‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 26 sur 200 · C'est-à-dire les armes de la Reine mère · texte numérisé non relu

C'est-à-dire les armes de la Reine mère

liât la chance, et partant [qu'Jelle n'y eût beaucoup plus de perte que de profit, puisqu'en cela consistoit sa principale force ;

Que l'on lui pourroit ménager de grands avantages dans l'opinion qu'on avoit de ses forces, ou, les armes étant journalières, si le succès des siennes étoit malheureux, comme il est à craindre, elle seroit à jamais destituée de tout crédit; que c' étoit souvent une grande prudence de n'user pas de l'excès de sa puissance, principalement quand les effets en sont douteux;

Que sa force dépendoit de ses amis, qui étoient liés à elle, ou par les mécontentements qu'ils avoient reçus des favoris, ou par l'amour qu'ils portoient à sa personne ;

Que de ce dernier genre il y en avoit peu, la vertu nue étant rarement suivie;

Que du premier il n'en falloit pas faire grand fondement, puis(jue, ôtant la cause, l'effet cesseroit et que le connétable, qui pou voit tout et n'avoit autre but que la ruine de S. M., n'épargneroit rien pour les soustraire de son service;

Que la guerre ne pou voit avoir que deux issues, ou la perte ou le gain; que, si on perdoit, on étoit perdu pour jamais, étant impossible de modérer la victoire de personnes dont le courage est si bas et si animé ;

Que si on gagnoit et que l'avantage des armes donnât moyen d'obtenir la perte de Luynes par les voies de justice, il étoit à craindre que le Roi n'en eût du ressentiment et que le malheur qui lui seroit arrivé ne couvrit à jamais en son esprit la grandeur de ses crimes ;

Que si, les forces étant éjjjales, on venoit à taire une paix, que cette paix auroit pour sûreté, ou la seule parole du Roi, ou des places et des forces; si sa parole, le peuple auroit beaucoup enduré et la Reine fait de grandes dépenses sans améliorer sa condition ; si des places, on seroit réduit à se cantonner et, en cherchant sûreté contre Luynes, faire en apparence contre le respect qu'on doit à son souverain ;

Que beaucoup de ceux qui s'étoient rendus auprès d'elle ne pouvoient demeurer en paix ni faire la guerre, qu'ils faisoient les mauvais, éloignés des ennemis, et perdroient cœur quand on en viendroit aux lances baissées ;

Que malheureux étoit le chef d'un parti quand son autorité n'étoit que précaire; que, pour éviter un tyran en la personne de Luynes, elle en rencontreroit vingt, étant certain que tous ceux qui la serviroient elle ne les auroit pas seulement pour compagnons, mais pour maîtres ;

Qu'en toute affaire, avant d'y entrer, il falloit considérer comment on pourroit en sortir.

La Reine fut touchée de ces raisons et en eut l'esprit fort partagé; mais, voyant que le premier moyen n'eut que deux ou trois défenseurs, qui furent IMarillac, le Père Suffren et moi, et que tout le monde concluoit au second à cause de l'apparente force dont elle étoit accompagnée, elle se résolut de s'en servir. Sur cela elle fut conseillée de le faire avec la modération suivante : savoir est de faire armer ses amis et elle de tous côtés pour faire montre de ses forces, donner au Roi les conseils qu'elle juge nécessaires, éton-

ner ses ennemis par la crainte de ses armes, et, à Textrémité, souffrir plutôt le mal que d'en venir aux mains.

Cette résolution fut prise, mais il fut impossible de l'exécuter, à cause des malheurs qui arrivèrent coup sur coup précipitamment en cette affaire.

Les ducs de Vendôme et de Longueville, craignant être arrêtés, s'étoient retirés de la cour; l'un prit le chemin d'Anet et de là à Vendôme; l'autre prit celui de Normandie. Le duc de Nemours fît le semblable, le comte de Soissons et madame sa mère^ suivirent bientôt après et s'en allèrent à Dreux. Le dernier qui s'échappa fut le chevalier de Vendôme^.

La principale cause qui le jeta dans le parti de la Reine fut, outre la vieille querelle entre Monsieur le Prince et feu M. le comte de Soissons, l'intime intelligence de Monsieur le Prince avec le duc de Luynes, qu'il regardoit comme l'auteur de sa liberté et son allié, à cause du mariage projeté entre la fille du duc de Luynes et le second fils du duc de Guise, l'aîné duquel devoit épouser M"" de Bourbon, et, d'abondant, une nouvelle querelle qui s'émut entre eux sur le sujet de présenter au Roi la serviette à son dîner, Monsieur le Prince prétendant que cet honneur étoit dû à sa qualité et l'autre à sa charge de grand maître se rencontrant en un prince du sang. Le Roi, qui ne voulut juger ni pour l'un ni pour l'autre, se la fit présenter par Monsieur^. En cette querelle. Monsieur le

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