‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 144 sur 200 · Var. : dans l'armée (ms. Français · texte numérisé non relu

Var. : dans l'armée (ms. Français

3. C'est-à-dire entre le 18 et le 22, comme il a été dit plus haut.

On peut dire de lui, comme disoit saint Jérôme ^ qu'il a trop vécu pour le bien de cette nation, mais trop peu si on considère le temps qui lui eût été nécessaire pour expier les crimes qu'il a commis.

A la vérité, ce n'est [que] par merveille si cet homme-là est mort dans la paix, qui ne se plaisoit que dans les divisions 2.

Ruccellaï étoit fils d'un banquier de Florence qui vint en France du temps de la reine Catherine de Médicis, et, s' étant enrichi en cet exercice, s'en retourna en son pays, comme les banquiers ont accoutumé de faire. Durant sa demeure en France, il eut quelques abbayes, lesquelles il mit au nom de celui-ci^ qui, après avoir vécu à Rome et à Florence quelque temps, avec beaucoup de défaveur du Pape et du Grand Duc, à cause de la vanité et légèreté de son esprit, eut recours au maréchal d'Ancre, qui lors étoit en crédit,

1. Il y a ici un blanc dans le manuscrit B que le ms. Français 17542 ne comble pas, et qui vient de ce qu'on avait laissé la place nécessaire pour indiquer l'ouvrage de saint Jérôme d'où était tirée la pensée citée.

2. La remarque suivante, qui a été barrée depuis, était inscrite en marge du manuscrit B : « Faut mettre ici le train de l'abrégé de la vie de Ruccellaï. » Cette courte biographie de Ruccellaï était évidemment écrite à part; il est probable que Richelieu ou Sancy avait mis, en marge du brouillon de cette partie des Mémoires, la mention que nous retrouvons barrée à la marge du manuscrit B et qui avait été recopiée sans que l'on eût compris qu'elle devenait inutile.

3. C'est-à-dire de son fils l'abbé. — Parmi les bénéfices dont jouissait l'abbé Ruccellaï se trouvait l'abbaye de Pontlevoy, dans le Blésois, qui fut donnée, après sa mort, à Richelieu. Celui-ci en prit possession le 1*'" septembre 1623. Il possédait également l'abbaye de Signy en Champagne; voyez notre tome II, p. 317.

le vint trouver et obtint, par son moyen, des lettres de la Reine mère au Grand Duc, pour le remettre en grâce auprès de lui.

Il vint avec éclat et pompe, faisant une très grande dépense. Il étoit jeune, assez bien fait, propre en sa personne et, en outre, riche et libéral^ : deux conditions qui ne donnent pas peu de vogue à un étranger dont la nouveauté plaît à beaucoup d'esprits et particulièrement à ceux des dames, à qui ensuite les présents de diverses galanteries ne sont pas désagréables. Il fut aussi incontinent bien reçu dans toutes les meilleures compagnies, les dames et les plus grands le voyant de bon œil et en faisant compte comme s'il eût été de plus haute naissance. Il étoit hardi et impudent, jusqu'à ce point que lui refuser deux fois l'entrée d'une porte n'empêchoit pas qu'il ne s'y présentât la troisième, où les présents qu'il faisoit aux huissiers la lui faisoient enfin trouver ouverte, lors même qu'elle étoit fermée aux autres. Avoir bonne bourse à la cour et point de front sert bien souvent autant et plus qu'avoir beaucoup de mérite.

Mais il étoit si avantageux en paroles, parloit tant et mentoit si librement, et montra une si grande infidélité d'esprit qu'il se vit bientôt déchoir de l'estime que, sans mérite, on avoit conçue de lui.

A peine le maréchal d'Ancre fut mort que, trahissant la Reine, il se mit en la bonne grâce de Luynes, lui découvrant l'argent que la Reine avoit en Itahe et promettant de s'entremettre pour lui faire toucher-.

1. « Cet abbé, dit Bassompierre, riche de patrimoine et de bénéfices, de bonne maison, adroit, savant et bien fait, avoit aspiré au bonnet de cardinal » [Mémoires, t. III, p. 2).

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