‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 167 sur 200 · Au Roi · texte numérisé non relu

Au Roi

frère au temps qu'il le jugeroit le plus convenable, vu (jue la couronne seroit assurée à sa maison et les ruines levées; mais que, s'il n'en avoit bientôt, il étoit à propos qu'il le mariât, pour prévenir les inconvénients qui étoient arrivés à Henri IIP, le parti de la Ligue n'ayant pris fondement que pour le voir hors d'espérance d'avoir des enfants et ainsi n'appréhender pas qu'ils pussent, après sa mort, venger les crimes qu'ils commettroient contre lui.

Le Roi écouta ce discours et en conçut la force, quoique le Colonel ^ qui étoit gouverneur de Monsieur, eût été auparavant prévenu jusques à ce point que de lui dire que la Reine n'affectionnoit point cette affaire que pour l'amour qu'elle portoit à Monsieur, qui seroit trop considérable s'il avoit des enfants, [et] quoique M. de Vendôme lui eût dit que ce mariage mettoit sa vie en péril, vu que MM. de Guise avoient bien déjà fait mourir un roi^, et qu'étant alliés à Monsieur par M"® de Montpensier, ils pouvoient jouer de pareilles tragédies.

La Reine n'ignoroit pas les artifices dont on avoit préoccupé son esprit. Elle avoit appris le premier par un des confidents du Colonel, le deuxième par La Vieuville; mais elle aima mieux se mettre au hasard de quelque soupçon mal fondé que de laisser perdre ceux à qui elle avoit donné la vie.

Le lecteur jugera qu'en telles occasions il ne falloit pas un moindre courage que celui de la Reine, ni un

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