‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 23 sur 200 · France 773 : si indigne · texte numérisé non relu

France 773 : si indigne

2. Ce paragraphe résume celui-ci que l'on trouve dans France 773 : Nonobstant cela, le sieur de Blaini>ille ayant instamment pressé la Reine de se fier en la seule parole quon veut donner, assuré que M. de Luynes veut honorer et servir la Reine et qu'il fallait prendre confiance en sa bonne volonté, sur cela S. M. a désiré avoir trois semaines pour prendre avis de ses amis, conjurant cependant le Roi d'avoir égard à son contentement, à quoi elle ne pense que pour l amour de lui-même.

duc d'Épernon pour l'amour de la Reine leur avoit fait assembler une armée en Champagne pour favoriser une entreprise qu'ils avoient sur la ville de Metz, les habitants de laquelle se faisoient forts de se rendre maîtres de la ville et de la citadelle et en chasser le sieur de la Valette*; mais ils turent prévenus de lui et désarmés et, l'armée passant assez proche de la ville, dix-sept compagnies de gens de pied se détachèrent de la troupe et, enseignes déployées, s'y allèrent rendre pour le service du duc d'Épernon.

Blainville en fit plainte à la Reine, qui lui répondit qu'elle en écriroit au sieur de la Valette pour apprendre les particularités de ce fait et en informer le Roi; qu'elle s'assuroit cependant qu'en cela il n'avoit eu aucune mauvaise intention contre le service du Roi, auquel elle l'avoit toujours cru extrêmement porté; qu'il y a très grande différence entre ce qu'on fait à mauvais dessein pour troubler le repos de l'État et ce qu'on fait pour sa sûreté et pour se garantir d'oppression; l'un étant criminel et punissable en tout temps, et l'autre, sinon innocent, au moins excusable en quelques occasions où la violence de quelques particuliers prévaut.

Elle dépêche au Roi le vicomte de Charmel pour lui dire les mêmes choses de sa part et le supplier de ne se pas laisser persuader à des personties mal affectionnées qui, interprétant sinistrement les actions d'autrui, veulent, sous ce prétexte, porter les choses à la guerre, laquelle surtout elle prie Dieu de détourner et

1. Bernard de Nogaret (1592-1661), marquis puis duc de la Valette, fils du duc d'Épernon. Voyez tome II, p. 323, 370, 371.

ne permettre que le royaume se divise et se désole

soi-même

Durant ce temps, elle est plusieurs fois sollicitée d'aller en cour; mais, n'ayant pu, au voyage (|u'elle fit à Tours, parler une seule fois au Roi en particulier pour le soin que ceux (|ui abusent de son oreille avoient d'être toujours près de lui, non seulement ne prévoit-elle pas que sa présence sera inutile aux désordres, mais, qui plus est, elle tient pour chose assurée qu'il lui sera impossible de les représenter sans éclat.

Elle craint que beaucoup de gens, qui jugent des choses plus par les événements que par la raison, voyant que là sa présence n'apportera aucun tempérament aux dérèglements connus de tout le monde, sans considérer le sanglant déplaisir qu'elle en aura, perdent la bonne opinion qu'ils ont d'elle et lui donnent part au blâme seulement mérité par les auteurs de si détestables actions.

En un mot, les Luynes convioient la Reine d'aller à la cour et l'appréhendoient extrêmement. La Reine témoignoit y vouloir aller et avoit une fin contraire.

Luynes croyoit que la Reine le pourroit perdre aisémant étant dans la cour, et elle ne jugeoit pas y pouvoir avoir sûreté, ses ennemis y étant si puissants ; ainsi chacun étaloit de belles apparences et avoit des desseins tout contraires.

Elle craint qu'étant à la cour on ne prenne des

1. Les trois paragraphes précédents sont tirés presque textuellement d'un récit, un peu plus détaillé, écrit par Charpentier, et dont les faits étaient présentés dans un ordre différent. Voyez Affaires étrangères, France 773, fol. 213.

ombrages d'elle sans sujet, qu'on suppose qu'elle fasse des cabales avec ceux qui la verront, qu'on impute des crimes aux siens, comme on a fait par le passé, pour, en les perdant méchamment, prendre prétexte de la perdre elle-même.

L'armée de Champagne lui fait appréhender qu'on exécute d'autant plus volontiers l'entreprise qu'on a sur Metz que, la tenant en main, on tiendra celle qui devoit et pouvoit en avoir du ressentiment.

Toutes ces considérations lui font différer son voyage et envoyer au prince de Piémont pour le prier d'intervenir comme caution de Luynes.

A lettre vue, il^ envoie le comte de Verrue^ en cour pour représenter au sieur de Luynes, de sa part, les contraventions faites aux traités dont, par le commandement du Roi et pour son service, il s'est rendu garant, le presse de ne permettre pas que ce qu'il a l'ait pour l'établissement de sa fortune puisse tourner au préjudice de sa réputation et de sa parole, dont il est si jaloux qu'il perdroit plutôt la vie que de soullrir (ju'elle fût violée.

La Reine se délibère, durant cette négociation, de penser tout de bon à sa sûreté, me commande d'y songer mûrement, comme au coup décisif de son bonheur ou de sa misère.

Je lui représente qu'il faudroit être aveugle pour ne voir pas le préjudice i[ue reçoit la France des déportements des favoris^, la haine que leur audace attiroit

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