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L'achenal est l'équivalent du chenal

Cette, victoire fut glorieuse au Roi, mais elle lui fut bien périlleuse; car il passa la mer à gué pour aller à eux et s'y porta avec tant de courage et si peu de considération de ceux qui étoient auprès de lui, qu'après la victoire, obtenue par la fuite des ennemis, il n'y eut personne qui ne reconnût que, dans l'avantage de la situation du lieu, dont les canaux et retranchements naturels faisoient pour eux, qu'étant* beaucoup plus forts d'hommes et de canons, si Dieu ne les eût aveuglés en punition de leurs crimes, le moindre succès qu'ils pouvoient avoir du combat étoit de défaire absolument ceux qui étoient auprès du Roi et prendre sa personne prisonnière ; attendu que, outre que les rois semblables à celui-ci ne fuient jamais, le flux de la mer étant revenu où il a voit passé, il lui étoit impossible de le faire ^.

La Reine, après avoir fait rendre grâces à Dieu de ce bon succès, ne perdit pas temps pour faire connoitre ce qui en pouvoit arriver; et, pour prévenir semblables inconvénients à l'avenir, elle voulut en diligence joindre le Roi pour ne le plus abandonner ; mais elle tomba malade à Nantes.

Son mal fut si long et si fâcheux qu'il lui fut impossible, à son regret, de penser à autre voyage qu'à celui des eaux de Fougues, que le genre de son indisposition requéroit par l'avis des médecins, où elle s'y achemina, les chaleurs étant passées. Ceux qui tra-

1. Il vaudrait mieux lire étant au lieu de qu'étant^ mais l'on a déjà vu de semblables répétitions de mots dans ces Mémoires.

2. C'est-à-dire : il lui était impossible de fuir. — Voyez, pour le récit de l'affaire de Riez, le Mercure français, t. VIII, année 1622, p. 550-564.

vailloient auprès du Roi à lui en donner des ombrages, au désavantage de l'État, mais à leurs fins, tâchèrent de faire croire à S. M. que sa maladie étoit feinte pour demeurer vers le Poitou et former quelque cabale avec les huguenots, ou qu'elle méditoit les eaux de Fougues pour s'approcher de Monsieur, qu'à leur compte elle aimoit mieux que le Roi et le vouloit élever à son préjudice*.

Ils se servirent finement de ce soupçon pour poursuivre leur pointe et attirer Monsieur à l'armée; et rien ne les put empêcher que l'avis des médecins qui reconnurent ce voyage lui être si préjudiciable, vu son inconstante et foible santé, qu'ils ne craignoient pas de témoigner qu'on ne le lui pouvoit flaire entreprendre sans commettre sa vie à un très éminent péril 2.

Cependant, le temps et la netteté des actions de la Reine la garantirent de tous les artifices et inventions dont on se servoit pour rendre sa personne suspecte et odieuse. Et Dieu, par sa bonté et pour le bien de la France, préserva le Roi des dangers où ses ennemis l'avoient voulu précipiter pour profiter des confusions publiques.

Quant à Monsieur, quelque indisposition qu'il eût, on ne vouloit pas lui accorder le moindre repos, et,

1. Richelieu écrivit de Nantes à Puyzieulx, le 14 avril 1622, pour lui annoncer la maladie de la Reine mère et le vif désir de celle-ci de rejoindre le Roi aussitôt que possible. Il accompagna lui-même Marie de Médicis à Fougues et y séjourna les derniers jours de juin, tout le mois de juillet et les premiers jours d'août (Avenel, t. I, p. 709).

2. Déjà, en 1621, Monsieur avait eu une fièvre très forte et un flux de ventre. En juillet 1622, on lui découvre la pierre. Sa santé est, en somme, précaire.

sans son médecin \ affectionné à sa personne, qui protesta qu'il ne pouvoit passer outre sans péril, sous prétexte d'avancer ses alTaires on eût volontiers arrêté le cours de sa vie.

Le Roi, au sortir de Riez, alla droit assiéger Royan, recevant en chemin les troupes qu'il avoit fait amasser de diverses parts; et, au lieu que les rebelles se vantoient que cette place soutiendroit un siège de six mois, elle fut si bien attaquée qu'elle fut rendue en six jours, peu avant la fête de la Pentecôte, que le Roi alla passer à Chàtelard^.

Durant le siège, arrivèrent à S. M. deux nouvelles différentes : l'une que la ville de Tonneins, qui étoit assiégée dès longtemps, avoit été prise et remise en son obéissance le 4® mai; l'autre, de la révolte du Mont-de-Marsan ^ contre son service, le %" mai, avec !e marquis de Castelnau^ qui en étoit gouverneur. La

1. Rodolphe Le Maistre, conseiller du Roi, premier médecin de Gaston d'Orléans, aux gages de mille huit cents livres, était jîls de Jean Le Maistre, écuyer, seigneur de la Mothe-du- Breuil-de-Varennes, et d'Étiennette Lwyt ; il avait épousé Jeanne de Ranchin.

2. Localité située à quatre kilomètres au nord de Royan (Charente-Inférieure). — Voyez, sur la prise de Royan, le Mercure français, t. VIII, année 1622, p. 578-583.

3. Le scribe du manuscrit B avait écrit Mont-de-Machau. Sa bévue a été corrigée par Charpentier.

4. Le marquis de Castelnau de Chalosse, appelé aussi Miremont par le marquis de la Force, dans ses Mémoires, venait de succéder à son père, le baron François de Castelnau, mort en 1621, comme gouverneur de Mont-de-Marsan. Il suivit d'abord le parti royal, puis, gagné à la cause protestante par le baron d'Arros qui lui amenait un secours important, il se saisit de Mont-de-Marsan, au nom de l'assemblée de la Rochelle. Il mourut la même année.

perte de cette place étoit d'une grande importance ; ce qui fit que le premier président de Toulouse ^ sans perdre temps, envoya traiter avec ledit marquis et convint avec lui de lui faire délivrer vingt mille écus, moyennant lesquels il remit cette place entre les mains de S. M., qui la fit raser incontinent '.

Le Roi, après avoir ordonné le comte de Soissons pour commander l'armée qu'elle laissa en Poitou et Aunis pour tenir La Rochelle bloquée et retenir les huguenots du plat pays dans les termes de l'obéissance qu'ils dévoient, s'achemina en Languedoc par la Dordogne et l'Agenois, pour attaquer Sainte-Foy, où le sieur de la Force s' étoit retiré.

Dès que son armée y fut arrivée, ledit sieur de la Force commença à parlementer et rendit, le 24* mai, ladite place et celle de Monflanquin^.

Le fort de Soulac*, près de Blaye, fut, d'autre côté, aussi rendu le 29% ayant été assiégé le 24^ sur la nouvelle que l'on eut que Favas, qui en étoit la plus forte pièce, en étoit absent étant allé à la Rochelle^.

1. Gilles Le Masuyer, vicomte d'Ambrières , conseiller d'État et maître des requêtes, succéda, en 1615, à son futur beau-père, François de Clary, premier président du parlement de Toulouse, et occupa ce poste jusqu'à sa mort, en octobre 1631 .

2. Le Mercure français, t. VIII, année 1622, p. 583-591, relate ces faits à peu près dans les mêmes termes, mais avec beaucoup plus de détails.

3. Monflanquin, chef-lieu de canton du département du Lotet-Garonne, arrondissement de Villeneuve-sur-Lot. — Les prises de Sainte-Foy et de Monflanquin sont racontées dans le Mercure français, t. VIII, année 1622, p. 618-625.

4. Le Mercure français écrit que ce fort, situé près de Soulac-les-Bains, fut assiégé par deux compagnies restées dans Lesparre.

5. Voyez le Mercure français, t. VIII, année 1622, p. 616-617.

Le marquis de Lusignan, qui a voit surpris la ville de Clairac, traita aussi avec le Roi, et rendit ladite place, en laquelle le duc de Vendôme, de la part de S. M., entra le 29® mai*.

De Sainte-Foy, le Roi alla à Agen, où il demeura le P' et le %^ juin, et fut assuré des places que le duc de Sully avoit en Quercy.

De là, S. M. s'en alla droit vers Négrepelisse^ (|u'elle fit investir le 7^ juin, envoyant quant et quant le duc de Vendôme, avec partie de ses troupes, investir Saint-Antonin.

En trois jours étant faite une brèche raisonnable à Négrepelisse, le régiment des Gardes, qui eut la pointe, alla à l'assaut avec un tel courage que ceux qui étoient sur la brèche ne pouvant résister, la ville fut prise, où tout fut mis à feu et à sang, sans exception de femmes ni d'enfants. Ceux qui se purent sauver dans le château se rendirent le lendemain à discrétion et furent presque tous pendus, pour ce que la plupart d'eux avoient servi en d'autres places contre le Roi et juré de ne plus porter les armes contre lui. Toute la ville fut brûlée et le seul château conservé, lequel appartenoit au duc de Bouillon^.

De là, S. M. tourna tête droit à Saint-Antonin qu'elle trouva déjà investi et attaqué par les troupes (ju'elle y avoit envoyées. Elle fit à son arrivée, qui fut le 1 4% sommer la ville de se rendre ; ce qu'ils refusèrent de faire et tirèrent sur le trompette qui leur faisoit la sommation de la part du Roi, tant ils étoient acharnés.

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