‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 169 sur 200 · Le duc de Chevreuse · texte numérisé non relu

Le duc de Chevreuse

sieur le Prince, marier sa fille ^ avec le fils de M. de Guise ^, c'est-à-dire unir ensemble les gouvernements de Berry, Bourbonnois, Auvergne, Dauphiné et la Provence, et mettre ces personnes en état de se soutenir par leurs propres forces. Elle crut que ce lui seroit un crime de se taire dans une occasion importante, qu'elle doit trop au Roi et au public pour souffrir patiemment une chose qui leur est si contraire.

Les ministres avoient fait dessein de n'en parler au Roi qu'aux petites chasses, afin qu'elle ne pût interposer ses avis. Elle envoya Marillac^ lui dire que le bruit couroit qu'on se vouloit servir du temps qu'il étoit absent de Paris pour le faire résoudre à mettre des personnes dans son Conseil ; que cette affaire étoit la plus importante qu'il feroit jamais, puisque du bon ou mauvais choix de conseils dépend le bien ou le mal de son État; qu'on étoit résolu de prendre expressément le temps de lui en parler, pour empêcher qu'étant auprès de lui elle ne lui dit ce qu'elle pensoit utile à son service; mais qu'elle ne s'est pu enripècher de lui représenter que, s'il n'y met des gens qui soient en grande opinion dans le public et dont la prudence et la force d'esprit soient reconnues*, son gouvernement tournera dans un grand mépris ; que jamais les affaires publiques ne furent en état plus difficile, ni n'ont été en plus grande nécessité, de façon que, si elles tombent entre les mains de personnes qui songent à faire les

1. Anne-Geneviève (1619-1679), mariée le 2 juin 1642 à Henri d'Orléans, duc de Longueville.

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