Michel de Marillac
2. Voici ce qu'en écrivait d'Herbault à Béthune, le 16 août : « L'autre particularité, dont je ne doute pas que vous n'ayez grande joie, c'est que le Roi a envoyé quérir M. le comte de Schônberg pour l'établir en son conseil d'Etat, pour troisième ministre avec MM. le cardinal de Richelieu et garde des sceaux, de manière que nous l'attendons en bonne dévotion. Vous connoissez les rares qualités de ce personnage autant qu'homme du monde, parce qu'il est de vos bons et anciens amis. C'est pourquoi vous pourrez juger et faire connoître aisément aux autres combien ce choix est digne et important pour le bien des affaires de S. M. et ce que l'on doit espérer d'un Conseil composé de tels ministres, où toutes choses se passeront avec ordre et dignité et la liberté entière des fonctions à un chacun » (Bibl. nat., Français 3666, fol. 98). — Une copie des lettres patentes du Roi du 27 août 1624, nommant MM. de Marillac et de Champigny surintendants des finances, se trouve dans le volume 778 (fol. 194) du fonds France aux Affaires étrangères. Voyez plus haut les notes où sont cités des passages de la Voix publique sur Schônberg et Champigny.
3. Ici commence le sixième cahier du manuscrit A (fol. 53); il est consacré à la « recherche des financiers ». Sa feuille de garde ne présente pas d'autres mentions que celles-ci : le millénaire 1624 au milieu de la page, les mots « cahier 6™^ » écrits par Sancy, et « Avis sur la recherche des financiers » écrit par Charpentier.
4. La Voix publique ne tarit pas sur les vols des financiers :
proposa, dans le Conseil, d'établir pour leur recherche une chambre de réformation, à l'instar de celle de justice que le feu roi Henri le Grand avoit établie, à la même fin, durant son règne, et principalement vu la promesse que le Roi avoit déjà faite à son peuple en l'assemblée des États généraux de son royaume, en l'an 1614.
Cette affaire ayant été agitée au Conseil par plusieurs jours, le Cardinal dit au Roi* qu'il y avoit trois choses principales à y examiner : s'il falloit faire cette
« Je soutiens, Sire, que Beaumarchais et La Vieuville ont déjà volé plus de six cent mille écus à V. M. Je ne dis pas de millions, comme d'aucuns; je ne parle que de ce que je sais, étant très vrai qu'ils les ont pris » (p. 38). Plus loin, p. 40 : « Il vaut mieux rechercher ceux qui ont volé vos trésors et qui ont entre leurs mains tout l'argent de la France que de surcharger le pauvre peuple qui à peine peut respirer », et, p. 41 : « Y a-t-il rien de plus juste que de faire rendre gorge à des sangsues qui se sont gonflées du sang le plus pur de vos sujets ? »
1. Ce paragraphe et les suivants, sauf de rares exceptions, ont été rédigés à l'aide d'un document important, conservé aux Affaires étrangères (France 779, fol. 9-14), et que les rédacteurs des Mémoires ont en général copié textuellement, sauf quelques modifications de fond ou de forme que l'on peut relever sur les manuscrits A et B et dont nous indiquerons au fur et à mesure les plus essentielles. Ce document, intitulé « Advis [sic) sur la recherche des financiers », est, pour la majeure partie, de l'écriture du « secrétaire de la main », sauf le fol. 13, presque entier, qui a été écrit par Charpentier. Celui-ci a fait à ce document des corrections quelquefois importantes, notamment au fol. 10 v°. Les autres remaniements ou adjonctions à la marge sont dus à la plume du « secrétaire de la main ». Charpentier à écrit en tête du document : « Employé », et à la fin : « Employé. 1624 ». Nous donnons à l'appendice n" XIII l'Avis sur la recherche des financiers.
recherche, les diverses issues qu'elle pouvoit avoir et les moyens de la conduire à bonne fin^; qu'il n'estimoit pas qu'il y eût à douter de l'entreprendre; que plusieurs raisons y obligeoient et celles qui sembloient en pouvoir détourner n'avoient point de proportion avec les autres^; que les peuples, chargés à l'extrémité, estimeroient être soulagés par la saignée de telles gens; qu'il n'y a que la réputation qui soutienne les actions du prince et son gouvernement ; que maintenant on attendoit beaucoup de la conduite qu'on avoit commencé à prendre ; si on voyoit d'abord qu'on se démentît, l'on ne feroit plus d'état du Conseil du Roi, qu'on accuseroit de foiblesse ou de pis encore, estimant qu'il auroit diverti S. M.^ par diverses considérations toutes calomnieuses : que chacun croiroit qu'il n'y aura plus qu'à faire résistance aux résolu-
1. Voici la première rédaction du manuscrit A : « Sur cette affaire qui fut agitée au Conseil par plusieurs jours, le Cardinal donna au Roi l'avis suivant : « Il y a trois choses principales à examiner en cette affaire : s'il faut faire la recherche des financiers; les diverses issues qu'elle peut avoir... » Ces quelques phrases suffisent à faire voir qu'on s'étoit contenté de copier textuellement 1' « Avis » du Cardinal sur la « recherche des financiers » (voyez la note précédente). C'est Sancy qui, en changeant les temps des verbes et faisant diverses autres corrections, dont nous noterons les plus importantes, a donné au manuscrit A sa forme définitive.
2. Le manuscrit A contenait à cet endroit un paragraphe qui a été barré : on en a reproduit les idées, sinon les termes exacts, un peu plus loin. Ce passage du manuscrit A semble avoir été revu trois fois ; les corrections qui y ont été apportées ne méritent pas d'être mentionnées.
3. Première leçon du manuscrit A : « L'on ne fera plus d'état du Conseil du Roi. On estimera qu'il ait diverti S. M... » Les modifications apportées à ce texte sont de la main de Sancy.
lions qu'on prendroit pour en divertir l'effet ; que les financiers voleroient plus hardiment que jamais, et leur exemple faisant croire que les punitions ne seroient pas à craindre, beaucoup entreprendroient, même en choses concernantes (sic) l'État, ce que bon leur sembleroit, sous espérance d'impunité; ou, au contraire, si les voleurs étoient punis, outre que les peuples seroient satisfaits*, chacun en sa condition estimeroit être obligé de demeurer dans les règles de son devoir, de peur de châtiment :
Quant à ce qu'on pourroit objecter, que le temps et l'occasion font d'ordinaire les affaires, qu'il n'est pas bon d'en entreprendre trop à la fois, et par conséquent qu'il étoit à craindre qu'en ce temps auquel on avoit plusieurs affaires étrangères sur les bras^, cette recherche ne fût pas de saison, vu principalement qu'on avoit besoin d'argent et que les financiers possédoient tout celui de la France, qu'il répondoit à cela qu'on avoit ^ assuré de l'argent pour le courant des affaires présentes et que celle-ci sera si tôt faite par les moyens qu'on y prendroit que telles gens n'auront pas lieu d'arrêter le cours des affaires du Roi et témoigner par effets leur mauvaise volonté; partant, qu'il estimoit que non seulement falloit-il
1. Première rédaction de A : a Au contraire, si les voleurs sont punis, les peuples et les communautés seront contentes [sic) et satisfaites. »
2. Les mots sur les bras ne figurent pas dans le manuscrit B, mais sur le manuscrit A.
3. Le début de ce paragraphe est de la main de Sancy ; il est emprunté à un passage qui avait primitivement sa place dans A, un peu plus haut, et qui a été ensuite rayé. Voyez p. 135, note 2.
entreprendre la recherche, mais que toutes ces raisons y contraignoient, et qu'en effet, en tous États et en tout temps, telles gens avoient été quelquefois pressés comme des éponges, d'autres fois punis, non seulement par la privation de leurs états, mais de leur vie ;
Quant au second point, que ladite recherche aboutiroit indubitablement à de quatre fins l'une* : ou qu'ils sortiroient comme innocents, sans punition quelconque ni marque de leurs crimes ; ou qu'ils se rédimeroient par une taxe générale portée par tous ceux qui ont des offices de finances en ce royaume ^ ; ou que les coupables, pressés par leur conscience, appréhendant la punition méritée par eux, connoissant bien la bonté trop grande du Roi pour souffrir la taxe des innocents, consentiroient d'être taxés par son Conseil, pour éviter la perte de l'honneur et celle de leur vie ; ou qu'ils seroient condamnés rigoureusement et justement à perdre la vie et le bien tout ensemble ;
Qu'il falloit éviter les deux premières issues de cette affaire : la première perdroit tout à fait la réputation du gouvernement, et les voleurs, s'étant sauvés sans être punis, prendroient licence de faire encore pis à l'avenir; la seconde crieroit vengeance devant Dieu, en tant que les innocents paieroient pour les coupables ;
1. Première leçon du manuscrit A : « La recherche des financiers aboutira indubitablement à de quatre fins l'une... »
2. La première rédaction de 1' « Avis » (AfF. étr., France 779, fol. 9 v") étoit la suivante : « Ou ils se rédimeront par une taxe générale, qui, étant autant portée par les innocents que les coupables, seroit toute injuste. » La correction a été faite par Charpentier et adoptée successivement dans les manuscrits AetB.
Qu'il restoit donc de sortir de cette entreprise par l'une des deux dernières voies ; savoir est, ou par taxe particulière sur les seuls coupables, ou par punition corporelle et confiscation de leui*s biens.
Bien que les peuples tirassent grande satisfaction de la punition exemplaire et corporelle de ceux qui sucent leur substance, qu'il avoit* grande répugnance à voir terminer cette affaire^ par cette voie, si ce n'étoit à toute extrémité^. Joint^ qu'il .se falloit don-
1. Première leçon du manuscrit A : j'ai. C'est, en effet, le Cardinal qui parle au Roi dans cet « Avis » qui fait le fond du texte des Mémoires.
2. La première rédaction de 1' « Avis » était ainsi conçue (France 779, fol. 10) : « Je ne serai jamais d'avis qu'on termine cette affaire... » La correction adoptée ici a été faite par Richelieu lui-même.