‹ Mémoires (volume 3)Chapitre 97 sur 135 · Var. : seroient (ms. Français · texte numérisé non relu

Var. : seroient (ms. Français

sont trop avancés, et qu'en cette affaire même ils n'auront pas leur compte, puisqu'ils veulent non seulement que le Pape remette les choses comme elles étoient, mais prononce en outre que le roi d'Espagne n'a aucun sujet de prétendre les passages.

Qu'il n'y a qu'une seule chose qui pût empêcher que cette salutaire proposition ne réussît, le tempérament que S. S. peut apporter à se résoudre, étant certain qu'elle ne peut produire l'effet qu'on en espère qu'en surprenant les parties et prévenant toutes les considérations qu'on pourroit mettre en avant pour l'exécutera

Sur la difficulté que le Saint-Père fît d'agréer cet avis et remettre les forts entre les mains des Valtelins, il fut délibéré au Conseil- s'il étoit expédient pour le service du Roi de tenter, par la voie des armes, le rétablissement de la Valteline en l'état qu'elle étoit auparavant, et, pour cet effet, prier S. S. de remettre les forts entre les mains des Espagnols; ou bien s'il valoit mieux différer encore et voir ce que le temps et les instances continuelles de notre ambassadeur nous produiroient.

1. Voyez, pour les quelques pages qui précèdent, Éd. Rott, op. cit., p. Ikk-lk^.

2. Il est fait allusion ici au Conseil du 11 juillet 1624, à la suite duquel des instructions furent envoyées à Béthune et des mesures militaires prises (voyez Éd. Rott, op. cit., p. 751). — Un résumé des résolutions qui y furent arrêtées est conservé à la Bibliothèque nationale (ms. Français 3666, fol. 81-82), sous le titre « Résultat de la conférence tenue par commandement du Roi par MM. les ambassadeurs de Venise et Savoie à Compiègne, le onzième jour de juillet 1624 » ; ce document fut envoyé à Béthune pour qu'il en prît connaissance.

Les ruses et la mauvaise volonté ' d'Espagne en cette affaire étoient manifestes durant tout le cours d'icelle ; ils se fortifioient tous les jours dans les places (ju'ils tenoient aux Grisons, et un des commissaires du duc de Feria et de l'archiduc Léopold avoit dit, peu auparavant, à des personnes dignes de foi que, s'ils pouvoient gagner six mois de temps, tous les monarques de la terre ne pourroient pas leur faire quitter prise.

Par là, il se voyoit (|ue le délai, non seulement ne nous servoit de rien, mais nous étoit beaucoup dommageable.

De tenter la voie de la force, il y auroit beaucoup de choses à penser : s'il étoit juste, si nous le devions, et les moyens que nous devions tenir pour conduire cette entreprise à une heureuse fin.

Le Cardinal, sur ce sujet, dit que de la justice on n'en pouvoit douter'. Le pays des alliés de la couronne est envahi ; le Roi par une ancienne alliance est obligé de les défendre. Il a tenté la voie de la douceur; on manque à la parole qu'on lui a donnée. L'intervention du Pape a été inutile. Il ne reste plus que le moyen de la force pour tirer raison de cette injure.

Que le Roi ne le doive pour son honneur et l'intérêt de son État, il est aussi sans difficulté.

Les Grisons ne le méritent pas, ils ne se sont pas comportés avec le respect qu'ils dévoient vers le Roi et son ambassadeur; ils ont traité de mauvaise foi avec lui, ils ont écouté les Vénitiens et les Milanois à son préjudice, et ils ont mis leur alliance et leurs passages au plus offrant et dernier enchérisseur; de là est venue

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