Comparez avec notre tome II, p
Puis, il le quitta et se mit du parti de la Reine qui étoit à Blois, s'entremettant avec effronterie de sa délivrance, non seulement sans son ordre, mais contre sa volonté.
Il l'accompagne à Angoulême, où, après beaucoup d'extravagances et d'impudences insupportables, comme il se voit en cette Histoire^ il abandonna S. M. et retourna à Luynes qui le reçut non pour estime qu'il fît de lui, mais croyant faire déplaisir à la Reine.
Sa vanité et sa présomption étoient d'autant plus insupportables que son ignorance n'étoit pas moindre que sa gloire, qui étoit si excessive que, bien qu'il fût d'une médiocre condition, il alloit du pair avec les plus grands, dont il se trouva mauvais marchand, car le marquis de Rouillac lui donna des coups de bâton en pleine foire Saint-Germain, et le duc d'Épernon lui en eût fait autant si la Reine ne l'eût empêché.
Par ce moyen, se conservant en France par sa mauvaise conduite la réputation qu'il avoit eue en tous les lieux où il avoit été, il se trouva qu'il n'y fit enfin autre acquêt qu'un grand nombre de puissants ennemis et de beaucoup de disgrâces qui, ayant été jusqu'aux bastonnades, le rendirent le jouet et la fable de toute la cour, pour ce qu'après un tel affront un homme, pour impudent qu'il soit, ne peut éviter d'être ridicule et méprisé de ceux-là mêmes dont l'affection lui étoit la plus assurée.
Son dernier malheur fut qu'ayant consommé la plupart de son bien ses mauvaises qualités parurent clairement, après que, sa bourse étant épuisée, le ban-
1. Voyez notre tome II, particulièrement les pages 349, 353- 3G2. — Remarquez le titre d'Histoire donné ici aux Mémoires.
deau que sa libéralité mettoil sur les yeux de beaucoup de personne fut ôté; dont vint qu'outre le mépris il eut encore la haine de tout le monde.
La paix de Montpellier étant conclue ^ le Roi alla passer la Toussaint à Arles, où il eut nouvelle de la défaite des Rochelois. Nous avons vu, l'année passée^, que le Roi ayant fait armer quelques vaisseaux en Normandie et en Bretagne, qui étoient plus que suffisants pour boucher le port de la Rochelle et empêcher que l'on y pût entrer et sortir, il arriva que par disgrâce, mauvaise conduite et témérité, les Rochelois se rendirent maîtres de deux grands navires de M. de Nevers qui étoient dans l'armée du Roi et dissipèrent le reste de l'armée, de sorte qu'ils la tenoient assiégée dans le port de Brouage. Dès le commencement de cette année, ils firent dessein de fermer ce port par une palissade de vaisseaux enfoncés, mais en furent par deux fois empêchés par la vigilance du sieur de Saint-Luc, qui y fut courageusement servi par le Ghalard^, qui commandoit le vaisseau de l'amirauté de Guyenne. Néanmoins, les vaisseaux du Roi n'osoient sortir, et la mer étoit libre aux Rochelois.
Le Roi, pour les mettre à la raison, fut contraint d'assembler une grande armée composée de vingtdeux vaisseaux qu'il fit armer en diligence à Saint- Malo, des deux vaisseaux qui restoient de M. de
1. Le Roi laissa dans la ville de Montpelliei' M. de Valençay « avec quarante compagnies des régiments de Picardie et Normandie pour l'exécution de la démolition des fortifications [Mercure français, t. VIII, année 1622, p. 849-850).