‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 160 sur 200 · Le 20 janvier · texte numérisé non relu

Le 20 janvier

dans cet accident que le Chancelier et le sieur de Puyzieulx faisoient profession d'une particulière amitié avec lui, et, le matin du jour que Tronson lui porta le billet de son congé, il a voit reçu un message de la part dudit Chancelier, par lequel il lui envoyoit demander de ses nouvelles et comme il avoit passé la nuit. Il obéit néanmoins, à l'heure même, au commandement du Roi et se retira à Nanteuil^ d'où il écrivit à S. M. que, considérant la fidélité avec laquelle il l'avoit servie et le bon succès que Dieu avoit donné à ses travaux, il ne pouvoit comprendre comment il étoit possible que, par ces chemins qui doivent conduire aux bonnes grâces d'un maître, il fût tombé en sa disgrâce^.

Peu de jours après, le comte de Caudale '^^ l'envoya appeler sur le sujet du gouvernement d'Angoulème, dont il avoit été pourvu par la démission du duc d'Épernon, que le Roi avoit fait gouverneur de Guyenne ; en quoi le comte de Caudale prétendit avoir été offensé, pour ce qu'il avoit la survivance dudit gouvernement. Le sieur de Schônberg se trouva au lieu assigné ^et eut avantage en ce combat, le second du

1. Nanteuil-le-Haudouin, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Senlis. ïl s'y trouvait un grand domaine et un magnifique château, érigés en comté le 26 novembre 1543, et qui furent donnés par Henri III à Gaspard de Schônberg, père du suinntendant des finances.

2. Cette lettre de Schônberg a été imprimée dans le Mercure françois, t. IX, année 1623, p. 424-426.

3. Henri de Nogaret de la Valette et de Foix, comte de Caudale (1591-1639), fils de Jean-Louis de Nogaret de la Valette, duc d'Epernon, et de Marguerite de Foix, comtesse de Candale.

comte de Gandale, qui l'étoit venu appeler, y ayant été tué^

Le bannissement de M. de Schônberg suivi de la mort (lu garde des sceaux de Caumartin-, le Chancelier regarde cette charge pour la réunir à la sienne. II s'estimoit encore assez fort pour faire seul les aii'aires de l'État. Il semble, à son procédé, que les médecins l'aient assuré que l'huile de cire, bonne pour les nerfs, lui remettra les jambes^.

Le Roi est informé de toutes parts que les prétentions de ce personnage étoient grandes, mais qu'elles ne seroient pas utiles à son service; de façon que le Chancelier ni son fils ne trouvent pas la facilité qu'ils s'étoient promise en l'accomplissement de ce dessein.

La cause principale de cet empêchement fut le sieur de la Vieuville qui, ayant fort aidé à la ruine de Schônberg par beaucoup de faux avis qu'il avoit donnés au Roi de longue main, désiroit avoir l'administration des finances, où, voyant que le Chancelier lui étoit contraire, il agit contre lui de sorte que le Roi se trouve fort aliéné de lui rendre les sceaux.

1. Le Mercure français (t. IX, année 1623, p. 427) écrit que Schônberg « eut une grande querelle contre le comte de Caudale, qui prétendoit avoir été reçu, à la survivance de son père, le duc d'Epernon, au gouvernement d'Angouléme et fut contraint d'en venir en un duel ». Le second du comte de Caudale, qui fut tué dans la rencontre, était un gentilhomme du nom de Saint-Michel [Mémoires de Fontenay-Mareuil, éd. Michaud, p. 174).

2. Le nom du garde des sceaux a été ajouté entre les lignes, par Charpentier, sur le manuscrit B.

3. L'huile de cire était un remède usité surtout en Espagne et assez rarement employé ; on s'en servait pour les engelures, les douleurs articulaires et quelquefois pour la paralysie.

Le Chancelier et Puyzieulx, qui ont toujours fait profession de se servir de la Reine sans la servir jamais, la prièrent de parler en leur faveur, avec promesse de rendre les sceaux au moindre commandement, comme s'ils n'en eussent voulu que l'honneur et non pas l'exercice. La Reine en parle deux fois au Roi, la première sans effet; à la deuxième, elle a de bonnes paroles; mais, en effet, parce que La Vieuville avoit* dit ouvertement au Chancelier que, s'il l'empêchoit d'entrer dans les finances, il l'empêcheroit d'avoir les sceaux, ils s'étoient accordés de se favoriser en leurs prétentions, à une condition néanmoins, que le Chancelier désira de la Vieuville, qu'il n'auroit point de séance au Conseil et qu'il ne se mêleroit que des finances.

Cet établissement étant fait, chacun attend ce siècle heureux qui avoit été promis.

Beaucoup désespèrent-, considérant ces personnes; mais ceux qui savent que Dieu fait les choses les plus grandes par les moindres et que les rois en sont les vives images, se consolent en cette attente.

On s'aperçoit incontinent que les affaires vont en un aussi grand désordre que jamais : chacun en murmure; les compagnies souveraines et réglées ne sont pas satisfaites; on les dépeint dans un livre satirique de leurs véritables couleurs. On en parle au Roi aussi librement qu'on en écrit ; la réputation de ces désordres les augmente, en donnant espérance aux ennemis du Roi de pouvoir exécuter leurs mauvais desseins.

La religion catholique, quoi qu'on fasse, ne se réta-

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