‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 3 sur 200 · Le manuscrit B porte le · texte numérisé non relu

Le manuscrit B porte le

3. Ce paragraphe est, sauf les premières lignes du début, la copie d'une analyse de la lettre du Roi à la Reine mère du 26 février, analyse qui a été écrite par Charpentier (AfF. étr., France 773, fol. 214 v°).

juge que le dessein de la femme de Luynes, qui étoit sa surintendante, est de l'être non seulement de sa maison, mais aussi de sa personne.

Si elle reçoit une lettre, elle la veut voir la première; si elle en écrit, elle en veut savoir le sujet, lui défend même d'écrire à son père sans y apporter ses précautions.

Quoiqu'elle veuille acheter, si Madame' ne le trouve bon, l'argent, qui se trouve en abondance pour elle, manque à son dessein.

Si elle veut prendre l'air, et que Madame ne l'ait pas agréable, il faut qu'elle demeure au logis par complaisance.

L'insolence de ces personnes est venue jusques à ce point que, non contente de perdre le respect qu'ils lui doivent, ils ne le peuvent souffrir en d'autres, la Luynes prenant à partie la femme de Cadenet, sa belle-sœur-, parce qu'elle rendoit à la Reine l'honneur qui lui étoit dû, ainsi qu'elle avoit appris en l'école de vertu dont elle étoit sortie.

Telles procédures lui rendent l'esprit si chagrin, qu'un déplaisir qui lui arrive de nouveau, par l'appréhension qu'elle a qu'on veuille chasser son médecin, nécessaire à sa personne, la porte, par excès d'une mélancolie couvée de longue main, à une maladie si extrême, que ceux qui ont soin de sa santé jugent que sa vie est en péril.

1. C'est-à-dire Madame la surintendante, la duchesse de Luynes.

2. Charlotte-Eugénie d'Ailly, fille unique de Philibert Emmanuel, baron de Picquigny, et de Louise d Oignies, héritière du comté de Chaulnes, avait épousé, en janvier 1620, Honoré d'Albert, seigneur de Cadenet, frère cadet de Luynes.

Pour avoir de l'argent, ils entreprennent de faire passer des édits à la honte du Roi et à la foule de ses peuples*.

Les sieurs de Villeroy et président Jeannin essaient d'en empêcher l'effet.

On leur ferme la bouche en leur disant que le Roi les avoit envoyés quérir pour leur dire ses volontés, et non pas pour prendre leurs avis.

On les mène, par surprise, au Parlement, de crainte que, s'ils ont loisir de reconnoître ce qu'on désire d'eux, ils perdent la volonté de le faire.

Le Roi s'y porte en personne pour lever, par le respect de sa présence, les difficultés que ce grand sénat y vouloit apporter^.

Le Parlement, quoiqu'il doive une entière obéissance aux volontés du Roi, néanmoins la devant raisonnable, et reconnoissant le tort qu'il faisoit à son autorité, conçoit une juste douleur de ce procédé, en parle librement à S. M., supplie Dieu de lui inspi-

1. Il s'agit ici de trois édits « portés au Parlement ». Le plus important était relatif aux charges de procureurs, en nombre trop considérable dans le royaume. Le but de l'édit était de réduire le nombre de ces charges et de les taxer. Des deux autres, l'un portait « attribution aux greffiers des présentations de quatre sols parisis d'augmentation pour chaque présentation, outre l'ancien droit » ; l'autre était relatif à « l'attribution d'hérédité, en payant finance, à plusieurs petits offices sans gages et qui ne tenoient aucun lien en l'administration de la justice et aux finances ». Voyez le Mercure français, t. VI, année 1620, p. 257-263.

2. Le Roi tint un lit de justice au Parlement le 18 février 1620. La harangue que le Premier Président de Verdun y adressa à S. M. a été transcrite pour le travail de composition des Mémoires et a fourni la matière des deux paragraphes suivants (Aff. étr., France 773, fol. 14).

iO MÉMOIRES [1620]

rer la connoissance de la perversité de ses conseils et verser son ire* sur ceux qui en sont les auteurs.

Ils conjurent S. M. d'avoir agréable qu'ainsi que leurs noms sont en horreur dans le cœur des gens de bien, ainsi le soient-ils dans leurs registres pour en rendre la mémoire exécrable à la postérité.

Ceux à qui le fait touche, au lieu de profiter de ces avis, portent le Roi à les improuver et en bafouer les auteurs.

Le Premier Président et les gens du Roi sont appelés au Louvre, où ils sont reçus avec aigreur.

Mais ils persistent, en particulier devant le Roi, dans ces mêmes pensées qu'ils ont découvertes en public et l'assurent n'avoir été induits à parler comme ils ont fait que par la force de la vérité et le penchant au précipice auquel ils voient son État.

Quant aux ministres, ils ne sont pas plus épargnés ; la plupart des choses d'importance se font sans en prendre leur avis. Elle- apprend qu'on leur dit souvent qu'on les envoie quérir pour exécuter ce qu'on a résolu, et non pour délibérer ce qu'il faut résoudre. Elle sait de plus que l'on passe par dessus leurs avis en toutes occasions, quoiqu'en plusieurs leur sagesse ait paru à l'avantage de l'État.

Si le président Jeannin, dont le jugement n'est pas moindre que la prud'hommie, touché de la perte de l'État, témoigne quelque sentiment libre, on le traite de rêveur.

S'ils se plaignent des profusions qui se font pour la faveur, on menace de les dépouiller de leurs charges.

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