‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 131 sur 200 · Le futur maréchal · texte numérisé non relu

Le futur maréchal

Cette réponse augmenta l'appréliension de la Reine lorsqu'elle la sut, et véritablement elle en avoit sujet; car, si bien son voyage réussit, il fit l'entreprise avec témérité*.

Le Roi ayant envoyé savoir la route que prenoit Soubise, il eut avis qu'il tiroit vers l'ile de Riez 2; il le suivit incontinent, et, partant de Nantes le 1 2% arriva proche de là le 15^ avril, résolu de passer par des gués qui étoient fort difificiles et de l'attaquer dans le bourg de Riez^, où il s'étoit retranché et avoit placé son canon en lieu avantageux, l'armée de S. M. n'étant pas si forte que la sienne et n'ayant point de canon.

1. D'après le Mercure français, t. VIII, année 1622, p. 549, il ne semble pas que les choses se soient passées absolument comme le rapportent les Mémoires. C'est à la suite d'une reconnaissance qui fit connaître les forces de Soubise et son dessein d'attaquer Riez que le Conseil fut assemblé afin de décider ce qu'il y aurait à faire. « On y représenta, raconte le Mercure français, combien la diligence seroit nécessaire et requise pour entièrement défaire Soubise et ses troupes auparavant qu'elles pussent faire leur retraite. Le Roi, ayant pesé ces avis, conclut qu'il partiroit le lendemain et fit l'état des troupes qu'il mèneroit, qui pourroient être de sept à huit raille hommes de pied et de six à sept cents chevaux. »

2. Nom d'une partie du marais vendéen. Voici la description qu'en donne le Mercure français, t. VIII, année 1622, p. 551 : « Cette île de Riez est enceinte d'un bras de mer; elle est de grande étendue, contenant quatre ou cinq lieues de long et deux de large, en laquelle il y a de grands marais. » Les localités principales que l'on y remarque actuellement, et dont les noms sont peu différents de ceux du temps de Louis XIII, sont Riez, Saint-Gilles (appelé autrefois la pointe de Saint-Gilles), Saint-Hilaire-de-Riez , La Barre-de-Monts , jN'otre-Dame-de- Monts, Saint- Jean-de-xMonts.

3. Riez, bourg du département de la Vendée, canton de Saint-Gilles.

Mais le Roi l'ayant déjà mise en bataille le 1 6® et commencé à marcher, il eut avis que Soubise ne l'avoit osé attendre et étoit allé avec ses troupes vers Saint- Gilles* et Groix-de-Vie~ pour s'embarquer dans des vaisseaux qu'il y avoit fait venir.

A cette nouvelle, S. M. commanda à sa cavalerie de les suivre en diligence pour les surprendre en chemin; mais ils trouvèrent que Soubise, s'étant sauvé avec la sienne le long des dunes, avoit laissé son infanterie derrière lui, laquelle s'étant pour la plupart embarquée, mais ne pouvant faire voile pour ce que la mer étoit basse, fut exposée à la merci de nos gens. Ceux qui n'étoient pas encore embarqués, partie furent tués par les nôtres, partie noyés dans les achenaux^ en fuyant et partie furent pris et amenés à Nantes, entre lesquels il en fut pendu treize et cinq cent septante-cinq condamnés et envoyés aux galères le %T avril. Sa cavalerie même n'eut guère meilleure fortune ; car, de six à sept cents hommes qu'il avoit, il n'en ramena que sept ou huit-vingts qui étoient avec lui.

Les autres troupes qui le suivoient furent défaites, partie par les troupes du comte de la Rochefoucauld, partie par les paysans mêmes, une peur si aveugle s'étant mise parmi eux qu'ils prioient ceux qu'ils rencontroient de les prendre prisonniers, jusque-là qu'il y en eut cent d'entre eux qui se rendirent à des femmes.

1. Chef-lieu de canton du département de la Vendée, arrondissement des Sables.

2. Croix-de-Vie, bourg du département delà Vendée, canton de Saint-Gilles.

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