Var. : en l'état (ms. Français
nous et nos alliés, d'autant plus hardiment qu'elle aura éprouvé que ce sera impunément. Et si nous y voulons résister, nous serons d'autant moins en état de le faire que nous serons déjà affoiblis par la perte de ces trois li^rues et eux fortifiés d'autant.
La réputation de la France l'y oblige ; tous les autres princes se départiroient de son alliance, qu'ils estimeroient inutile, si elle n'a voit pu défendre ses anciens alliés. L'Espagnol, au contraire, en prendroit avantage, comme il fait déjà assez, d'avoir tant gardé cette injuste conquête. Il reste à voir les moyens que nous devons tenir, et en cela git toute la difficulté.
Les maladies les plus dangereuses sont celles que les médecins appellent compliquées, c'est-à-dire maladies composées de plusieurs jointes ensemble, pour ce que les remèdes qui sont bons aux unes aigrissent les autres et leur sont contraires.
L'affaire de la Valteline n'est pas seule entre les affaires étrangères ; il y en a d'autres en Suisse, en Flandre et en Allemagne.
Il y en a aussi au dedans ; savoir est les mauvais desseins des huguenots, la recherche des financiers. Ce qui est bon à un de ces maux est mauvais pour les autres, car, qui enverroit aux pays étrangers de puissantes armées viendroit à bout du dehors, vu les incommodités qu'ont les Espagnols; mais le mal est que l'on dégarniroit le dedans, et c'est ce qu'attendent les financiers, les huguenots et les Espagnols mêmes, qui voient bien ne pouvoir pourvoir à leurs maux que par diversion. Il faut trouver des expédients qui pourvoient à tout, le mieux que faire se pourra, et ne hasarder rien. Il est difficile d'en trouver de si assurés qu'on pourroit dési-
ler. Le meilleur* est celui qui a le moins d'inconvénients.
Le premier remède est la fermeté aux choses entreprises, car la résistance accroît la grandeur de celui à qui on résiste, si elle n'est forte et constante jusqu'à la fin de ce qu'on a entrepris.
Le second : il faut pourvoir au cœur, c'est-à-dire au dedans, renvoyer tous les grands en leurs gouvernements, fortifier les frontières et lever quelque notable nombre de gens de guerre pour les y tenir, étant certain que les huguenots ne peuvent entreprendre par force ouverte, ains par seule surprise. Quand donc ils verront un corps d'armée non occupé, ils ne se hâteront pas d'exécuter leurs mauvais desseins.
Il sera bien à propos encore de faire connoître à M. le Connétable que, si les huguenots remuent, le Roi ne peut exécuter les entreprises qu'il feroit sans cela, étant certain que, désirant être employé en Italie, comme il fait, s'il lui reste quelque ancienne intelligence parmi les frères, il s'en servira pour favoriser les desseins d'Italie, ou au moins veillera-t-il sur eux fidèlement. Cela fait, il faut sommer la république de Venise et le duc de Savoie, paresseux à l'exécution, d'accomplir le traité de la ligue ^ fait avec eux et leur déclarer, sans délibération nouvelle, que, suivant ce qui a été arrêté, le Roi va armer.
Il faut prendre garde de ne pas faire un grand arme-
1. Le manuscrit A porte : « Le meilleur, à mon avis, est celui... », ce qui prouve que ce passage des Mémoires, qui est le résumé d'un exposé du Cardinal, fait en Conseil, a été composé à l'aide du texte même de 1" « A.vis » donné par Richelieu.