‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 187 sur 200 · Jean-Jacques de Mesmes, seigneur de Roissy · texte numérisé non relu

Jean-Jacques de Mesmes, seigneur de Roissy

3. « Sa femme » désigne vraisemblablement la princesse de Joinville ou, autrement dit, la duchesse de Chevreuse, le prince de Joinville étant devenu duc de Chevreuse en 1612.

4. C'est-à-dire la princesse de Conti et la princesse de Joinville, duchesse de Chevreuse.

[16231 DE RICHELIEU. 3i5

avis, le Roi lui feroit grand honneur de se servir de son nom ; qu'à la vérité elle ne trouveroit pas bon que d'autres en usassent ainsi ; puisqu'il avoit plu au Roi de dire que c'étoit lui qui étoit auteur du conseil qu'il avoit pris, elle n'avoit rien à faire qu'à le confirmer; que si, après cela, ils^ estimoient (jue ce fût elle, qu elle ne devoit rendre compte de ses actions qu'à Dieu et au Roi, pour le bien duquel elle se soucioit fort peu qu'on lui imputât des calomnies; que, par là, elle croyoit qu'ils la vouloient offenser ; en quoi elle prenoit patience, croyant qu'elle se passeroit bien de ceux qui méprisoient son amitié; que cela n'empécheroit pas que, s'ils vivoient avec elle comme ils dévoient, ils n'en reçussent toute sorte de bons offices.

Après le mécontentement des Guisards pour l'éloignement de M™^ de Ghevreuse et celui du comte de Soissons pour les dégoûts donnés en son voyage, et la sédition que le peuple excita à Rouen ^, les ministres, voyant un universel mécontentement, en furent étonnés, particulièrement le sieur de la Vieuville, qui vint trouver la Reine et lui proposer, pour remède de ces maux, qu'il avoit pensé que S. M. devoit faire un Gonseil auquel tous les principaux princes eussent entrée, et qu'ainsi ils seroient contents et contiendroient ceux qui sont au-dessous d'eux en leur devoir ; qu'il l'aver-

1. C'est-à-dire le prince et la princesse de Joinville et la princesse de Conti.

2. Cette sédition éclata le 16 octobre 1623, à l'occasion d'un édit qui déclarait offices domaniaux d'infimes métiers. Le peuple, auquel se réunirent de nombreux ouvriers drapiers, se souleva contre les receveurs des deniers publics et pilla quelques maisons. Plusieurs des fauteurs de désordre furent pendus.

tissoit de ces désordres, afin qu'elle pensât d'ellemême aux remèdes, et que celui qu'elle trouveroit le plus convenable seroit suivi ; qu'il la prioit de m'en communiquer, comme très capable de secourir l'État, et dont les autres ministres appréhendoient extraordinairement la suffisance.

La Reine reconnut bien que ce changement de procédés ne procédoit que de la crainte qu'il avoit, et qu'il ne dureroit guère en cette humeur; elle lui dit qu'elle trou voit ^ le remède qu'il proposoit très dangereux, qu'elle l'avoit pratiqué et estimé salutaire durant la minorité du Roi, parce que l'âge de son fils ne permettant pas qu'il pût gouverner, il étoit de sa modestie à elle, qui en avoit la charge, d'en faire part, par sa bonté, aux plus grands du royaume, joint que, par ce moyen, elle rendroit compte de ses actions au public; que, son gouvernement, sa régence et son administration étant expirés, le Roi, par le conseil de ses ministres, avoit changé cette forme d'agir^, ne donnant plus de part aux grands dans son Conseil, pour témoigner qu'il étoit assez fort pour agir de luimême; que, si maintenant on reprenoit ce qu'elle avoit pratiqué en sa régence, il sembleroit qu'il reton^ibàt en minorité ; que le vrai remède étoit de faire tout le contraire de tout ce qu'on avoit fait jusqu'à présent; qu'il falloit que le Roi agît davantage en apparence et en effet; que son Conseil fût plus fort; que deux seules personnes y faisoient tout, et qu'il en falloit plus de cinq agissant fortement pour soutenir le

1. Le manuscrit B porte trouveroit, mais nous avons suivi la leçon du ms. Français 17542.

Page 1