‹ Mémoires (volume 4)Chapitre 30 sur 200 · C'est-à-dire Luvnes · texte numérisé non relu

C'est-à-dire Luvnes

conspirant à même dessein, le reproche de sa conscience, l'État qui, par sa mauvaise conduite, étoit menacé d'une entière subversion lui faisoient appréhender un changement de fortune.

Comme il étoit en ses irrésolutions \ plus préparé à fuir et mener le Roi à Amiens (ce que ses pairs m'ont depuis déclaré) qu'à se défendre, on lui donne avis que M. de Longue ville, qui étoit en Normandie, alloit abandonner Rouen sur le seul bruit de la venue du Roi en ces quartiers.

Le sieur de Rouville^, qui étoit homme de cœur, ne lui put jamais faire prendre aucune résolution courageuse ou, pour mieux dire, aucune résolution quelle qu'elle fût.

Il lui proposa qu'il falloit qu'il s'assurât de la personne du premier président de Rouen ^ qui ne lui étoit pas affectionné, et l'autorité de la charge

1. Le Mercure français, t. VI, année 1620, p. 283, attribue au Roi, pour la plus grande part, la responsabilité des décisions prises et ajoute, contrairement aux assertions de Richelieu : « Monsieur le Prince et le duc de Luynes furent les premiers à dire que l'opinion de S. M. étoit la plus honorable et la plus sûre. » Le prince de Condé aurait ajouté : « Sire, il faut aller à eux auparavant qu'ils se soient reconnus ; c'est le point de la victoire et le plus expédient et facile... » Les irrésolutions du duc de Luynes, s'il faut en croire le Mercure français, n'auraient donc pas existé.

2. Jacques de Rouville, second du nom, fils de Jacques et de Diane le Veneur, mort en 1628.

3. Le premier président du parlement de Rouen était alors Alexandre de Faulcon (1564-1628), seigneur de Ris et autres lieux, conseiller au parlement de Rretagne en 1592, maître des requêtes en 1595, président au Grand Conseil en 1602 et premier président du parlement de Rouen depuis 1608; il résigna cette charge, en 1626, en faveur de son frère Charles. Il était,

duquel lui donnoit grande puissance dans la ville; que le vieil château étoit en sa main, le gouverneur étant à la dévotion de la Reine mère ; qu'étant assuré de cette place et de cette personne, il étoit maître de la ville ; que, s'il n'avoit pas assez de hardiesse pour cela, il se retirât de bonne heure et se fortifiât bien à Gaen, où le chevalier de Vendôme n'avoit envoyé qu'un pédant, ayant plutôt considéré la fidélité de Prudent, qui avoit été son précepteur, que sa suffisance en la charge qu'il lui donnoit, de laquelle il étoit entièrement dépourvu ; mais le duc de Longueville ne se put jamais résoudre à aucun de ces deux partis, et, au premier bruit de la venue du Roi, il résolut de quitter Rouen.

Cette résolution de se retirer donna courage à Luynes d'y faire aller S. M., qu'il mena premièrement au Parlement, où il déguisa tous les mauvais traitements qu'il faisoit recevoir à la Reine à l'insu du Roi, et feignit qu'il ne tenoit qu'à elle d'être à la cour avec tout contentement; lui fit écrire par le nonce ^, supposant toujours qu'elle avoit tort, la conjurant de ne point donner une si grande occasion aux hérétiques de s'avantager en France au préjudice de la religion, et envoya MM. du Perron-, archevêque de Sens, les ducs

au dire du Mercure français (t. VI, année 1620, p. 281), « entièrement porté au service du Roi » .

1. Le nonce était alors Gui Bentivoglio, archevêque de Rhodes. Cette lettre portait la date du 3 juillet; elle a été imprimée en français dans le Mercure françois, t. VI, année 1620, p. 276. L'original en italien se trouve aux archives des Affaires étrangères, France 773, fol. 58.

2. Jean Davy du Perron succéda, en 1618, à son frère, le cardinal du Perron, comme archevêque de Sens et mourut en 1621.

de Montbazon, de Bellegarde et le président Jeannin comme députés de S. M.^ qui écrivit à la Reine ^, par eux, qu'iP avoit reçu du déplaisir de ce qu'au lieu de lui donner satisfaction dans le temps qu'elle lui avoit demandé par le sieur de Blainville, il apprend les menées et pratiques qui se font dans les provinces sous son nom, la conjure de ne suivre point la passion de ceux qui veulent profiter dans ses factions, ains contribuer à la tranquillité publique ; que, pour l'y convier, affermir les promesses qu'il lui a faites, dissiper les soupçons qu'on lui a voulu donner, il lui envoie les ducs de Montbazon et de Bellegarde et les sieurs archevêque de Sens et président Jeannin, avec pouvoir de la contenter, la suppliant d'ajouter foi à eux comme à lui-même*.

Ils partirent le 3^ juillet, après que Monsieur le

1. Luynes annonça à Richelieu, par lettre particulière du 7 juillet, l'envoi de ces délégués « dont la qualité, disait-il, expérience et fidélité vous empêcheront de douter de tout ce que nous vous avons par plusieurs fois mandé... Il n'y a plus de prétexte, ajoutait-il ; le Roi a vingt ans ; il ne se laissera nullement ôter le pain de la main : c'est un vieux proverbe, c'est-à-dire que qui arme dans son Etat, arme contre lui... » (Aff. étr., France 773, fol. 61).

2. D'ici à la fin du paragraphe, les Mémoires ont utilisé cette lettre du Roi à la Reine, du 6 juillet, dont l'analyse se trouve écrite de la main de Charpentier dans France 773, fol. 215. Au dos du folio 216, qui sert de couverture, Sancy a écrit : « 1620, mai, juin, juillet. Pour la feuille 3% 1620. N[ota] : il y en a pour 1621. » En effet, le verso du folio 215 porte des extraits de lettres de l'année 1621 dus à Charpentier.

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