‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 170 sur 200 · Var. : soient connues (ms. Français · texte numérisé non relu

Var. : soient connues (ms. Français

leurs et non pas leurs charges, il lui sera malaisé de se relever de cette chute ; que, pour elle, elle n'a personne à lui nommer, mais que c'est à lui d'y bien penser, s' étant toujours aperçue que, quand il se veut donner le loisir d'agir de lui-même, il n'y a rien à redire dans ses choix : qu'elle lui mande ceci en particulier, mais que, s'il le trouve bon, elle lui dira publiquement en son Conseil, à son retour, afin qu'il prenne de là occasion de se défaire de ceux qui veulent arracher, par importunité, des emplois qui ne se doivent donner qu'avec jugement et aux mérites.

Gomme il fut arrivé, elle ajouta à ce que dessus qu'il lui avoit dit autrefois qu'il vouloit fortifier son Conseil contre Monsieur le Prince; qu'elle avoit connu aux ministres un dessein tout contraire de se lier entièrement avec lui et de jeter de ses confidents dans les affaires ; qu'on les vouloit tous deux intimider des monopoles de Monsieur le Prince pour faciliter son retour, et lui faire du bien pour éviter le mal qu'il pourroit faire aux ministres ; qu'on l'avoit priée de lui en faire l'ouverture, mais qu'elle en avoit refusé la commission, la jugeant préjudiciable à son service; qu'elle n'improuvoit pas la présence de Monsieur le Prince dans la coiir, mais bien sa puissance dans les Conseils.

Le Roi lui avoua qu'on l'avoit sondé pour donner les sceaux à Bellièvre^ fait de grands efforts pour

1. Nicolas de Bellièvre (1583-1650), fils du chancelier de France Pompone de Bellièvre et de Marie Prunier, était, depuis 1614, président à mortier au parlement de Paris. Il avait épousé, le 3 février 1605, Claude Brûlart, fille du chancelier Sillerv.

jeter Bassompierre dans le Conseil ; que le prince de Joinville lui avoit été proposé de la part du Connétable et de Bullion; qu'ils lui avoient voulu faire croire qu'elle vouloit tenir Monsieur le Prince éloigné, pour, sur les moindres mécontentements, faire avec lui des factions dans l'État.

Un peu après, on est étonné que le prince de Galles * passe inconnu en France, allant en poste en Espagne pour accomplir le mariage projeté de lui et de l'Infante^.

Le roi d'Angleterre, qui étoit prince ami de la paix, [qui] ne pouvoit souffrir avec son honneur de voir son beau-fils et sa fille ^ dépossédés du Palatinat et ne vouloit pas entreprendre de le^ remettre en sondit État par la force des armes ; [il] essaya d'y parvenir par l'alliance qu'il rechercha du roi d'Espagne, demandant l'Infante en mariage pour son fils. Et, lui semblant que les affaires tiroient trop de longue, et ses sujets, qui savoient que l'Empereur avoit, en janvier de l'année présente, déclaré le duc de Bavière électeur palatin, le sollicitant importunément de ne permettre pas que cet affront fût fait à l'Anglois, trouva bon que son fils partit à l'impourvu, et, passant inconnu par la France, allât demander lui-même celle qui lui pouvoit difficilement être refusée, étant recherchée avec tant d'amour.

Il arriva à Paris au commencement de mars, vit

1. Le futur Cliarles l", roi d'Angleterre, qui épousa, en mai 1625, Henriette-Marie de France, sœur de Louis XIIL

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