Var. : les personnes qui (ms. Français
2. Cette phrase, corrigée par Charpentier sur le manuscrit B, portait d'abord : ils connoissent la force de son jugement, ils en redoutoient t esprit..., etc.
3. Le manuscrit B portait d'abord : je ne prétendais pas ; puis
admettre, mais que je souffrirois volontairement d'en être exclu pour jamais.
Mais toutes mes poursuites ne servirent qu'à leur donner moyen de jeter dans l'esprit du Roi de nouvelles défiances, dont la Reine s'étant aperçue, elle lui dit un jour qu'elle le supplioit de trouver bon qu'elle le délivrât d'une peine en laquelle elle avoit peur qu'il fût sans sujet à son occasion ; que peut-être lui avoit-on voulu persuader qu'elle avoit grand dessein d'entrer dans ses Conseils, sur quoi elle seroit bien aise de lui dire la pensée qu'elle en avoit eue et à quelle fin; qu'il étoit vrai que sa gloire et son honneur lui avoient fait désirer la liberté d'y entrer, non pour y aller assidûment, mais pour faire voir à tout le monde que la mauvaise volonté que lui portoit le Connétable, ou la crainte qu'il avoit d'elle à cause des offenses qu'elle en avoit reçues, étoient cause des mépris qu'elle avoit soufferts par le passé et que maintenant elle étoit tout autrement traitée par la bonté de son naturel; qu'elle n'avoit jamais eu autre intention; que, si on y trouvoit quelque difficulté, elle le prioit de croire que ce n'étoit pas de là que dépendoit son contentement, mais de ses bonnes grâces; et que partant, en cet article comme en tous autres, ses volontés seroient toujours les siennes; qu'en particulier elle lui diroit franchement ce qu'elle estimeroit importer à sa personne et au bien de son service.
Sur cela, la Reine y entra, où elle se conduisit en sorte qu'elle s'accommoda toujours à l'avis d'un des ministres et évita de les contredire s'ils n'étoient
on avait mis il ne prétendait pas ; enfin Charpentier rétablit la première leçon.
entièrement contraires au bien de l'État; elle essayoit de découvrir les sentiments du Roi et de les suivre, s'offrant à lui de faire les ouvertures des choses qui sembloient odieuses aux particuliers, pour le décharger de cette peine.
Monsieur le Prince, qui parloit fort librement et ne peut taire ce qu'il a dans la pensée, se laissa aller à dire qu'on l'y avoit reçue pour deux raisons : l'une qu'on ne lui donneroit connoissance que de ce que l'on voudroit et l'autre qu'encore qu'on ne lui communiquât que partie des affaires, elle serviroit à les autoriser toutes dans l'esprit des peuples.
Elle reconnoit bien d'abord qu'on est en garde d'elle, qu'on ne lui fait voir que la montre de la boutique, et qu'elle n'entre point au magasin; mais elle ne fit pas mine de le reconnoître, espérant de surmonter ces difficultés par sa bonne conduite, ce qui lui réussit; de sorte que le Roi fut conseillé de vivre plus librement avec elle, et elle, par M. de Schônberg, d'agir plus puissamment dans les Conseils ; ce qui ne vint pas, à la vérité, de l'affection que les ministres eussent à son service, mais pour ce qu'ils ne pouvoient souffrir que Monsieur le Prince disposât si pleinement des choses publiques, et que le Roi en avoit déjà quelque petite jalousie et par intervalle en faisoit des plaintes à la Reine.
Monsieur le Prince, prévoyant que ces libres entretiens de la mère et du fils engendreroient à la fin quelque confiance, s'étudia avec ardeur à en détourner le cours par ses actions et d'apporter du refroidissement en leurs entrevues. Il se servoit de Ruccellai et de beaucoup de jeunes gens qui
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étoient auprès du Roi pour lui faire dire ce que bon lui sembloit. Entre autres choses, le Roi ayant accoutumé de voir la Reine tous les matins cinq ou six fois, ceux qu'il envoyoit pour savoir l'état auquel elle étoit lui rapportoient toujours qu'elle n'étoit pas éveillée, bien qu'il ne fût pas vrai. La Reine lui en fit plainte et lui dit que, ne désirant rien tant que l'honneur de sa compagnie, elle seroit toujours éveillée aux heures qu'il lui voudroit donner ce contentement et qu'elle tiendroit à grande grâce qu'il fît rompre les portes, si, par la négligence des siens, elles n'étoient ouvertes. Au retour du Roi, il avoit été arrêté, entre le Roi et la Reine, que Ruccellaï (qu'elle avoit juste sujet de n'aimer pas) ne se trouveroit pas en sa présence à cause des insolences qu'il lui avoit faites et qu'elle avoit souffertes du temps du Connétable, à cause de la protection qu'il lui donnoit, nonobstant les ordres qu'il avoit reçus. Il se trouva chez la Reine régnante et se plante devant elle^ avec un visage plein de mépris; elle lui commanda de se retirer. Il n'y avoit rien de si juste que sa colère et ne se pou voit tirer une satisfaction plus légère que celle qu'elle prenoit de cette offense ; néanmoins. Monsieur le Prince et les ministres le soutinrent et ne laissèrent pas de blâmer sa procédure, disant au Roi qu'elle vouloit usurper la souveraine puissance et commander partout avec autorité. Elle déclara à S. M. ses douleurs, avouant que, si elle eût été maîtresse d'elle-même, elle eût prié la Reine sa fille de le faire sortir ; mais que ses premiers mouvements ne furent pas en sa puissance; qu'elle n'eût jamais pensé qu'on eût trouvé mauvais qu'une