Le comte de la Rochefoucauld avait, au dire du Mercure
de faire beaucoup de ravages dans le Bas-Poitou. La Reine étant éloignée du Roi de quelques journées, n'ayant pas pu arriver à Nantes si tôt que lui, on prit le temps de son absence pour persuader au Roi qu'il falloit promptement aller à lui, qu'il y avoil péril dans le retardement : son courage et le désir de soulager ses peuples l'y portent. On communique à la Reine sa résolution ; elle la trouve étrange, vu le peu de forces qu'il avoit avec lui : elle en écrit au Roi, le conjure de considérer qu'il n'étoit pas raisonnable de commettre si facilement sa personne; que, par raison, il devoit attendre, ou que ses forces fussent assemblées, ou confier la conduite de ce qu'il avoit à une personne moins importante au public.
Elle en écrit aux ministres, les prie de peser mûrement cette affaire, les accidents qui en peuvent survenir, le blâme qu'ils auront de l'avoir souffert*; car, pour dire vrai, elle appréhendoit que le courage du Roi et la ruse d'autrui le portassent à se perdre, là où la prudence de quelques autres leur feroit trouver leur salut.
Les ministres firent état de cet avis, témoignèrent à Marillac^, qui en étoit le porteur, qu'ils le trouvent très considérable ; mais que la violence de Monsieur le Prince étoit un premier mobile qui, par sa rapidité, emportoit tout autre mouvement.
français, t. VIII, année 1622, p. 548, trois mille hommes de pied et quatre cents chevaux.
1. Avenel (t. I. p. 706) paraît croire que les ennemis qu'avait Richelieu auprès du Roi essayèrent de mettre sur son compte les conseils timides de la Reine mère.