Var, : vers le roi Henri IV^ (ms. Français
3. Les mots dirent qu'ils ont été ajoutés par Sancy sur le manuscrit A.
lacérés*. Tous ces maux, survenus aux Grisons à cause de l'alliance de Venise, joints à quelques mécontentements encore qu'ils reçurent de la République, firent que l'an 1611, le terme de cette alliance étant expiré, ils mandèrent à Venise qu'ils ne la vouloient plus renouveler et désiroient seulement vivre en bons amis et voisins avec eux.
Ils apportèrent pour raison qu'ils leur avoient promis plus grand nombre d'hommes que leur pays ne pouvoit porter, si en même temps le Roi et les Suisses leur demandoient ceux qu'ils étoient obligés de leur fournir par leurs alliances ; qu'ils n'avoient autre meilleur moyen de faire cesser ou au moins diminuer la
1. Georges Beli, grison d'origine, établi à Castels, l'une des Dix Juridictions, comme « landvogt » autrichien, représentait l'archiduc d'Innsbriick dès 1603 dans les Grisons; il intervint auprès de Fuentes à Milan pour l'engager à modérer ses prétentions en promettant la démolition du fort du Montecchio, ce qui amènerait les Trois Ligues à capituler; c'était un piège que ce partisan de l'Espagne essayait de tendre aux Grisons pour les amener à la servitude espagnole. Il cherchait ainsi, en s'efforçant de concilier des intérêts incompatibles, à conserver les bonnes grâces du gouverneur de Milan et celles de son pays. Il avait obtenu de vagues promesses de Fuentes. Il s'entremit à plusieurs reprises entre les diverses parties en cause. En 1607, les 16 et 17 avril, à Rossboden, des articles étaient rédigés qui, revenant sur les principaux traités conclus antérieurement avec Venise et la France, consacraient la révolte des Grisons et le triomphe du parti espagnol. A la suite de ces résolutions révolutionnaires, la foule en armes se rua dans Coire et fit prisonniers Beli, Gaspard Baselga et G. Scarpattet, tous trois de la faction espagnole, qu'on accusait d'avoir comploté de livrer la Valteline à Fuentes. Les aveux arrachés par la question à Baselga lui valurent, ainsi qu'à Beli, une mort horrible au milieu des supplices (Rott, Henri IV, les Suisses et la Haute-Italie, passim] .
jalousie de la maison d'Autriche dont ils avoient reçu tant d'incommodités; et qu'ils ne laisseroient pas à l'avenir, quand la République les en requerroit, de les assister de leurs hommes, et ce, avec d'autant plus de bonne volonté que ce seroit sans obhgation.
La République, ne se rebutant pas par ce refus, y envoya le secrétaire qui y avoit résidé auparavant, qui reçut encore une seconde renonciation.
Elle y en envoya plusieurs autres consécutivement et un ambassadeur même destiné pour aller en Angleterre, qui n'oublia aucune sorte d'artifices pour y parvenir ^
Ils firent tant qu'au mois de mars 1617 il y eut un traité d'alliance entre eux.
Les articles desquels ayant été communiqués au sieur Gueffier^, ambassadeur du Roi aux Grisons, il
1. Grégoire Barbarigo (1579-1616), ancien ambassadeur de Venise à Turin de 1608 à 1612, fut chargé d'une mission aux ligues Grises en 1613 et 1614; il se retira en Suisse (1614- 1615), puis fut chargé d'une seconde mission aux ligues Grises en 1615. Il fut ensuite envoyé en ambassade en Angleterre en 1616. — Jean-Baptiste Padavino (1560-1639), secrétaire du Sénat de Venise en 1584, remplit diverses missions diplomatiques à Milan, en Sicile, en Lorraine, aux ligues Grises (juillet 1601), avant d'être nommé secrétaire du conseil des Dix (1603). De juin 1603 à février 1604, il est envoyé extraordinaire aux Grisons, puis résident en Suisse de février 1607 à mai 1608 ; enfin, il retourne auprès des ligues Grises comme envoyé extraordinaire de février à mai 1616, puis de septembre 1616 à juin 1617 et négocie également à Ziirich et en Valteline (1616). En 1630, il est nommé grand chancelier de la République,
2. Etienne Gueffier (1573-1660), secrétaire ordinaire de la chambre du Roi, fut résident de France en Savoie de 1610 à 1614, négocia le traité d'Asti de 1615, fut nommé conseiller
s'y opposa, les jugeant préjudiciables à l'alliance de S. M., pource que les déclarations et réserves que Padavino*, qui traitoit pour la République, avoit promises sur son seing audit Gueffier de faire insérer dans les articles de ladite alliance, n'y étoient pas.
Ces déclarations étoient : qu'ils ne pouvoient faire de levées pour Venise que celles du Roi, s'il en avoit besoin, ne fussent faites auparavant; qu'à l'article où ils obligeoient leurs hommes à servir la République contre qui que ce fût, il seroit ajouté, « fors contre le Roi, ses amis et confédérés » ; et qu'en l'endroit où ils promettoient de fermer leurs passages, il seroit dit, « hormis aux forces du Roi, auxquelles ils seroient ouverts contre qui que ce fût, voire contre la république de Venise même »; et qu'outre tout cela, il seroit encore ajouté à la fin un article à part, par lequel il seroit dit qu'en tout ce qui auroit été promis aux articles précédents, ils entendoient que l'alliance avec la couronne de France demeurât en son entier, sans qu'il y fût dérogé ni préjudicié en aucun point.
En la même année, ils en firent une autre avec l'Espagne, à laquelle, et à celle de Venise, ils renoncèrent incontinent après-.
Et pour être dorénavant en plus de paix et d'union et empêcher qu'aucun d'entre eux ne fît plus de
d'État, puis ambassadeur ordinaire auprès des ligues Grises de novembre 1615 à septembre 1621; il se retira à cette date en Suisse jusqu'en mars 1623 et remplit ensuite les fonctions de chargé d'affaires à Rome de 1623 à 1660.