Chichement, avaricieusement
2. Ces deux mots ont été écrits par Sancy, sur le manuscrit B, à la place de prospérité.
3. Avec cette phrase commence tout un passage qui, jusqu'à la fin du paragraphe, est en marge dans le manuscrit B.
solide, ni tous les grands biens et les charges qu'il avoit amassés autre appui que sa présomption et les inventions artificieuses dont il avoit trompé le Roi, elles n'eurent pas de subsistance après sa mort. Les fortifications qu'il avoit fait faire à Quillebeuf, par lesquelles il étoit maître de Rouen, furent ruinées. Le gouvernement de Calais, qu'il avoit, fut donné au sieur de Palaiseau', celui du Boulonnais au sieur d'Aumont^, celui de la Fère au sieur de Beaumont^, premier maître d'hôtel du Roi, le gouvernement de Picardie au duc d'Elbeuf, et celui d'Amiens couroit fortune si le duc de Ghaulnes n'eût donné cinquante mille écus à Monsieur le Prince, qui le lui conserva.
La Reine n'eut pas sujet d'avoir beaucoup d'affliction de sa mort : car elle étoit hors d'espérance de voir finir les persécutions qu'il lui faisoit, ne pouvant prendre aucun si bon conseil en son gouvernement qu'il n'y trouvât quelque chose à redire envers le Roi ; de sorte qu'elle étoit réduite à tel point que, nonobstant qu'elle attendit tous les jours un pire traitement, elle étoit résolue, quoi qu'il arrivât, à la patience et de ne faire aucune lâcheté ni action indigne, mais attendre de Dieu et du temps ce qu'il plairoit à sa divine Majesté.
1. Claude de Harville, seigneur de Palaiseau, baron de Nainville, conseiller d'Etat, capitaine de cinquante hommes d'armes, gouverneur de Calais et de Corapiègne, chevalier des ordres du Roi depuis 1597, vice-arairal de France, mourut en janvier
2. Antoine d'Aumont (1563-1635), marquis de Nolay et baron d'Estrabonne, fils de Jean, maréchal de France, et d'Antoinette Chabot, fut gouverneur de Boulogne et chevalier des ordres.
3. Charles Lenorraand, seigneur de Beauraont, mestre de camp, gouverneur de la Fère et premier maître d'hôtel du Roi, de 1624 à 1630.
Elle s'y confirme, non seulement parce que cette vertu apporte quasi toujours une favorable issue aux affaires qui se conduisent par elle, donnant une disposition à un acheminement à la réconciliation des esprits, à laquelle la force et la violence est contraire, que pour ce que, la haine qu'on portoit au Connétable étant publique et le sujet de mécontentement universel, les bons attendoient et les judicieux avoient lieu d'espérer qu'une si grande fortune ne pouvoitpas toujours continuer contre raison. Tandis qu'elle fut au siège de Saint-Jean, elle n'osoit parler. Si* elle disoit que le Roi viendroit à bout de la guerre qu'il entreprenoit, on croyoit qu'on l'y vouloit embarquer plus aisément; si elle demandoit raille ou douze cents hommes au nom de ses serviteurs, afin qu'on vit ouvertement qu'elle veut être toujours du parti du Roi et non d'autre, on pensoit que c'étoit pour avoir main-forte; si elle disoit qu'elle y contribueroit volontiers, si peu de pierreries qu'elle avoit, on feignoit que c'étoit pour tirer vanité de cette offre; si, de plus, elle témoignoit qu'elle prendroit part en apparence à tous les conseils dont on vouloit que la France la crût participante, on pensoit que c'étoit pour prendre pied aux affaires. Il fit défense à Monsieur, frère du Roi, de la visiter^.
Enfin, le siège fait, lassée de tant de mépris, ayant demandé congé au Roi de s'en venir en son gouverne-
1. D'ici à la fin du paragraphe, les Mémoires reproduisent presque textuellement un passage d'une lettre de Richelieu à un correspondant inconnu, écrite vraisemblablement vers la fin de lG2i. Elle a été imprimée par Avenel, t. VII, p. 514 et suivantes.
2. Cette dernière phrase ne figure pas dans la lettre en question.
ment et de là se rendre à Paris, passant par Tours, Blois et Chartres, où elle avoit fait un vœu pour le bon succès de son voyage, S. M. ayant approuvé le dessein qu'elle avoit fait par l'avis de Monsieur le Connétable, qui empêcha néanmoins de lui venir dire adieu, la Reine pensant exécuter en paix ce qu'elle avoit proposé, elle ne fut pas plus tôt partie d'auprès du Roi qu'incontinent ceux qui ne l'affectionnoient pas voulurent, à son préjudice, faire croire qu'elle faisoit fortifier extraordinairement la ville et château d'Angers, sans autre prétexte que celui d'une petite muraille de six pieds d'épais, qu'elle faisoit faire aux dépens du Roi qui lui avoit donné trois mille écus pour y faire les réparations nécessaires. Sur ce bruit, elle envoie en cour le sieur de Marillac* supplier le Roi d'envoyer sur les lieux avérer la fausseté de cette accusation^.