que plusieurs fois La Vieuville lui avoit voulu faire dire des choses qui n'étoient point au procès du Chancelier. Il lui a dit de plus que la lettre de Lavau, qu'on disoit parler contre la Reine mère, n'en contenoit aucune chose. » La leçon donnée par B est à la page 4 des « feuilles de corrections ».
Il voulut aussi faire mettre LafPemas* à la Bastille, sous prétexte d'un bruit inventé par lui-même, pour brouiller le Cardinal et le garde des sceaux^. Ledit garde des sceaux, interrogeant LafTemas sur cela, trouva que ledit La Vieuville lui vouloit mal, pour ce qu'il avoit découvert une volerie qu'il vouloit faire aux monnaies, par l'introduction d'un moulin, propre à faciliter la fabrication de la fausse monnaie; dont il y eut information, où il se trouva enveloppé^.
Aussi étoit-il si haï qu'à la cour, partout on l'appeloit la Véronique de Judas, et si méprisé que Beaumont*, premier maître d'hôtel du Roi^, ayant dit au Connétable que La Vieuville ayant fait mettre son
1. Isaac de Laffemas (1587?-1657) était fils de Barthélémy de Laffemas (1545-1612), tailleur du Roi jusqu'en 1603, et de Marguerite Le Bert. Il fut maître des requêtes, conseiller d'Etat, lieutenant civil au Châtelet de Paris en 1638 et président de la Chambre des requêtes de l'Hôtel. On sait que, tout dévoué au Cardinal, il se signala par son attitude impitoyable à l'égard de ceux qui étaient déférés aux tribunaux d'exception.
2. D'Aligre. On a vu (p. 11, note 3) ce que Richelieu pensait du garde des sceaux, avec lequel il était, en apparence, en bons termes.
3. Ces mêmes idées, exprimées ici et plus loin, sont mentionnées en abrégé dans le document sur les « Déportements » de La Vieuville : « [La Vieuville] en vouloit au garde des sceaux, secrétaires d'État, ïoiras, Bautru et tous ceux que le Roi affectionne. »
4. Charles Le Norraant, seigneur de Beaumont, premier maître d'hôtel du Roi en 1624, mort en 1630.
5. Le début de ce paragraphe n'est pas dans le manuscrit A, mais à la page 4 des « feuilles de corrections » ; la leçon de A est : « Cet homme est tant haï qu'on l'appelle à la cour la Véronique de Judas. »
régiment en un lieu où il n'étoit pas bien, il venoit savoir de lui ce qu'il auroit agréable qu'il en fît; l'autre lui répondit : « Dites au Roi, mais dites-lui que La Vieuville, instruit par son beau-père ^ est capable de faire ses affaires aux finances, mais que, seul ou avec quelque autre que ce puisse être, il n'entend rien à la guerre, et que si le Roi ne veut agir de lui-même, y ayant tant de gens capables, qu'il en prenne. »
Depuis, ou afin de se défaire dudit Connétable et l'éloigner de lui, ou par inconsidération, il lui fit permettre de s'en aller, chose de telle conséquence qu'elle pouvoit apporter la guerre en France.
Mais sa folie passa bien outre ^ ; car il se mêloit de vouloir faire signer aux secrétaires d'État des choses, non seulement sans le su du Roi, mais contre ses ordres mêmes ^.
1. Vincent Bouhier, sieur de la Goujonne ou Goujonnière, puis de Beaumarchais, était fils de Robert Bouhier, marchand aux Sables-d'Olonne, sieur de la Roche-Guillaume, et de Marie Garreau, dame de la Brosse. Il avait épousé Marie- Lucrèce Hotman, fille de François Hotman, trésorier de l'Epargne. De son mariage, il eut deux filles : l'une, Lucrèce, épousa Louis de la Trémoïlle, marquis de Noirmoutier, et, en secondes noces, le maréchal de Vitry; l'autre, Marie, fut mariée en 1617 à Charles, marquis, puis duc de la Vieuville. Beaumarchais fut conseiller secrétaire du Roi, contrôleur général de l'artillerie en 1600, puis trésorier de l'Épargne. Il aurait acquis dans ces fonctions une fortune de dix à douze millions. Poursuivi lors de la « recherche des financiers », il fut interné au château d'Amboise. Condamné par arrêt du 25 janvier 1625, il put s'évader avant le prononcé de cet arrêt et se réfugier à Noirmoutier.